Circulez, il y a le monde à voir, France info

Corbillard, le dernier voyage

Chaque année à l'occasion de la Toussaint, plus d'un Français sur deux se rend dans les cimetières. Circulez, il y a le monde à voir... se projette dans l'au-delà ! Car plus de 530 000 personnes qui décèdent en France chaque année empruntent un corbillard pour leur dernier voyage.

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De la
barque funéraire qui emmenait les pharaons, il y a 5 000 ans, jusqu'aux
corbillards hybrides d'aujourd'hui, le voyage jusqu'à la dernière demeure fait partie de l'histoire de l'humanité.

Beaucoup
d'expressions comme "Enterrement de 1ère classe" font
partie du langage courant. Ivan
Lavallade, historien de la locomotion,
auteur de "Histoire des plus beaux corbillards"
(éditions ETAI), et collectionneur de corbillards nous explique que les cérémonies funèbres
étaient "pompeuses" avec des décors sur les façades d'immeubles,
des corbillards lourdement décorés, drapés, les chevaux avec des
"pompons" sur la tête, etc., ... d'où le terme les "pompes funèbres"
.

Il y
avait jusque dans les années 1950, 6 classes : la 1ère
réservée aux rois et chefs d'état comportait 8 chevaux ; la dernière classe
donnait juste droit à la fosse commune. Le "commun des mortels" se
réservait généralement la 5ème classe pour sauver l'honneur et la réputation de la
famille.

Le mot corbillard vient de corbeillard ,
explication : Au moyen-âge, Paris se ravitaillait par transport
fluvial, seul moyen de transport fiable pour les céréales, le vin et autres matériaux de construction. Plusieurs
ports dont celui de Corbeil-Essonnes
répondaient à
la demande. Ces bateaux à fond plat nommés de par leur provenance ont servi durant l'épidémie de peste, à évacuer les morts de la
capitale et leur nom fut déformé par les parisiens en "Corbillard".

Lorsque
les véhicules automobiles remplacèrent les véhicules hippomobiles au début du
siècle dernier, ils étaient électriques, il nous a fallu attendre plus de 100
ans pour qu'on redécouvre aujourd'hui les vertus de l'absence de bruit et de gaz d'échappement qui infligent la double peine pour les familles dans les processions ! Il y avait même un tramway funéraire entre
Vincennes et Paris, qui comportait deux wagons, l'un pour le défunt et la
famille, l'autre pour les visiteurs qui montaient aux arrêt pour rejoindre le
cortège.

 

Les
processions à pied se font rare aujourd'hui
, car les vivants sont de plus en
plus pressés. Isabelle Plumereau, directrice associée de la société "l'autre
rive"
nous explique comment le métier a changé. Elle accompagne les familles,
les rassure, elle crée du lien. Elle se définit elle-même comme une "funeral planner" faute
d'employer le mot "croque-mort"
qui fait fuir... d'ailleurs l'origine
du mot viendrait du fait que cette personne jadis, était chargée de mordre les cadavres à l'orteil
afin de s'assurer qu'ils étaient bien morts !

Isabelle Plumereau propose également un
"corbillard 2 CV Citroën noir" car ce fut pour beaucoup la voiture
des vacances, tout indiquée pour le dernier voyage "en grande, grande
vacances".

 

Forte de
ses 535 000 décès annuels, l'activité funéraire génère en France un
chiffre d'affaires de 3 milliards d'euros,
avec 25 000 salariés, répartis
sur 3 000 entreprises.

Pierre
Larribe, responsable juridique de la CPFM (Confédération des Professionnels du Funéraire et de la Marbrerie) nous explique que les métiers, notamment celui de
maître de cérémonie, seront officiellement reconnus par une formation
professionnelle diplômante à partir de janvier 2013.

 

Parmi les processions les plus marquantes de notre histoire, celle du retour des
cendres de Napoléon Bonaparte fut exceptionnelle :
en 1840, soit 20 ans
après sa mort à Sainte-Hélène, il fut ramené "en grande pompe" à Paris.

Il
fut confié à l'architecte Labrouste (créateur également de la bibliothèque Sainte-Geneviève ) le soin d'organiser la procession avec un char gigantesque
tiré par 16 chevaux qui passa sous l'Arc de Triomphe pour aller placer la
dépouille de l'Empereur aux Invalides. Vous pouvez voir les dessins à l'exposition Labrouste qui se tient actuellement  jusqu'au 7 janvier 2013 à la Cité de l'architecture à Paris. 

Victor Hugo avait assisté et commenté ces funérailles sans savoir que ses propres funérailles seraient encore plus populaires. On considère que plus d'un million de personnes se sont déplacées pour rendre un dernier hommage "au plus grand écrivain de l'histoire",
depuis l'Étoile jusqu'au Panthéon, suivant le "corbillard des pauvres" qu'il
avait
réclamé. "Je donne cinquante mille francs aux pauvres. Je désire être
porté au
cimetière dans leur corbillard. Je refuse l'oraison de toutes les
Églises. Je
demande une prière à toutes les âmes"
: ce furent là
ses
dernières volontés.

 

Aujourd'hui,
si vous êtes en Amérique, vous pouvez envoyer vos cendres dans l'espace. En Angletterre, vous pouvez faire fabriquer votre cerceuil sur mesure en
forme de citrouile si vous êtes agriculteur, de bateau si vous êtes marin, ou
de de guitare si vous êtes musicien et le tout en musique.

Pour
préparer votre dernier voyage en 2 CV noire, en Ferrari ou en tracteur, ou encore
faire fabriquer votre cerceuil-biodégradable, vous trouverez
votre bonheur, si j'ose dire, au Salon
international des arts, techniques et équipements funéraires
à Lyon du 15 au 17
novembre.

Curiosités
et anecdotes :

Quel est le
comble pour un défunt ?
De ne pas être à l'heure lors de ses funérailles !
C'est arrivé à un Canadien, que sa famille avait prévu de faire rapatrier. Mais
la dépouille du défunt n'est pas arrivée au jour dit et à l'heure dite à ses
propres obsèques. Retiré de la soute pendant une escale , pour faire de la
place pour les bagages, son cercueil a raté l'avion...

Un homme débarque à ses propres funérailles !
Un Brésilien, maçon de son état, avait été identifié à tort comme victime
d'un accident de car survenu dans la ville de Parana. Il a eu vent de son
enterrement seulement le jour J. L'homme qu'on croyait mort a débarqué à son
propre enterrement, pour le plus grand soulagement de sa famille.

Un défunt à la fourrière !
Un corbillard mal garé dans le centre de Toulouse a été conduit à la fourrière
avec le cercueil et le défunt qu'il contenait, a-t-on appris vendredi auprès de
la mairie. Les policiers municipaux
"ne
pouvaient pas savoir que c'était un corbillard, et encore moins qu'il y avait
un corps à l'intérieur", car le véhicule était banalisé et ne portait
aucun signe distinctif, a expliqué à l'AFP Jean-Pierre Havrin, adjoint au maire
de Toulouse en charge de la sécurité.

PEKIN (AFP) –
Une province chinoise a décidé d'interdire l'emploi
de strip-teaseuses à des obsèques, une pratique destinée à honorer les défunts
en attirant le maximun de gens aux funérailles de leurs proches,
puisque selon les villageois, plus l'assemblée est nombreuse, plus le défunt
est honoré, précise l'agence Chine Nouvelle.

Les funérailles personnalisées sont très en vogue, en Angleterre : Une londonienne a rejoint sa dernière
demeure à bord d'un des fameux bus à impériale... Elle pensait que ce cortège
rendrait les choses plus faciles à ses proches !

Plus répandu, les
moto-corbillards.
Outre-manche, certaines compagnies funéraires proposent
d'être enterré dans la pure tradition rock : imaginez-vous une dernière
ballade en moto escorté par vos amis et sur la musique de Led Zeppelin....

Rolls-corbillard
Pour ceux qui ont révé de rouler en Rolls : c'est désormais possible,  leur dernier voyage peut se faire en Rolls-Royce
Phantom rallongé à sept mètres pour agrandir le volume de chargement, accueillant ainsi 4
personnes et le cercueil.

Les
pieds devant
En général, on brancarde tête en avant : cela permet
aux brancardiers de voir le visage du patient et donc de le surveiller, et cela
permet au patient voir un visage plutôt qu'un couloir ou l'environnement de
l'accident. C'est pourquoi partir les pieds devant n'est pas bon signe...

Sur le site heaven above fireworks vous trouverez
tout un attirail permettant de se faire exploser les cendres dans un
gigantesque feu d'artifice... Le cout de la fusée contenant les cendres d'un défunt peut varier de 1 000 à 2 000 dollars...

Gene Roddenberry, créateur de Star Trek et
son épouse Majel, ont dispersé leurs cendres. Celestis, la société qui gère ces pratiques funéraires peu banales certifie
que chacun peu s'envoler à titre posthume dans l'espace, les tarifs n'étant pas
exorbitants.

"La mort c'est comme un bateau qui s'éloigne
vers l'horizon. Il y a un moment où il disparaît. Mais ce n'est pas parce qu'on
ne le voit plus qu'il n'existe plus." (explications d'une grande maman à son petit-fils rapportées par Marie de Hennezel).

 

 

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