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Paris-Méru-Beauvais : un train apaisé

Cinquième et dernier épisode de notre feuilleton au cœur d'une zone désignée cet été par le gouvernement comme "zone de sécurité prioritaire" : Méru, 13 000 habitants, en zone gendarmerie, dans l'Oise. France Info s'est intéressé cette fois à la sécurité dans les transports. C'est à Méru qu'un contrôleur SNCF a été très violemment agressé en novembre 2009. Cette agression a été un traumatisme mais aussi le début d'une prise de conscience. L'ambiance délétère sur cette ligne s'est, depuis, très sérieusement améliorée.

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Gare du Nord, voie 19, comme une
dizaine de fois au cours de la journée, le TER Picardie est à quai et attend
ses voyageurs. Un train régional vert et gris. Aucune casse apparente.
L'intérieur est spacieux avec des fauteuils bleus  impeccables. C'est à se demander si on ne s'est
pas trompé de voie. Heureusement l'annonce dans les haut-parleurs confirme,
nous sommes bien dans le Paris Beauvais" qui fera étape à
mi-chemin à Méru.

C'est bien ce train qu'on qualifiait
il y a encore trois ans de ligne de non droit, le plus vandalisé
de toute la zone Paris Nord. C'était un train où les signaux
d'alarmes activés de manière intempestives créaient des retards record en
permanence. "C'était chaque jour
des insultes, des violences, toutes sortes d'incivilités. Certains de me
collègues n'osaient même plus contrôler certains passagers. C'était devenu
invivable"
, se souvient Patrice Caussinus, contrôleur et délégué
Sud-rail.

Une agression qui a tout changé

Et puis, il y a eu un point de non retour, un incident très grave : deux contrôleurs se
sont fait agressés à Méru. L'un a reçu un extincteur en plein visage. Le second
a été défiguré, violemment frappé à coup de barre de fer un soir sur le quai.
L'homme a mis des semaines à s'en remettre. L'agresseur a été jugé et condamné
à de la prison ferme. Cet épisode a traumatisé la profession. Les contrôleurs
sur cette ligne ont alors décidé d'exercer leur droit de retrait, pendant
plusieurs jours.

 La SNCF et la région ont alors
réagi. Les voyageurs d'aujourd'hui  qui
n'ont pas connu cette époque  n'imaginent
pas qu'une telle situation ait pu exister. "Je ne savais pas. Moi je le prends cinq fois par semaine, même parfois le
week-end avec mes petits-enfants. Je n'ai jamais vu aucune incivilité. Il n'y a
aucun souci"
, s'étonne Monique, retraitée habitant Méru.

Des moyens importants débloqués

Il faut dire que ces trois dernières
années, de très importants moyens ont été investis pour faire revenir la
sécurité. D'abord en gare de Méru, la SNCF a
installé 16 caméras de vidéosurveillance et créé un poste de gardien
maître-chien. 

Dans les rames, le nombre de
contrôleurs a été quasiment doublé. Aucun train de la ligne ne circule sans la
présence d'au moins quatre agents de la police ferroviaire en uniforme.

Enfin,
il y a aussi les médiateurs que l'on repère à leurs gilets rouges.  Il s'agit de jeunes issus des quartiers
sensibles de Méru et de Beauvais dont la mission est d'apaiser les débuts de
conflits. Ils servent de relais entre les contrôleurs et les usagers en cas de
litiges.

Il y a eu un avant et un après 2009.
Les habitués de la ligne sont unanimes. "Avant j'interdisais à ma mère de prendre ce train.  J'avais trop peur pour elle. Je ne voulais
pas qu'elle se fasse arracher son sac, ou pire qu'elle croise une bande"
,
se souvient Mohammed 26 ans. "Aujourd'hui,
il n'y a pas photo,
ajoute-t-il, avec
tous les personnels à bord, elle prend le train contente, en toute
sérénité"
.

Paris-Beauvais, un train comme les autres

Le contrôleur Patrice Caussinus
salue ce travail effectué sur cette ligne Paris-Méru-Beauvais. Selon lui, cela
devrait être un modèle de ce qu'il faut faire pour retrouver la tranquillité
sur toutes les lignes sensibles partout en France. "Ce qui n'était pas attendu, c'est qu'en voulant lutter contre la
violence, on a aussi lutté contre la fraude. Les gens sur cette ligne se sont
mis à payer leurs billets de train ; cela a fait rentrer de l'argent. Et
cela permet même de financer les renforts de personnel et de sécurité. Un
autofinancement finalement"
, se félicite le cheminot.

Dans le passé, selon lui, un
contrôleur muté sur la ligne Paris Beauvais n'avait qu'un objectif en
tête : en partir le plus vite possible. Aujourd'hui ils restent en poste
sur ces trains bien plus longtemps. Le Paris-Beauvais est devenu un train comme
les autres. D'autres lignes sensibles jalouseraient même les moyens dont il
bénéficie.

 

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