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Chine : les jeunes diplômés face à la bataille de l'emploi

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Conséquence inattendue de la politique de l'enfant unique : les "petits empereurs" chinois sont poussés, pour réussir, à faire de longues études. La Chine est le pays qui compte le plus de diplômés au monde. Mais tous ne trouveront pas un travail à la hauteur de leurs espérances... Reportage dans une foire à l'emploi à Shanghai.
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Radio France
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Li Chun quitte la table, où il vient de passer un entretien express pour un emploi de commercial. Chemise à carreaux sur le dos, ce grand gaillard de 26 ans n'y croit pas trop : il vient - enfin - de décrocher un vrai rendez-vous d'embauche, après avoir tenté sa chance dans une dizaine de stands de cette foire pour l'emploi :

"Il y a beaucoup de compétition , dit-il. Moi et ma copine, nous revenons du Royaume-Uni. Nous avons tous les deux travaillé là-bas. Manifestement, à notre retour, on doit lutter pour trouver un bon travail ".

Li Chun a beaucoup investi dans son Master de l'université de Cardiff, au Pays de Galles. Mais voilà, le simple fait d'avoir étudié à l'étranger ne suffit plus pour impressionner les recruteurs. En 10 ans, la Chine a doublé son nombre d'universités. Celles-ci ont produit 6,8 millions de nouveaux demandeurs d'emplois, l'an dernier. Soit 200.000 de plus qu'en 2011.

Un taux de chômage chez les jeunes évalué à 16%

Pour Xin Sheng, responsable en ressources humaines, ce n'est pas facile de s'y retrouver : "Les universités chinoises ne cessent d'élargir leur recrutement , commente-t-il. Au final, ça mène à quoi ? Même les portiers ont fait des études ! Maintenant, tout le monde a un diplôme, ça ne veut plus rien dire. Et tout le monde pense que parce qu'il est diplômé de l'université, il va trouver un bon travail. Ils ont trop d'attentes et pas assez de compétences. "

Si la Chine ne publie pas de taux de chômage pour les jeunes diplômés, des instituts de recherche l'évaluent à plus de 16%. Dans le même temps, les usines de l'atelier du monde manquent de main d'œuvre et proposent des salaires attrayants aux techniciens qualifiés.

Les espoirs de réussite de toute une famille

Mais ceux qui sortent de l'université s'imaginent plutôt dans un bureau. Ils s'engouffrent donc dans le secteur tertiaire, à l'image de Zhang Hai Jun. Malgré deux mois de recherches infructueuses, ce futur comptable campe sur ses ambitions :

"Je veux intégrer une entreprise internationale ou étrangère, espère ce natif de Shanghai. Comme ça, il y aura des possibilités de carrière à l'étranger. J'ai beaucoup d'attentes pour mon travail. Peut-être que la chance n'est pas encore arrivée. "

Des attentes et surtout beaucoup de pression. La majorité de ces nouveaux diplômés sont aussi des enfants uniques, et ils portent les espoirs de réussite de toute une famille.

350 euros pas mois pour un poste de comptable

Le retour à la réalité se fait souvent dans ce genre de foire à l'emploi. Face au déferlement de candidats, les employeurs proposent des salaires bas : en moyenne 350 euros mensuel pour un poste de comptable.

Ma Yinying, diplômée en septembre dernier, aurait préféré 500 euros, mais elle est prête à revoir ses ambitions à la baisse : "350 euros par mois, ce n'est sûrement pas assez pour vivre à Shanghai avec le logement et la nourriture , dit-elle. Mais je suis quand même en train d'y réfléchir, parce que pour ma spécialité c'est très important d'avoir des expériences professionnelles, et qu'en plus quand on est juste diplômé, c'est très difficile de trouver un emploi. "

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