LIP : "La belle horlogerie mécanique est redevenue notre atout", Alain Bérard, directeur adjoint de la marque

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La saga d'une grande marque d'horlogerie, installée près de Besançon, LIP, manufacture horlogère française depuis 1867. LIP est aujourd’hui détenue par la Société des montres bisontines. 

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La montre historique "Winston Churchill" de LIP. La marque est aujourd’hui détenue par la Société des montres bisontines (SMB), établie à Chatillon-le Duc, près de Besançon.  (SEBASTIEN BOZON / AFP)

Plus ancienne entreprise horlogère française en activité, Lip avec ces 140 salariés fabrique 50 000 montres par an pour un chiffre d’affaires de 23 millions d’euros.  

La faute au mauvais temps  

Nous sommes à Besançon en 1867, lorsqu’Emmanuel Lipmann ouvre un atelier d’horlogerie dans le centre-ville de la Préfecture du Doux. Besançon est alors l’épicentre de l’horlogerie française de par sa proximité avec la Suisse. Si l’on fabrique des montres dans l’arc jurassien, des deux côtés de la frontière, c’est à cause du poids de la météo s’amuse Alain Bérard. "Au départ l’horlogerie vient des agriculteurs qui se retrouvent durant de longs mois bloqués par la neige. Ils se mettent à fabriquer des horloges, puis des montres"...  

Naissance d’un géant

1896 : le premier chronomètre est lancé. 1898 : Lip invente le cadran phosphorescent. Une grande invention mise au point en collaboration avec Pierre et Marie Curie. "Même si cette invention va se révéler dangereuse car radioactive", souligne Alain Bérard.

"Ce qui va vraiment faire la différence, poursuit-il, c’est la troisième génération des Lip, avec à la tête de l’entreprise, un certain Frédéric Lipmann qui va adopter les méthodes du taylorisme et du fordisme à l’horlogerie. C’est révolutionnaire puisqu’il invente un calibre qui est strictement identique dans sa production, réparable, fabriqué à grande échelle, où les pièces sont interchangeables d’un modèle à l’autre... Cela va donner une telle avance en termes de rapport qualité-prix à Lip, que la PME famililale va devenir une grand entreprise mondiale". 

La chute et le rebond

Dans les années 60, Lip est au sommet de sa gloire elle accumule les récompenses et les succès. Plus d’un millier de salariés fabriquent plus de 500 000 pièces horlogères chaque année, dans une usine ultra moderne. Et pourtant, en 1976 l’entreprise va déposer le bilan.

"Ce qui s’est passé, c’est une révolution technologique : la montre à quartz. Le grand drame de l’entreprise c’est que Frédéric Lip n’a pas cru en cette  invention japonaise, il n’a pas voulu investir dans le quartz, et en cinq ans la marque a été balayée."

Alain Bérard

à franceinfo

En 1973 Lip va se lancer dans une des premières expériences d’autogestion. A la suite de longues grèves très médiatisées, les salariés reprennent les stocks et l’outil de production et tentent de faire repartir l’entreprise. L’expérience sera malheureusement de courte durée. Cela reste la première expérience de Scop française.

L’entreprise va disparaître puis réapparaître sous différentes formes. Ce n’est qu’au début des années 2010 que la famille Bérard, qui dispose d’un solide passé d’horloger dans la région, décide de remonter sérieusement l’entreprise.

"Aujourd’hui, nos montres retrouvent leur place sur le poignet des gens avec ce qui peut apparaître comme un paradoxe, explique Alain Bérard, 45 ans après avoir été terrassé par le quartz. Notre principal atout est aujourd’hui de faire des montres mécaniques. Cette horlogerie à l’ancienne nous permet de retrouver une place face aux objets connectés à faible durée de vie. Nous, conclue-t-il, nous faisons exactement l’inverse !"    

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