C'est dans ma tête. Quand le Covid nous prive des autres

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Avec le nouveau confinement comme, depuis un an, avec les précédents, les couvre-feux, la fermeture des cafés, des restaurants, et des salles de spectacles, nous sommes privés de la présence des autres. Et nous sommes nombreux à en être très affectés. Est-il normal que cela nous soit aussi pénible ? Et comment peut-on l’expliquer ? Claude Halmos, psychanalyste explique ce besoin de l'autre.

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Radio France
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L'autre, c'est celui qui peut nous épauler, nous aider à supporter nos souffrances (illustration) (ERIC AUDRAS / MAXPPP)


On sous-estime –comme pour beaucoup des privations que nous impose le covid- la souffrance psychologique que représente le fait d’être privé des autres. Parce que l’on sous-estime le rôle qu’ils jouent dans nos vies.
L’autre, pour un être humain, ce n’est pas seulement un compagnon qui lui rend la vie plus agréable. C’est l’un des supports de son équilibre psychique. Et, pour le comprendre, il faut en revenir au début de la vie, où le petit enfant n’a pas seulement besoin de l’autre, pour s’occuper matériellement de lui, mais parce qu’il est indispensable à sa construction psychique. Explications avec la psychanlyste Claude Halmos.

franceinfo: Vous pouvez nous expliquer pourquoi ?

Claude Halmos: Au tout début de sa vie, le bébé ne sait pas que l’autre existe, parce que comme sa mère accourt dès qu’il se manifeste, il pense qu’elle n’est, comme ses bras ou ses jambes, qu’une partie de lui.
Et c’est seulement parce que, au fur et à mesure qu’il grandit, elle vient moins vite, qu’il comprend peu à peu qu’elle n’est pas lui, mais une autre. Et que, parallèlement, parce qu’elle s’adresse à lui en l’appelant par son nom, et qu’elle l’interroge sur ce qu’il veut, il prend progressivement conscience de sa propre existence ; et peut ensuite accéder lui-même à la parole.
Les autres sont aussi, pour l’enfant, des modèles pour grandir. Et, à l’adolescence, au moment où il doit devenir lui-même, les autres que sont ses copains- lui servent de « moi auxiliaires », d’autres lui-même, sur lesquels il s’appuie pour avancer.
Et cette nécessité de l’autre se prolonge à l’âge adulte.

De quelle façon ?

L’autre, face à nous, c’est l’ouverture d’un espace qui élargit notre horizon, et nous évite de tourner en rond dans notre tête. C’est la possibilité d’un dialogue qui nous permet souvent –et pas seulement en thérapie- d’entendre ce que nous disons, et de faire avancer nos idées, parce que les échanger avec lui, nous permet de les appréhender différemment.

L’autre, c’est celui qui peut nous épauler, nous aider à supporter nos souffrances. Et c’est la raison d’ailleurs pour laquelle tant de tortionnaires, à travers le monde, condamnent leurs prisonniers à l’isolement. C’est aussi un regard posé sur nous, qui nous renvoie une image de nous, (ce qui peut être destructeur, mais aussi tout à fait salutaire). Et c’est une présence corporelle, charnelle, qui nous permet de ressentir notre propre corps.

Être privé de cette présence est donc une épreuve très pénible, et de plus dangereuse parce qu’elle peut aussi bien pousser certains dans des fêtes clandestines, et dangereuses, que d’autres, pour éviter la frustration, à ne plus même contacter leurs amis.
Ce qui est dommage parce que, même si la chaleur des sentiments (que la voix peut faire passer), ne peut pas compenser totalement le manque de chaleur corporelle, elle peut adoucir la séparation, et la rendre moins difficile à supporter

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