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C'est dans ma tête. Covid-19 : les jeunes frappés de plein fouet

Des bars fermés, des salles de sport et des piscines qui n’ouvriront plus, des rassemblements interdits ou notablement réduits : les jeunes sont plus particulièrement touchés par les nouvelles restrictions liées à cette crise sanitaire, qui dure depuis sept mois maintenant. La psychanalyste Claude Halmos nous explique pourquoi. 

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Un bar parisien, le 29 septembre 2020.
Un bar parisien, le 29 septembre 2020. (MAXPPP)

Depuis le début de la semaine, des bars fermés, dans certaines villes, ou qui, dans d’autres, restreignent leurs horaires d’ouverture ; des salles de sport et des piscines qui n’ouvriront plus, des rassemblements interdits ou notablement réduits. La vie de tous est atteinte mais les jeunes semblent souffrir de ces limitations plus encore que leurs aînés.

franceinfo : Pour quelles raisons les jeunes supportent-ils aussi mal  cette situation ?

Claude Halmos : La pandémie frappe durement les jeunes. Elle bloque leurs projets d’études, de stages, et leurs recherches d’emploi. Pour beaucoup, tout est en suspens, sans qu’ils sachent jusqu‘à quand. Cela aggrave encore une situation que les difficultés économiques rendaient déjà très difficile ; et crée chez eux de très lourdes inquiétudes qui s’ajoutent à toutes celles qu’ils ont déjà, du fait de la situation sanitaire.

Vous pouvez nous en dire plus sur leurs inquiétudes ?

Être privé d’emploi est, à tous les âges, psychologiquement très éprouvant. Parce c’est être comme empêché de vivre la moitié de sa vie. Mais c’est encore plus angoissant pour les jeunes. Parce que c’est comme si on leur interdisait l’entrée dans la vie adulte ; alors qu’ils ont en général fait, en matière d’études et d’apprentissages, tout ce qu’il fallait faire pour pouvoir quitter leurs familles, et devenir indépendants.

Et la pandémie restreint aussi leurs festivités ?

Bien sûr, et cela les révolte parce qu’ils ont envie de profiter de la vie, et que c’est nécessaire à leur équilibre. Ces réactions, normales, sont parfois majorées chez certains, parce que leur éducation ne les a pas suffisamment préparés à supporter les limites, et la prise en compte de l’intérêt collectif. Mais elles sont certainement, chez tous, l’expression d’un refus plus global des difficultés que rencontre leur génération. Et, à cela, il faut ajouter le rôle que joue la façon dont on communique avec eux.

C’est-à-dire ?

Ils sont pris entre une communication officielle qui semble souvent d’un autre âge (on l’a vu, dans un autre domaine, avec les vêtements républicains de notre ministre de l’Éducation), et les discours démagogiques et dangereux de gens qui se sont auto-proclamés défenseurs des jeunes, et qui prétendent défendre leur droit au plaisir, en en faisant leur problème principal. Et en en oubliant d’autres, comme leurs problèmes économiques, qui sont pourtant essentiels.
Autrement dit, on demande à ces jeunes, dans un cas, d’obéir sans discuter, et dans l’autre de continuer à jouer, sans s’occuper de la réalité du monde. C’est, dans les deux cas, totalement infantilisant.

Or, les jeunes sont non seulement capables de se conduire, même si c’est difficile, de façon responsable, mais aussi d’organiser eux-mêmes des réponses responsables à la situation sanitaire. Ils ont montré qu’ils pouvaient, par exemple, s’organiser dans leurs soirées, pour que certains ne boivent pas, et puissent ramener les autres chez eux. On ne voit donc pas pourquoi ils ne seraient pas capables aussi d’y organiser eux-mêmes le respect des gestes barrières. Cela supposerait seulement que l’on travaille à les mobiliser, en les prenant au sérieux, et en leur faisant confiance.

Un bar parisien, le 29 septembre 2020.
Un bar parisien, le 29 septembre 2020. (MAXPPP)