Après l'épreuve du Covid, celle de la guerre…

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Il y avait déjà le Covid-19 et les Français doivent maintenant se confronter aux informations venant d'Ukraine. La guerre, la force des témoignages, des reportages, des images : se rend-on vraiment compte à quel point cela nous touche ? Sommes-nous tous égaux face à cela ? 

Article rédigé par
Radio France
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Une mère aide son enfant à traverser une voie de chemin de fer à la gare de Lviv, en Ukraine, le 4 mars 2022. Plus d'1 million 200 000 personnes ont fui l'Ukraine vers les pays voisins, depuis le déclenchement de l'invasion russe, le 24 février 2022. (DANIEL LEAL / AFP)

Les Français ont été très éprouvés par la crise du Covid. Et ils doivent maintenant supporter une irruption de la guerre en Europe qui suscite les plus grandes craintes. Nous revenons avec la psychanalyste Claude Halmos sur les conséquences psychologiques de tout cela. Et surtout sur ce que l’on peut faire pour se protéger.    

franceinfo : Il faut d'abord comprendre que recevoir toutes ces informations-là, ce n'est pas anodin ?

Claude Halmos : Cette irruption brutale de la guerre, dans la vie des Français, est d’autant plus terrible qu’elle vient rouvrir leurs blessures pas encore cicatrisées, du Covid. Parce qu’elle les confronte aux mêmes difficultés psychologiques : à la sidération (la guerre, jusque-là, c’était du passé, ou très loin de l’Europe), au risque de mort (la menace nucléaire, terrifiante), et à un sentiment de totale incertitude, et de totale impuissance.  

Mais en plus, elle fait résonner en eux une mémoire – transmise inconsciemment, de génération, en génération – des souffrances subies, lors des guerres, par les générations précédentes. C’est donc très lourd, et il faut le dire, pour ne pas recommencer ce qui s’est passé avec le Covid où, faute d’avoir prévenu les gens, on ne leur a pas permis de se protéger.  

De quoi faudrait-il les prévenir ?  

Il faudrait faire, pour le psychisme, une prévention équivalente à celle que l’on fait pour le corps. Par exemple, la pollution étant, on le sait, d’autant plus dangereuse qu’on ne la voit pas, en cas d’épisode important, on prévient les gens.

De la même façon, sachant que beaucoup de gens pensent que seuls, les problèmes de leur vie privée (les ruptures, les décès) peuvent les faire aller très mal, il faudrait leur expliquer que ceux qui viennent de l’extérieur (de leur vie professionnelle, ou de l’état du monde) peuvent aussi, sans qu’ils s’en rendent compte, les affecter très profondément. Et qu’ils doivent se protéger.  

Comment pouvons-nous nous protéger ?  

D’abord en considérant que la peur que nous éprouvons, est normale, et légitime, parce que les dangers que nous redoutons ne sont pas imaginaires ; ils sont tout à fait réels. Et qu’il ne s’agit donc pas de la laisser nous empêcher de vivre ; mais pas non plus d’essayer artificiellement, de la chasser comme un mauvais rêve.

Il faut la prendre en mains. C’est-à-dire, sachant par exemple que notre angoisse, mais aussi la désinformation, peuvent la majorer, veiller à ne s’informer, pour évaluer le danger, qu’à des sources fiables. Et en parler aux enfants, qu’il ne faut pas oublier.  

Il faut par ailleurs se ménager en évitant de s’encombrer en ce moment, de problèmes sans importance : ce que l’on traverse est déjà suffisamment lourd. Et puis surtout il ne faut pas rester seul, mais partager ses inquiétudes avec d’autres, échanger, et s’associer, autant qu’on le peut, à des actions solidaires.

Aider les autres, il faut le répéter, c’est aussi s’aider soi-même, en luttant contre le sentiment d’impuissance. Et, face à un Poutine qui se prétend tout puissant, c’est un bon moyen de pouvoir se dire, comme les enfants : "même pas vrai !".          

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