Prix franceinfo 2024 de la BD d'actualité et de reportage : la sélection

Iran, Israël, Russie, Ukraine, Canada ou Arabie saoudite pour le regard sur le monde ; scandale du Mediator et assassinat de Samuel Paty pour la France... Le jury du 30e Prix franceinfo de la bande dessinée d'actualité et de reportage planche sur une sélection de 11 livres. Résultat le 9 janvier.
Article rédigé par Jean-Christophe Ogier
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
MARJANE SATRAPI, L'ICONOCLASTE / ASAF HANUKA, STEINKIS / NICOLAS WILD, LA BOITE A BULLES / KATE BEATON, CASTERMAN / TITWANE, ALBIN MICHEL / (FRANCOIS DUPRAT, DELCOURT / GUY LE BESNERAIS, STUDIOFACT / CHRISTOPHE GIRARD, STEINKIS / IGORT, FUTUROPOLIS / JEFF POURQUIE, LA REVUE DESSINEE-DELCOURT / RENAUD ROCHE, DEMAN)

Femme, Vie, Liberté, sous la direction de Marjane Satrapi (L'Iconoclaste)

Les éditions de L’iconoclaste ont voulu s’associer au mouvement de protestation qui s’est propagé en Iran, après le décès de Masha Amini, cette jeune femme que la police des mœurs a battue à mort, parce qu’elle ne portait pas "correctement" son voile. Sous la direction de l’autrice et réalisatrice de Persepolis, une dizaine de duos met en scène la société iranienne, les horreurs que le régime fait subir à sa population, et d’abord aux femmes, et la résistance d’une partie de la jeunesse.

Le Juif arabe, d’Asaf Hanuka (Steinkis)

Voilà un livre paru il y a quelques mois qui résonne aujourd’hui d’une douloureuse actualité. L’israélien Asaf Hanuka se souvient que son aïeul avait pris sous sa coupe un orphelin arabe. C’est lui, le juif arabe du titre. Question : que s’est-il vraiment passé lorsque le grand-père, Abraham, a été assassiné ? À travers cette histoire personnelle, Asaf Hanuka veut savoir pourquoi tout le monde dit qu’il vit dans un pays qui a toujours été, et qui sera toujours en guerre.

À quoi pensent les Russes ?, de Nicolas Wild (à La Boîte à Bulles)

Nicolas Wild se demande effectivement à quoi pensent les Russes, alors que leur pays est en guerre contre l’Ukraine et que les souvenirs de la Guerre froide refont surface. Il est allé leur poser la question. Ce qui donne une savoureuse et édifiante galerie de portraits à Saint-Pétersbourg, Moscou et dans les provinces reculées du pays.  

Environnement toxique, de Kate Beaton (Casterman)

Direction le Canada, dans les pas d’une jeune femme originaire d’une île de Nouvelle-Ecosse, sur la côte est, et qui, comme beaucoup de ses voisines et voisins, décident de tenter sa chance de l’autre côté de ce pays continent, en Alberta, où se multiplient les champs d’extraction des schistes bitumineux. Ce récit autobiographique donne à voir des conditions de travail spartiates, des lieux de vie réduits à leur plus simple expression, et une exploitation intensive des sols, loin des préoccupations écologiques du moment. 

Photographes de guerre, de Raynal Pellicer et Titwane (Albin Michel)

Le duo Titwane au dessin – Pellicer au scénario – fait revivre un autre duo, celui des photographes allemands Hans Namuth et Georg Reisner. Ayant fui leur pays au moment où celui-ci s’abandonne au national-socialisme, on les rencontre à Barcelone. La guerre d’Espagne va éclater. Ils vont largement la documenter, avant de fuir une nouvelle fois devant la victoire de Franco.

Mediator, un crime chimiquement pur, d’Éric Giacometti, Irène Frachon  et François Duprat (Delcourt)

Irène Frachon est ce médecin qui, en 2010, a fait éclater le scandale du Mediator, un coupe-faim dangereux, au point d’avoir provoqué plusieurs décès. Les témoignages des victimes, la bataille médiatique, le combat juridique, les décisions politiques : ce livre-enquête met en lumière les réseaux d’influence du laboratoire Servier.

Crayon noir, Samuel Paty, histoire d’un prof, de Valérie Igounet et Guy Le Besnerais (Studiofact)

C’est l’histoire d’un professeur d’histoire sauvagement assassiné le 16 octobre 2020, pour avoir fait son métier. Quand le livre sort, pour ne pas qu’on oublie Samuel Paty, la France pense encore que ce sinistre fait de société restera l’exception. Mais le 13 octobre dernier,  Dominique Bernard, professeur de français à Arras, est à son tour assassiné.

MBS, l’enfant terrible d’Arabie Saoudite, d’Antoine Vitkine et Christophe Girard (Steinkis)

MBS, c’est l’irrésistible ascension de Mohamed Ben Salmane, enfant gâté, prince héritier, et enfin dirigeant impitoyable. La BD met en scène la violence et le luxe, les pendaisons et les yachts de milliardaires.    

Les Cahiers Ukrainiens, Journal d’une invasion, d’Igort (Futuropolis)…

Le dessinateur est italien. Son pseudonyme est composé à partir de son prénom russe, Igor, parce que ses parents étaient toqués de culture slave. Lui-même a épousé une Ukrainienne. À travers le témoignage de ses proches, il se concentre ici sur les premiers jours de la guerre.

À qui profite l’exil, le business des frontières fermées, de Taina Tervonen et Jeff Pourquié (coédition La Revue Dessinée – Delcourt)

Derrière les sans-papiers qui arrivent en Europe et les noyés de Méditerranée, que de petits métiers lucratifs ! Au Niger par exemple, il y a des courtiers, des coxeurs, des chefs de ligne, des chauffeurs, évidemment. En Libye, au Sénégal, en France, partout, la grande migration, par-delà les frontières fermées, nourrit en économie parallèle.

Les Guerres de Lucas, de Laurent Hopman et Renaud Roche (Deman)

Voilà comment le cinéaste George Lucas a réalisé le premier épisode de la saga Star Wars. On savait que ça n’avait pas été facile, mais force est de constater que personne n’y croyait. Pas même le studio hollywoodien censé financer le film, et encore moins les acteurs qui ne comprendront ce qu’ils faisaient que le jour de la projection.

Le 30e prix franceinfo de la bande dessinée d'actualité et de reportage est annoncé le mardi 9 janvier 2024. 

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