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Deux histoires juives

Deux romans graphiques, "Dessous" de l'américaine Leela Corman et "Dora" de l'argentin Ignacio Minaverry, proposent de regarder l'histoire contemporaine à travers les yeux de jeunes femmes juives.
Article rédigé par France Info
Radio France
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Temps de lecture : 3 min
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Dessous de Leela Corman

est édité en français aux éditions çà et là.

Cette première histoire juive nous vient des Etats-Unis* et elle est signée d'une américaine
de 36 ans née à New-York. Dans ces 200 pages en noir et blanc, Leela Corman
raconte la vie de deux sœurs jumelles, aux destins bien différents,  qui ont grandi dans le Lower East Side, le
quartier juif historique de Manhattan. Comment comprendre ce titre
Dessous  ? D'abord parce qu'il y est
question de ce qui se passe sous les jupes des femmes. Moins pour parler des
plaisirs –tout relatifs- de la chair que de leurs conséquences à une époque,
nous sommes au tournant du XXe siècle, et dans une société, un milieu
populaire, où les grossesses non désirées, les familles trop nombreuses et les
avortements à risque étaient le lot de presque toutes les femmes.
Dessous* , le titre, peut aussi se
comprendre par le fait que derrière cette histoire de femmes se dessine en
filigrane celle de leur père, à la personnalité effacée, que tout le monde, y
compris le lecteur, aurait vite fait de mépriser oubliant le jeune homme
généreux que les pogroms d'Europe centrale ont transformé en orphelin qui ne
trouvera jamais sa place dans cette Amérique au bord de la grande dépression.

Dora par Ignacio Minaverry** est la première publication d'une

nouvelle maison d'édition : l'Agrume

C'est
aussi une jeune femme qui porte le roman graphique Dora . Nous allons faire connaissance de cette petite brune, au
caractère secret, à la personnalité réservée, à Berlin, à la fin des années
cinquante. Fille de déportés -son père est mort en camp, Dora travaille au service
des archives de la Ville. Au
fil des chapitres, nous la suivrons dans la France des années 60 où fleurissent
villes nouvelles et municipalités communistes, puis en Argentine où les anciens
nazis ont trouvé refuge pour échapper à la justice. Revendiquée, la dimension
documentaire n'est jamais démonstrative, mais on est saisi par la richesse et
la véracité des références à l'histoire contemporaine. Très lisible, le dessin,
à la ligne claire quasi-géométrique, s'attarde sur les détails, les objets, les
bâtiments. Et surtout, pour faire comprendre l'horrible efficacité de la
solution finale, l'auteur a pris le parti de présenter, simplement, au fil du
récit, l'organigramme d'un camp de concentration, un décret du commandant
suprême de la Wehrmacht ou des extraits des rapports de la Waffen SS. Un
jeune Argentin trentenaire, quasi-inconnu à ce jour de ce côté-ci de
l'Atlantique, signe cette histoire, véritable surprise de la rentrée BD.

Tous les 15 jours, Jean-Christophe Ogier accueille ici la
chronique "Info manga" de Lætitia de Germon de la rédaction de
franceinfo.fr. Pour vous guider parmi les nombreuses parutions, Lætitia
vous
livre sa sélection et ses coups de cœur.

L'étrange Noël de Monsieur Jack de Juan Asuak chez Pika

Tous les ans, la ville d'Halloween organise une grande fête au
cours de laquelle toutes les manifestations d'humour noir sont permises et même
encouragées. Jack Skellington, le roi des citrouilles et le grand ordonnateur
de ces festivités, commence à s'ennuyer. En se promenant, il découvre par
hasard la ville de Noël qui l'emplie de joie. Il décide alors d'organiser Noël,
et fait kidnapper le Père Noël. Mais sa vision de la fête n'est pas forcément
la même que celle des enfants.

Après l'adaptation des classiques de Disney, Kingdom Heart,
Princess Kilala, La Vallée des fées
, Pika continue avec L'étrange Noël de
Monsieur Jack
de Tim Burton. Le manga respecte l'histoire du réalisateur, les
dessins sont très soignés et les personnages très fidèles à l'œuvre originale.

Lire un extrait de L'étrange Noël de Monsieur Jack

Gisèle Alain de Sui Kasai chez Ki-oon

Au début du XXe siècle, Gisèle Alain, jeune noble en rupture
avec sa famille, décide de s'assumer et devient logeuse d'une pension. Très
vite, elle monte une agence pour devenir femme à tout faire. Sauvetage de chats
égarés, négociations secrètes pour les notables de la ville, bâtisse à retaper
du sol au plafond : Gisèle découvre les aléas de la vie sans jamais s'avouer
vaincue.

De part ses graphismes très soignés, Gisèle Alain fait
penser à Bride Stories de Kaoru Mori. Le titre est une succession de petites
histoires sans réelles intrigues, mais très fraîches. Sui Kasai s'est avant tout
intéressée à son personnage principal et à ses émotions. Le deuxième tome
devrait nous en dire plus sur le passé, pas forcément rose, de Gisèle Alain.

La bande-annonce de Gisèle Alain

Lire un extrait de Gisèle Alain

Gamaran de Yôsuke Nakamaru chez Kana

À l'ère Edo, le fief Unabara est connu pour être l'antre des
combattants les plus belliqueux, il est surnommé le "Nid aux Démons". Afin de
choisir son successeur, le seigneur organise une compétition entre ses 31 fils.
Chacun devra présenter un maître d'arts martiaux. Naoyoshi, le 28e fils, par à
la recherche d'un maître d'arme, mais fait la rencontre de Gama, 14 ans, le
digne représentant de l'école Ôgame. Seul, il va affronter les plus puissants
combattants.

Un manga dynamique, une mise en scène prenante et des scènes
d'action très bien dessinées. Le scénario de Yôsule Nakamaru n'a rien
d'extraordinaire car le mangaka a préféré miser sur de nombreux combats où les différents
compétiteurs s'escriment à montrer que leur style est le meilleur. Un shonen très
prometteur qui ravira les amateurs du genre.

La bande-annonce de Gamaran

A lire également :

Wolfsmund , Vol 3, de Mitsuhisa Kuji, chez Ki-oon

Le Nouvel Angyo Onshi , Vol 3, de Youn In-wan et Yang Kyung, chez Pika

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