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Le pouvoir après le pouvoir

La sélection de la semaine avec Gérard Collard de la librairie "La Griffe noire" à Saint Maur et Jean-Paul Collet de la librairie "La Boucherie" à Paris.

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Un retraité de Véronique de Bure chez Stock.  Un livre sur le pouvoir après le pouvoir, la vieillesse et la retraite. Un très beau portrait psychologique.

"La politique est un milieu à part.
On n'y vieillit pas. L'entourage forme une chape de verre qui ne laisse
passer la lumière que si la scène est jolie. Seules les images
flatteuses peuvent sortir. Le reste, la vérité d'un homme dont les
faiblesses dues à l'âge ne diminuent pourtant pas la grandeur, doit
demeurer caché. Je n'avais pas compris que les paroles de mon messager
devaient rester sous scellés. Ni que, pour les voir acceptées du sérail,
j'aurais dû les maquiller, les raboter, ne garder que des moignons de
phrases.
Je n'avais pas compris que les mots "usé", "vieillard", "fatigué",
étaient des gros mots qui me vaudraient les foudres de mon messager,
lequel se dit aujourd'hui trahi." De juillet 2009 à juin 2010, un proche
de l'ancien Président a livré à l'auteur des confidences qui n'auraient
jamais dû franchir les murs de la rue de Lille, où Jacques Chirac a son
bureau. Qui n'auraient pas dû être publiées. Peu de chose pourtant, nul
secret d'Etat, juste quelques bribes de vérité.
Mais la vérité, en politique, ça n'existe pas. Ou plutôt, ça ne
s'ébruite pas.

Un homme de tempérament de David Lodge chez Rivages. Un biographie romancée de H.G. Wells, pleine d'humour.

"Le sexe pour [Wells] était idéalement une forme de récréation comme le
tennis et le badminton, quelque chose que l'on faisait quand on était
avec satisfaction venu à bout d'une tâche, pour se défouler et exercer
un moment son corps plutôt que son esprit..."

Fervent défenseur de l'Amour libre, H.G. Wells a multiplié les aventures
et mésaventures sexuelles qui lui ont compliqué sa vie privée et
contrarié ses ambitions d'homme politique. Dans sa maison londonienne
barricadée pendant le blitz de 1944, malade, il revient sur son
existence peuplée d'incidents, de livres et de femmes.

De sa plume claire, légère et drôle, David Lodge nous fait découvrir
toute une époque, celle de l'expansion du socialisme et des théories
féministes mais aussi de la bombe atomique, et nous montre Wells tel
qu'il est : l'un des écrivains les plus prophétiques du XXe siècle.

"Le meilleur livre de Lodge depuis des années : foisonnant, drôle,
touchant. Une parfaite équation entre fiction et érudition." (Mail on
Sunday)

Michel Simon. L'art de la disgrâce de Gwenaëlle Le Gras aux éditions Scope. Un très beau livre sur Michel Simon, avec des photos somptueuses.

Acteur atypique, car l’un des plus laids de sa génération,
Michel Simon n’en est pas moins devenu l’un des plus grands. Or, il acquiert ce
statut en ayant rarement le « beau rôle » dans ses films. Il
interprète essentiellement des ratés, des cocus, des clochards, des criminels,
des fous, souvent mal aimés, raillés, seuls ou grotesques. Paradoxalement, ce
sont ces rôles frappés par la disgrâce physique, morale ou sociale qui lui
permettent d’exploiter sa propre disgrâce qu’il sait ériger en art, en source inspiratrice
en tissant son jeu dans l’empathie avec toujours une pointe de distance
ironique. Même s’il peut à l’occasion adopter avec succès un jeu sobre, il
trouve grâce dans l’excès où il utilise sa laideur expressive. Elle est la
matière première de son jeu, atypique, pétri dans la chair. Mais plus qu’un
outil de jeu, son physique ingrat, informe et parfois repoussant est à la fois
sa fêlure et sa plus grande richesse. Il en tire sa présence, monstrueuse ou
émouvante, mais aussi l’invention et la vérité de ses personnages asociaux ou
différents. Telle est sa force. L’acteur a bâti sa carrière sur cette disgrâce
subversive, jouant sciemment, mais aussi sans doute malgré lui, en marge des
critères traditionnellement valorisés. Cet ouvrage analyse cet art de la
disgrâce qui forme l’essence de la persona de Michel Simon, en nourrit son jeu
et fait de lui l’un des plus modernes des acteurs de la période classique.

Et puis Paulette de Barbara Constantine chez Calmann-Levy . Un livre très divertissant, naïf sans être larmoyant et sans prétention.

Ferdinand vit seul dans sa grande ferme vide. Et ça ne le rend pas
franchement joyeux. Un jour, après un violent orage, il passe chez sa
voisine avec ses petits-fils et découvre que son toit est sur le point
de s’effondrer. À l’évidence, elle n’a nulle part où aller. Très
naturellement, les Lulus (6 et 8 ans) lui suggèrent de l’inviter à la
ferme. L’idée le fait sourire. Mais ce n’est pas si simple, certaines
choses se font, d’autres pas… 
Après une longue nuit de réflexion, il
finit tout de même par aller la chercher. 
De fil en aiguille, la
ferme va se remplir, s’agiter, recommencer à fonctionner. Un ami
d’enfance devenu veuf, deux très vieilles dames affolées, des étudiants
un peu paumés, un amour naissant, des animaux. Et puis, Paulette…

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