Réindustrialisation, syndicats à Matignon, réforme des retraites... Ce qu'il faut retenir de l'interview de Sophie Binet

La secrétaire générale de la CGT était l'invitée du "8h30 franceinfo", vendredi 12 mai 2023.
Article rédigé par France Info
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Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, était l'invitée du "8h30 franceinfo", vendredi 12 mai 2023 (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)

Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, était l'invitée du "8h30 franceinfo", vendredi 12 mai 2023. Réindustrialisation, syndicats à Matignon, vote du 8 juin à l'Assemblée nationale... Elle répond aux questions de Lorrain Sénéchal et Neila Latrous.

Réindustrialisation : "Il faut harmoniser par le haut les normes sociales et environnementales à l'échelle européenne"

Sophie Binet se dit "inquiète" vis-à-vis de la stratégie d'Emmanuel Macron pour réindustrialiser le pays, alors que le chef de l'Etat est attendu ce vendredi après-midi à Dunkerque pour dévoiler l'implantation prochaine d'une usine de batteries taïwanaises (un projet qui représente 5 milliards d'euros d'investissement et qui promet 3 000 emplois directs à la clef). "Le premier élément qui nous inquiète, c'est l'annonce du président de dire qu'il faut différer les normes environnementales au niveau européen alors que c'est tout l'inverse qu'il faut faire pour réindustrialiser le pays". Une déclaration qui fait écho à celle d'Emmanuel Macron, jeudi, sur le fait de faire "une pause réglementaire" en matière de normes environnementale. Pour la secrétaire générale, c'est le contraire qu'il faudrait faire : "Il faut harmoniser par le haut les normes sociales et environnementales à l'échelle européenne".

Sophie Binet estime d'ailleurs qu'il faudrait "plus" de normes ainsi qu'une "protection des frontières européennes pour taxer les produits qui ne seraient pas produits avec ces mêmes normes". Par ailleurs, la secrétaire générale de la CGT dénonce des "nouveaux cadeaux" faits aux entreprises par le chef de l'Etat "sans contrepartie", en référence au nouveau crédit d'impôt annoncé jeudi par le président. Pour la syndicaliste, ces aides doivent être conditionnées, notamment "au fait de permettre aux représentants du personnel d'avoir un droit suspensif sur les aides publiques et de les conditionner à un avis conforme des représentants du personnel". Enfin, au sujet de la reconversion automobile, elle ne cache pas son inquiétude : "Le patronat français annonce que dans deux ans il va y avoir 55 000 suppressions d'emplois dans l'automobile". Selon elle, Emmanuel Macron ne lutte pas contre ça. "Que fait-on des filières industrielles du thermique ?", questionne-t-elle alors que ces moteurs seront interdits à la vente pour les voitures neuves en 2035.

Rendez-vous à Matignon : "Il faut retirer la réforme des retraites, cela permettrait enfin de parler des vrais sujets"

Elisabeth Borne reçoit les syndicats les 16 et 17 mai à Matignon pour tenter de renouer le dialogue après la promulgation de la très contestée réforme des retraites. Cinq syndicats sont attendus pour des entretiens bilatéraux parmi lesquels la CGT, le 17 mai à 17h. Lors de ce rendez-vous, Sophie Binet l'annonce, elle a l'intention de redire à la Première ministre qu'il faut retirer la réforme des retraites : "Nous y allons d'abord pour ça et ensuite pour lui dire que ça permettrait enfin de parler des vrais sujets notamment les salaires pour qu'ils soient indexés sur les prix, ou encore les conditions de travail".

Projet de loi Liot pour abroger la réforme des retraites : "Les députés auront la possibilité de s'exprimer" et doivent "permettre une sortie de crise par le haut"

Questionnée sur la proposition de loi du groupe Liot, pour abroger la réforme des retraites, qui sera examinée à l'Assemblée le 8 juin, Sophie Binet répond que "les députés auront enfin la possibilité de s'exprimer" sur le sujet et que, par conséquent, "il faut qu'ils fassent entendre le fait qu'ils ont compris ce qu'il se passait dans le pays et qu'ils permettent une sortie de crise par le haut". Pour la syndicaliste, "si cette proposition de loi était votée le 8 juin prochain", ce ne serait pas un vote symbolique mais bien "un coup de tonnerre". "Ça veut dire que la réforme ne pourrait pas s'appliquer au 1er septembre prochain, poursuit-elle. Si c'est le cas, nous appellerions le gouvernement à tirer les leçons du vote de l'Assemblée nationale et à suspendre immédiatement l'application de la réforme", car selon elle, "ce serait irresponsable de maintenir ce calendrier à marche forcée". En revanche, si le texte est rejeté, ça ne sonne pas la fin de la mobilisation pour elle : "Nous l'avons dit depuis le début, il faut retirer cette réforme sinon pas de retour à la normale, quoi qu'il se passe le 8 juin, cette position demeurera".

Manifestation d'extrême droite à Paris : "Il y a une forme de courte échelle à l'extrême droite qui est organisée par le gouvernement et c'est grave"

Concernant le fait que le ministre de l'Intérieur a annoncé son souhait d'interdire toutes les manifestations d'ultradroite en France, après celle qui a fait polémique samedi dernier à Paris, Sophie Binet répond : "Le problème, c’est qu’il ne l’ait pas fait avant et qu'il ait autorisé cette manifestation scandaleuse avec des gens cagoulés qui défilent en plein Paris de façon menaçante". Sophie Binet parle par ailleurs de "répression syndicale" sur le terrain et ajoute qu'à l'inverse du gouvernement, "nous ne mettons dos à dos l'extrême droite avec personne". Selon elle, "c'est très grave ce qu'a fait le gouvernement depuis 2022, de mettre dos à dos l'extrême droite et l'extrême gauche". Pourquoi ? Parce que, d'après elle, "ça contribue à la banalisation de l'extrême droite". Et Sophie Binet de conclure : "Il y a une forme de courte échelle à l'extrême droite qui est organisée par le gouvernement et c'est grave".

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Retrouvez l'intégralité du "8h30 franceinfo" du vendredi 12 mai 2023 :

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