Vidéo Patiente retrouvée morte aux urgences douze heures après son admission : l'infirmière qui a découvert le décès témoigne pour la première fois dans "Complément d'enquête"

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Patiente retrouvée morte aux urgences douze heures après son admission : l'infirmière qui a découvert le décès témoigne pour la première fois dans "Complément d'enquête" -
Patiente retrouvée morte aux urgences douze heures après son admission : l'infirmière qui a découvert le décès témoigne pour la première fois dans "Complément d'enquête" Patiente retrouvée morte aux urgences douze heures après son admission : l'infirmière qui a découvert le décès témoigne pour la première fois dans "Complément d'enquête" - (COMPLÉMENT D'ENQUÊTE / FRANCE 2)
Article rédigé par France 2
France Télévisions
Une patiente retrouvée morte sur un brancard dans la salle d'attente des urgences de l'hôpital Lariboisière, douze heures après son admission. Ce drame survenu en 2018 a conduit à la mise en examen en mars 2021 de l’AP-HP pour homicide involontaire. Que s'est-il passé ? Dans cet extrait de "Complément d'enquête", voici le témoignage de deux membres du personnel soignant présents à ce moment-là.

"C'est un traumatisme dans ma vie professionnelle. Les alarmes, on les a sonnées, on a frappé aux portes, et j'ai l'impression qu'on nous laisse être des équilibristes. C'est insupportable pour moi." Barbara Coué a, depuis, quitté le secteur hospitalier. Elle était alors infirmière aux urgences de l'hôpital Lariboisière, à Paris. C'est elle qui a découvert Micheline Myrtil, 55 ans, inanimée, lorsqu'elle a pris son service le 18 décembre 2018 à 6 heures du matin.

Dans "Complément d'enquête", elle témoigne pour la première fois – afin que de tels drames soient mis au jour, ainsi que les conditions de travail dans des services d'urgences en surtension, selon elle. "On est habitués aux décès. Ce qui est anormal, c'est ce mur auquel on se trouve confrontés, avec un silence décisionnel, où les gens n'existent plus", dénonce-t-elle, encore très émue des années après. 

"Il y a un empilement de brancards, on est sur du 'Tetris'..."

En faisant le tour de la salle d'attente ce matin-là, elle s'aperçoit "qu'il y a quelqu'un qui ne réagit pas" : une patiente allongée sur un brancard dans un angle de la pièce, dont le visage, tourné vers le mur, n'est pas visible.

Souffrant de fièvre et de maux de tête, Micheline Myrtil était entrée aux urgences la veille, à 18h40. C'était un lundi, "un jour très, très compliqué aux urgences, où il y a plus d'activité parce que les gens reviennent du week-end", précise un autre soignant présent ce soir-là, qui témoigne anonymement. Il y a tellement de monde que dans la salle d'attente, l'"empilement de brancards" empêche de voir de l'extérieur ce qu’il s'y passe.

Temps d'attente de 6 heures, personnel en sous-effectif

Ce soir-là, d'après le soignant, le temps d'attente pour être vu par un médecin était de six heures, au lieu des 120 minutes réglementaires dans les cas considérés comme des "semi-urgences". Selon le rapport des autorités de santé, le médecin de garde était seul pour gérer les "trente patients en attente dans ce secteur", une affluence rendant "impossible l'identification rapide de patients à prioriser dans la prise en charge". Le même document note une situation de sous-effectif par rapport aux autres hôpitaux de l'Assistance publique, eux-mêmes en dessous des préconisations (23,5 équivalents temps plein à Lariboisière, quand il en faudrait 32,4 selon les recommandations officielles). 

Trois jours après ce décès que le langage administratif qualifie pudiquement d'"inattendu", une infirmière supplémentaire aurait été embauchée pour surveiller les patients dans la salle d'attente. D'autres postes auraient été créés par la suite à Lariboisière et dans tous les services d’urgences de l’Assistance publique, affirme le directeur de l'AP-HP, interviewé par "Complément d'enquête". Concernant Micheline Myrtil, il évoque la piste d’une erreur d'identification : la patiente avait été considérée comme absente car n'ayant pas répondu à l'appel de son nom, enregistré de façon erronée. Le parquet demande la tenue d'un procès pour faire toute la lumière sur cette affaire. 

Extrait de "Quand les urgences ne répondent plus !", un document à voir dans "Complément d'enquête" le 1er juin 2023.

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