VIDEO. Mayotte: la gestion défaillante du conseil départemental

En quelques semaines, la chambre régionale des comptes de Mayotte a publié trois rapports, tous très critiques sur la gestion du conseil départemental de l'île. Sureffectifs, double emplois... que se passe-t-il dans le 101e département français ? 

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Mayotte est un îlot français de 256 000 habitants au coeur de l’océan indien. L’un des plus gros employeurs est le conseil départemental: 3140 personnes y travaillent. La collectivité est en sureffectif selon les termes la chambre régionale des comptes.

Par exemple, elle compte 279 agents d’entretien, ce serait sept fois trop. Surcoût évalué : 6,7 millions d’euros par an. Au garage où sont entretenus les véhicules du département, même reproche, il y aurait trois fois trop de personnels. D'après le responsable du garage, il y aurait une quinzaine de mécaniciens pour gérer entre 120 et 130 véhicules. "C'est sûr, ça fait beaucoup de mécaniciens, mais bon ils étaient là avant moi et ils sont encore là", dit-il fataliste. Parmi les quinze mécaniciens, seuls 2 ont une formation académique. Le chef de service fait parfois appel à d’autres garagistes: “Dés que ça touche l’électronique, on ne sait pas faire, on n’a ni les moyens, ni les compétences, ni les connaissances” regrette-t-il.

Au département, l’équipe en place depuis trois ans a conscience de ces sureffectifs. Elle a commencé à ne plus remplacer certains départs en retraite. Mais comment en est-on arrivé là? Ce serait l’héritage, dit-elle, d’une époque où la protection sociale dans l’île n’était pas celle d’aujourd’hui. Par exemple, le RSA (Revenu de solidarité active) à Mayotte a été créé en 2012.

Il ne faut pas oublier que l'Etat ici n'a pas fait son job. De 2004 à l'arrivée du président actuel, les collectivités ont fait un peu l'aspirateur social et les élus se sont substitués. Et c'est vrai que les sureffectifs sont un peu partout.

Benoit Voiriot - Directeur adjoint des ressources humaines au conseil départemental de Mayotte

Agent payé double

Des effectifs pléthoriques qui semblent difficile à contrôler. Le cas d'un ancien agent de la collectivité en fait la démonstration. En 2013, il est recruté par l’hôpital de l’île et ne travaille plus au département. Mais pendant près de deux ans, il touche des salaires des deux administrations, plus de 70 000 euros de salaires indus rien qu'au département.

Comment ne pas s’en être rendu compte plus tôt? Nous avons appelé plusieurs responsables du département. L’un d’eux, de façon anonyme, se confie sur la gestion du personnel : “Je n’ai pas la liste de mes agents. Je connais ceux qui sont là mais peut-être qu’il y en a d’autres qui sont chez moi, je n’ai pas de liste précise. C’est une désorganisation totale. Nous les directeurs, on est dépourvus".

Nominations de complaisance?

En 2016, le département a tenté de réorganiser les services. Un raté. Selon la chambre régionale des comptes, certains responsables nommés par les élus n’avaient pas le grade prévu pour le poste. Pour d’autres, la chambre conclue : “leurs compétences ne ressortent pas suffisantes”.

Des irrégularités dénoncées par l'intersyndicale du département depuis des années par courrier. “Ces courriers ont été envoyés au préfet, au contrôle de légalité pour des nominations non conformes”, nous montre Said Hachim, délégué CFDT, un dossier dans les mains. avec son collègue, ils parlent de nominations de complaisance et réclament les bonnes personnes aux bons postes. “Il suffit de mettre les personnes là où elles doivent être en s'écartant des affinités personnelles, familiales…”, assène Haoussi Boinahedj, président CGT de l’intersyndicale au conseil départemental. 

L’équipe en place réfute les nominations de complaisance, mais le directeur général des services, Mahafourou Saidali, promet que "l'actuelle majorité souhaite pleinement qu'on corrige toutes ces choses là". Tous les postes doivent d'ailleurs être réattribués. Le DGS concède: "ces dysfonctionnements n'encouragent pas au développement de l'île".

Mayotte est devenu département en 2011. Nombreux sont ceux sur l’île à dénoncer une réforme mal préparée, au niveau local et national. Ce sont exactement les conclusions d’un autre rapport de la cour des compte paru en 2016.

Les rapports de la Chambre régionale des comptes de Mayotte:

Département de Mayotte - Gestion des ressources humaines - Exercices 2012 et suivants

Département de Mayotte - Gestion du service des transports maritimes - Exercices 2012 et suivants

Département de Mayotte - l'octroi des subventions (exercices 2012 et suivants)

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