VIDEO. La ferme des 1000 vaches est-elle au dessus des lois ?

L’an dernier, la plus grande exploitation laitière de France, la ferme dite "des 1000 vaches", a été condamnée à diviser son cheptel par deux. Mais 9 mois après le jugement, il y aurait toujours autant de bêtes dans l’étable. Alors, l’exploitation serait-elle au dessus des lois ?

Au coeur de la Somme, c’est la plus controversée des fermes de France. L'exploitation industrielle compte environ 800 vaches laitières, un troupeau beaucoup trop important au gout de la préfecture et de la Justice. Le 19 novembre dernier, la Cour administrative d’appel de Douai a confirmé que la ferme devait réduire son cheptel à 500 vaches laitières, verser une amende de 7800 euros et 780 euros de pénalités de retard par jour en cas de non respect de la décision. La ferme s’est pourvue en cassation devant le Conseil d'Etat mais les sanctions ne sont pas suspendues.

Neuf mois plus tard, la ferme s'est-elle mise en conformité avec la Justice ? La direction refuse toute interview, nous posons la question aux salariés. Nous apprenons qu'il y en aurait toujours 750 au lieu des 500 autorisés. En février dernier, dans une vidéo postée sur Youtube, un éleveur interroge l’ancien responsable de la ferme, qui affirme que son troupeau compte 860 vaches laitières.

Francis Chastagner, opposé depuis le début à la ferme des 1000 vaches avec son association Novissen, ne comprend pas pourquoi la décision de justice de novembre dernier n’est pas appliquée. "Cela fait 9 mois, et depuis 9 mois, on a l’impression qu’il n’y a pas grand chose qui bouge ! Le droit doit être respecté. Et pour nous, laisser ça en l’état, c’est un encouragement à la délinquence économique."

Contactée, la préfecture de la Somme précise que l'amende de 7800 euros a bien été payée mais que le nombre de vaches sur l'exploitation n'a quant à lui pas évolué. L’Etat n’a toujours pas fait appliquer la condamnation. Pourtant la ministre en charge du dossier n’est autre que Barbara Pompili, l’ancienne députée de la Somme qui dénonçait jadis cette ferme . "Ce projet nuisible menace aussi bien l’activité des éleveurs, que la santé des habitants, l’environnement et la condition animale", déclarait-elle devant l'Assemblée nationale en juillet 2014.

Désormais au gouvernement, qu’est-ce qui bloque ? Interrogée à ce sujet, la ministre de la Transition écologique répond être "en discussion avec la préfecture de la Somme". Mais elle ne nous donne aucune information sur la date d'exécution de l'arrêt. Selon nos calculs, les pénalités de retard dûes par la ferme des 1000 vaches s’élèvent déjà à 234 000 euros. De quoi mettre un peu de beurre dans les épinards du ministère de la Transition écologique, à condition de les obtenir bien sûr.