VIDEO. Jeunes et auto-entrepreneurs, la face cachée des plateformes de jobs étudiant

Traverser la rue pour trouver un emploi, a l’Oeil du 20h on a trouvé plus rapide. Quand on est jeune ou étudiant sur certaines plateformes, ce sont les emplois qui viennent à vous. Mais pour quelle rémunération et quels risques ? Nous avons fait le test. 

Trouver un job étudiant, rien de plus simple avec les nouvelles plateformes comme Brigad, Student Pop ou StaffMe. Une dizaine de minutes suffisent pour créer son profil et répondre à quelques questions de motivation en vidéo. Mais pour accéder aux offres, il faut être auto-entrepreneur : un statut moins protecteur qu’un CDD ou un contrat d’intérim, par exemple en ce qui concerne les indemnités de chômage et en cas d’accident du travail.

Je reçois une première offre au bout de trente minutes. Il s'agit d'une mission de commis de cuisine à réaliser dès le lendemain. C'est payé 13,20 euros net de l’heure, je l’accepte. Dans le restaurant, une douzaine d’employés s'affairent. Nous sommes deux auto-entrepreneurs pris en extra. "On est en manque de personnel, la plupart des missions c’est pas pour la cuisine, c’est pour la salle", m'explique une des salariées. 

Si ce restaurateur préfère les auto-entrepreneurs aux traditionnels intérimaires, c’est qu’ils lui coûtent moins cher. StaffMe facture l’heure de travail au restaurateur 16,50 euros dont 20% de marge. A rémunération égale, une agence d'intérim demandera plus de 23 euros. La différence, ce sont notamment les cotisations patronales qui alourdissent la paye d’un salarié. 

C’est donc en tant qu’auto-entrepreneur que j’entre dans la cuisine. Le sol est glissant mais je n’ai pas de chaussures de sécurité qui sont pourtant obligatoires. L’offre précisait seulement de venir en tenue décontractée. Je tranche, je hache et je fais bien attention à ne pas me couper car en cas d’accident du travail, les auto-entrepreneurs ne sont pas couverts. 

"Tu dois assumer la réparation des dommages que tu as causés"

Un risque dont StaffMe ne m’a pas informé quand je me suis inscrit, comme le dénonce l'avocat spécialisé en droit du travail, Kevin Mention : "On vous met en relation très rapidement avec ces entreprises mais à quel coût. Si vous avez un accident du travail, si vous êtes malade ou autre avec ce statut, par défaut vous n'êtes pas pris en charge."

Le co-fondateur de StaffMe, Jean Baptiste Achard, à la tête d’une start-up de cinquante salariés, se défend de mettre en danger ses utilisateurs. Il dit ne proposer que des emplois sans risque : "Les missions que l'on fait ne sont pas accidentogènes. Je ne sais pas si on a de la chance mais depuis trois ans, on n'a eu aucun accident du travail, je pense que c’est lié aux types de missions que l’on fait." Pourtant, après notre inscription sur la plateforme, une offre pour du nettoyage de panneaux d'affichages situés à environ 4/5m de hauteur nous a été proposée. Un "type de missions pas du tout représentatif" selon le co-fondateur de Staff Me.

Le statut d’auto-entrepreneur cache d’autres risques. Nous avons rencontré un jeune "staffer" qui a souhaité rester anonyme. Il a travaillé un an et-demi pour la même entreprise via StaffMe. Séduit par le système, jusqu’à ce qu’on lui demande de payer 235 euros pour la réparation d’une machine endommagée pendant le service. "En tant qu’auto-entrepreneur, c’est ta responsabilité qui est engagée juridiquement et tu dois assumer la réparation des dommages que tu as causé" (sic) peut-on lire dans le mail qu'il a reçu de la plateforme.

"On ne nous a pas mis en garde, logiquement je m’étais dit que j’étais assuré", nous confie l'auto-entrepreneur. "C’est vraiment un statut assez précaire, je ne recommande pas trop". 

A la suite de notre tournage, StaffMe a mis en place une prévoyance pour ses auto-entrepreneurs. Pour les dégâts matériels, la plateforme a souscrit une assurance en responsabilité civile mais la franchise, jusqu’à 3 000 euros, reste à la charge de l’auto-entrepreneur.

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