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Vidéo Les œuvres d'art de l'Etat: mais où sont-elles?

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L'oeil du 20h
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Article rédigé par L'Oeil du 20 heures
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Depuis vingt ans, l'Etat mène un gigantesque inventaire pour localiser les oeuvres d'art qu'il a déposés dans les musées, les mairies, les ambassades... Des milliers d'entre-elles n'ont toujours pas été localisées. Entre inventaires incomplets et vols au sein même des administrations, c'est l'histoire chaotique du mobilier national.

C’est une exposition que vous ne verrez peut-être jamais: des toiles de maîtres, des sculptures, des objets d'art qui appartiennent à l’Etat et dont il a perdu la trace depuis des années! Ces oeuvres ont-elles été perdues? volées? L’oeil du 20h a remonté leur piste.

Depuis vingt ans, l’Etat via la CRDOA, la Commission de récolement des dépôts d'oeuvres d'art, mène un gigantesque inventaire pour localiser des milliers d’oeuvres, comme cette tapisserie d’un dessin de Miro, déposée à l’ambassade de France à Washington, introuvable lors d’une inspection en 2003.Ce buste de Néron, confié lui au Sénat, est également introuvable selon le Palais du Luxembourg, une enquête est ouverte.

Comment a-t-on perdu la trace de toutes ces oeuvres? A Menton, Elsa Puharre, la conservatrice du musée des Beaux-Arts de la ville, a pour mission d’en retrouver une dizaine. Depuis deux ans, du sous-sol au grenier, pièce par pièce, tous les tableaux sont passés en revue et les archives sont réorganisées! C’est ainsi qu’elle a retrouvé une nature morte de Coubine: “ elle était dans les combles, cachée par d’autres oeuvres empilées, c'était difficile de mettre la main dessus ”, explique-t-elle. Elle a aussi remis la main sur un tableau de Marc Mussier représentant Saint Paul-de-Vence. La conservatrice précise: " il n'y avait pas de tableaux informatisés qui nous indiquaient où étaient tels ou tels tableaux, il fallait farfouiller pour trouver un tableau ”. Lui manque encore quelques oeuvres, dont un Bombois d’une grande valeur.

Si son travail est si difficile, c’est aussi à cause des inventaires du musée, mal renseignés depuis des décennies. “ Je pense qu'il y a eu des registres de mouvements mais qu'on a pas retrouvés, sauf celui-ci qui couvre les années 1950-60 ", raconte Elsa Puharre, en sortant un vieux cahier jauni, complété à la main. Et depuis plus rien.

Pour certaines oeuvres en revanche, plus de mystère, on le sait, un Modigliani, un Picasso, un Vlaminck... sept oeuvres en tout, ont été dérobées au musée en 1960.

Un sous-préfet condamné

Des voleurs qui parfois se cachent au coeur même de l’Etat. Hier sur les bancs du tribunal correctionnel du Puy-en-Velay étaient assis Hugues Malecki, un ancien sous-préfet, jugé pour abus de confiance, faux et usage de faux.

En 2007, en poste à Brioude (Haute-Loire), cet amateur d’art remarque une toile d’une peintre russe, Natalia Gontcharova. La toile s'intitule "Dahlias", elle est accrochée aux murs de la sous-préfecture depuis les années 1940. Le sous-préfet fait faire une copie et repart avec l’original, involontairement aurait-il dit. En 2012, il la vend 10 000 euros via internet; l’acheteur, lui, la revend treize fois plus cher aux enchères chez Sotheby's, à Londres, la même année.

Ce n’est qu’en 2014, lorsque l’Etat veut récupérer l’oeuvre qu’il découvre que le tableau accroché dans la sous-préfecture est une copie. L'ancien représentant de l'Etat, qui n'a pas souhaité s'exprimer, a été condamné à deux ans de prison ferme. Il a dix jours pour faire appel.

Quant à l’oeuvre, sera-t-elle retrouvée? L'avocat de l'Etat français est sceptique : " des recherches sont en cours, on ne sait pas où elle est pour le moment ”, précise Me Christian Bellut.

Pour certaines oeuvres, c’est sûr, il n’y a plus d’espoir, comme ce tableau du XIXe siècle de Benjamin-Constant, détruit en 2003 dans l'incendie de la chapelle du château de Lunéville. La vie des oeuvres de l’Etat est aussi mouvementée que l’histoire du pays.

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