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Trois interventions de président en temps de crise

François Hollande s'exprime ce soir sur France 2. Une prise de parole qui aura peu d'impact, selon Etienne Schweisguth, directeur de recherche au Cevipof, qui a analysé de précédentes émissions.

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France Télévisions
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François Hollande présente son plan de relance du bâtiment, à Alfortville (Val-de-Marne), le 21 mars 2013. (JACKY NAEGELEN / AFP)

François Hollande se trouve dans une situation chaotique, dix mois après son élection. Le cap des 10% de chômeurs est atteint dans le pays et seuls 31% des Français se déclarent satisfaits de l'action du président. C'est dans ce climat catastrophe que le chef de l'Etat s'exprime, jeudi 28 mars sur France 2. Une intervention que vous pouvez suivre en direct ici.

Pour francetv info, le politologue Etienne Schweisguth, directeur de recherche au Cevipof, revient sur les interventions d'anciens présidents. Selon lui, "la parole présidentielle n'est pas efficace" dans de telles situations car elle ne répond pas au quotidien de la population. Il estime pourtant qu'elle est nécessaire, "afin de limiter le désamour et conserver une certaine légitimité". Retour sur trois prises de paroles à l'impact limité.

1Sarkozy "face à la crise" en 2009

Nous sommes le jeudi 5 février 2009. Une semaine après une journée de grève et de manifestations qui a rassemblé 2,5 millions de personnes, Nicolas Sarkozy est interviewé à l'Elysée par David Pujadas, Laurence Ferrari, Alain Duhamel et Guy Lagache. L'émission intitulée "Face à la crise" est retransmise sur TF1, France 2 et M6. "Le ton est avant tout pédagogique", note Slate. Le président souhaite "déminer le terrain social"

"C'est l'interview classique, commente Etienne Schweisguth. Le président fait venir des journalistes face à lui. Il exprime sa vision des choses. Mais tout ce que peut dire un chef de gouvernement ne peut entamer les effets de la crise sur la population qui la subit au quotidien." Et de conclure : "Aucun président en exercice n'a réussi à apaiser le climat avec sa parole."

Toutefois, comme le montrent les données de l'institut TNS Sofres, la cote de confiance de Nicolas Sarkozy avait légèrement progressé entre le mois de février et le mois de mars, avant de rechuter.

2Chirac face aux Français en 2005

En plein débat sur la Constitution européenne, Jacques Chirac choisit de se confronter directement à de jeunes Français, le jeudi 14 avril 2005. Objectif : les convaincre de voter "oui" au référendum, alors que les sondages qui indiquent une avance du "non" s'accumulent, comme l'indiquait à l'époque Le Monde. Pour animer l'émission baptisée "Référendum : en direct de l'Elysée", le chef de l'Etat ne choisit pas des journalistes politiques, mais des animateurs : Marc-Olivier Fogiel, Emmanuel Chain, Jean-Luc Delarue.

Un assistant de TF1 (D) accueille des jeunes à leur arrivée à l'Elysée pour participer à un débat télévisé avec Jacques Chirac, dans le cadre de son intervention sur la Constitution européenne, le 14 avril 2005. (PATRICK KOVARIK / AFP)

Moins d'une semaine après l'émission, la cote de popularité de Jacques Chirac tombe à son plus bas depuis sa réélection en 2002, rapportait Le Monde. Et le "non" l'a finalement emporté, lors du référendum du 29 mai 2005.

"Cette émission a été un suicide en public, un échec radical, estime Etienne Schweisguth. Jacques Chirac a voulu innover en discutant avec de jeunes Français mais il se situait sur un terrain qui n'était pas celui de ses interlocuteursIl parlait de manière juridique au lieu de parler de façon politique et de problèmes concrets."

3Mitterrand face à Mourousi en 1985

Dimanche 28 avril 1985. François Mitterrand est interviewé par Yves Mourousi, l'animateur vedette du journal de 13 heures de TF1, "volontiers insolent et réputé proche des jeunes", commente Le Monde. Alors qu'il nage dans les profondeurs de l'impopularité, François Mitterrand doit assurer le service après-vente de la "parenthèse" de la rigueur, deux ans après son annonce. Mais ce qui est resté dans les annales, c'est un échange insolite. Assis sur un coin du bureau, comme sur un tabouret de bar, Yves Mourousi demande au président s'il est "chébran""Vous auriez dû dire câblé !", rétorque alors le locataire de l'Elysée.

Pour Frédéric Dabi, directeur adjoint de l'Ifop, contacté par francetv info, cette interview a permis à François Mitterrand"de reprendre pied". Comprendre : limiter la casse. Un diagnostic partagé par Etienne Schweisguth : "On ne peut pas effacer le désamour mais on peut le contenir, le freiner. C'est ce qu'a réussi à faire Mitterrand lors de cette interview."

Alors pourquoi parler ?

Si sa parole n'est pas efficace en période de crise, le président doit tout de même s'exprimer. "Gouverner, ce n'est pas simplement voter des lois et envoyer des CRS lors des manifestations. C'est chercher l'acceptation de la population, et pour cela le chef de l'Etat doit prendre la parole", analyse Etienne Schweisguth.

Surtout, il existe deux types d'interventions : lorsque le climat socio-économique est tendu et lorsqu'il y a des affaires, commente le chercheur. La parole du président a peu d'impact lors des premières, mais a du poids dans les secondes. Etienne Schweisguth rappelle que François Mitterrand s'en était bien sorti en 1994, après la publication du livre de Pierre Péan retraçant son passé au cours de l'Occupation et sa jeunesse proche de l'extrême droite. Il note également que Jacques Chirac avait excellé devant les caméras en 2000, lorsqu'il s'était expliqué sur la cassette Méry, en évoquant une histoire "abracadabrantesque". "Les petites phrases fonctionnent pour désamorcer des affaires", relève le politologue. Mais elles ne suffiront peut-être pas à François Hollande pour "réenchanter le rêve français".

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