Ségolène Royal sème la zizanie à la BPI

La vice-présidente de la Banque publique d'investissement s'est opposée au président de cette institution au sujet de l'usine de Florange. Explications.

Nicolas Dufourcq, le directeur général de la BPI, et Ségolène Royal, la vice-présidente, le 22 avril 2013 à Paris.
Nicolas Dufourcq, le directeur général de la BPI, et Ségolène Royal, la vice-présidente, le 22 avril 2013 à Paris. (ERIC PIERMONT / AFP)

"Je suis très heureuse de pouvoir contribuer à cette réussite." Fraîchement nommée vice-présidente et porte-parole de la Banque publique d'investissement, Ségolène Royal se félicitait, fin février de cette nouvelle casquette. Mais dès la deuxième réunion du conseil d'administration de cette entité, la dame du Poitou a mis les pieds dans le plat, à rebours des autres membres de la direction.

Lundi 22 avril, elle "aurait quitté précocement une réunion de ce conseil afin de donner une conférence de presse", raconte La Tribune, qui précise qu'elle grillait ainsi de deux heures l'allocution officielle organisée par le directeur général de la BPI, Nicolas Dufourcq, avec qui ses relations sont exécrables. Explications.

La déclaration qui fâche 

 A l'origine, une déclaration du directeur général de la BPI, Nicolas Dufourcq, mercredi 17 avril. "La BPI a étudié le dossier" de l'usine ArcelorMittal de Florange, mais a rendu un "arbitrage business" selon lequel "on aurait perdu beaucoup d'argent et ce n'aurait pas été un bon business", explique ce dernier, cité par L'Expansion, en marge de la première réunion du Comité national d'orientation de la banque, à Caen (Calvados).

Deux jours plus tard, Ségolène Royal monte au créneau et qualifie ces propos de "grave dérapage". Ces déclarations, "déjà condamnées par le ministre du Redressement productif, n'ont aucune raison d'être et ne se reproduiront pas", recadre-t-elle. Et d'ajouter: "La BPI est là pour prendre des risques, parfois elle perdra, parfois elle gagnera."

Des divergences de fond

En jeu, les orientations fondamentales de la Banque publique d'investissement. Les divergences remontent jusqu'au niveau ministériel : Pierre Moscovici, ministre de l'Economie et des Finances, la voit comme un accompagnement des entreprises dans leur développement, tandis qu'Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, souhaite qu'elle "soutienne également les sociétés en difficulté, en la dotant de moyens bien plus puissants", rappelle BFMTV.

Finalement, la première version l'emporte, et Jean-Pierre Jouyet, alors futur président de la BPI, prévient même sur Europe 1 : "Nous financerons les bons projets, au service du développement durable, de la transition énergétique, du numérique [...]Nous financerons les bons projets, pas les canards boiteux" de type Florange. Dans la foulée, François Hollande précise : "Florange fait partie d'ArcelorMittal, ArcelorMittal n'est pas un canard boiteux à ma connaissance [...]. Ce que le président de la BPI a dit, c'est que c'est une stratégie offensive que doit engager la BPI."

Interrogée sur cette question d'orientation, Ségolène Royal a insisté : "On peut bâtir l'avenir aussi avec des entreprises qui momentanément sont en mutation industrielle." Et de détailler : "Cette mutation industrielle-là, ces entreprises qui sont momentanément en difficulté, si la banque publique intervient, c'est pour qu'elles sortent justement de ces difficultés et se repositionnent vers le futur, ne serait-ce qu'avec la mutation énergétique." Tandis que de son côté, Nicolas Dufourcq martelait : "Il faut être très clair", soulignant que la banque n'irait à la rescousse de telles entreprises qu'en appui "de fonds privés".

La BPI doit présenter, le 15 mai prochain, son projet de doctrine d'intervention au Parlement.