Le dictaphone se déclenchait tout seul : les flottements de la défense de Patrick Buisson

L'avocat de Patrick Buisson a développé une nouvelle ligne de défense autour d'un dictaphone à reconnaissance vocale qui a fonctionné à l'insu de son propriétaire.

Nicolas Sarkozy (à gauche), le 6 mars 2012, et son ancien conseiller Patrick Buisson (à droite), en 2011.
Nicolas Sarkozy (à gauche), le 6 mars 2012, et son ancien conseiller Patrick Buisson (à droite), en 2011. (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

Les avocats de Nicolas Sarkozy et de son épouse Carla Bruni se sont opposés à celui de Patrick Buisson, lundi 10 mars, au tribunal de grande instance de Paris. Les anciens locataires de l'Elysée avaient réclamé une audience en référé, c'est-à-dire en urgence, pour réclamer le retrait des enregistrements audio de l'ex-conseiller de Nicolas Sarkozy publiés sur le site Atlantico.

Si le tribunal annoncera seulement vendredi s'il accepte ou non d'ordonner le retrait de ces documents, l'audience a permis de mettre en évidence les incohérences dans les justifications du camp Patrick Buisson. Francetv info revient sur l'évolution de cette défense à géométrie variable.

"Des notes de travail" 

Dans un premier temps, après les révélations du Canard enchaîné et du site Atlantico, le 5 mars, l'avocat de Patrick Buisson, Gilles-William Goldnadel, explique à plusieurs reprises que son client utilisait ces enregistrements comme des notes de travail. 

Patrick Buisson, "en tant qu'intervenant essentiel de ces réunions, ne pouvait prendre des notes écrites. Il utilisait ces enregistrements pour préparer la réunion suivante", a par exemple déclaré Gilles-William Goldnadel. Pour appuyer sa démonstration, il affirme que Patrick Buisson détruisait régulièrement les enregistrements, "sauf manifestement quelques-uns qui ont été dérobés".

FRANCE 3

Afin de démontrer la bonne foi de son client, le conseil de Patrick Buisson est allé encore plus loin sur le plateau de Canal+. Il a déclaré que Nicolas Sarkozy était au courant, affirmant avec force que l'ex-conseiller "n'a jamais enregistré à son insu" l'ancien président. Des déclarations qui ont fait réagir Thierry Herzog, l'avocat de Nicolas Sarkozy, lors de l'audience en référé : "Monsieur Patrick Buisson est un menteur", il ment "en disant qu'il avait l'autorisation de Nicolas Sarkozy pour procéder ainsi".

"La préparation de ses mémoires"

Gilles-William Goldnadel a légèrement fait évoluer la ligne de défense dans les jours suivants, évoquant la préparation des mémoires de Patrick Buisson. Possibilité évoquée par son fils dans un entretien au Point, l'argument est repris par l'avocat notamment dans un entretien au JDD. Patrick Buisson "enregistrait comme on prend des notes, pour un jour écrire des mémoires, à la façon d'un Attali, (...) personne n'aurait jamais dû savoir".

Dans le même temps, l'avocat contre-attaque en annonçant le dépôt d'une plainte contre X pour vol et recel. Une manière d'affirmer que son client n'avait jamais eu l'intention de diffuser les enregistrements. "Quel que soit le regard que l'on porte sur Patrick Buisson (...), il n'est pas le mouchard de la République", a déclaré le conseil à la fin de l'audience en référé. 

L'avocat n'hésite pas à rappeler que la publication de ces conversations privées était la conséquence d'un acte malveillant contre Patrick Buisson lui-même. A plusieurs occasions, Gilles-William Goldnadel a cherché à poser son client en victime. Ce dernier "est victime au même titre que les époux Sarkozy", a-t-il estimé lors de l'audience en référé.

FRANCE 2

"Ce dictaphone se déclenche à la voix humaine"

Lors de l'audience, l'avocat de Patrick Buisson a aussi trouvé une nouvelle justification aux enregistrements. Il a affirmé que l'enregistreur de son client se déclenchait automatiquement, à l'insu de l'ancien conseiller. L'avocat a affirmé que le dictaphone de son client s'était "ouvert malencontreusement", justifiant qu'il "se déclenche à la voix humaine". Patrick Buisson serait donc victime d'un appareil intelligent, à reconnaissance vocale.

Une ligne de défense qui ne semble pas convaincre le camp adverse. "C'est un délit contre la civilité, c'est aussi un délit contre la civilisation", a attaqué l'avocat de Carla Bruni, Richard Malka, pour qualifier les faits reprochés à Patrick Buisson. Ce dernier a ensuite ironisé en se demandant si l'ancien conseiller du président était atteint de "dictaphomanie".