Qui a le plus bénéficié de la réserve ministérielle en 2012 et 2013?

La place Beauvau a dévoilé le nom des personnalités qui, en 2012 et 2013, ont distribué des subventions via l'opaque "réserve ministérielle". La cagnotte profite souvent aux fiefs des élus de la majorité en place.

Une Marianne, symbole de la République française, dans une salle de l\'Assemblée nationale, à Paris, le 27 février 2013.
Une Marianne, symbole de la République française, dans une salle de l'Assemblée nationale, à Paris, le 27 février 2013. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

Le voile se lève un peu plus sur la réserve ministérielle, cette cagnotte gérée place Beauvau et destinée à financer des projets de collectivités locales. Le ministère de l'Intérieur a publié, jeudi 24 juillet, la liste des subventions accordées à ce titre en 2012 et 2013.

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"Petit à petit, pas à pas, il semblerait que [le ministère] ait enfin compris la nécessité de faire la transparence sur l’utilisation des deniers publics", se réjouit l'Association pour une démocratie directe. Après un long combat, l'organisation d'Hervé Lebreton avait, deux semaines plus tôt, publié pour la première fois le listing de 2011.

En 2012 et 2013, ce sont plus de 41 millions d'euros qui ont été distribués pour subventionner des dossiers transmis par des personnalités publiques (ministres, parlementaires, élus locaux...). Francetv info s'est penché sur les 1 123 projets concernés.

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Les gagnantes de la réserve : Pécresse en 2012, Escoffier en 2013

En 2011, François Baroin, François Fillon et Jean-François Copé étaient les mieux servis par la réserve ministérielle. Un an plus tard, le classement est toujours dominé par des personnalités de l'UMP. En tête figure Valérie Pécresse. La ministre du Budget de l'époque a subventionné 52 projets, à hauteur de 2,18 millions d'euros, dont près d'un million ont concerné sa seule circonscription des Yvelines.

Vient ensuite François Fillon avec plus de 2 millions d'euros, dirigés pour la plupart vers la Sarthe, fief du Premier ministre. Le président du conseil général de Charente-Maritime Dominique Bussereau complète le podium avec 687 000 euros, exclusivement dédiés à son département.

En 2013, ce ne sont pas de grands noms de la gauche qui figurent en tête du classement, mais des personnalités plus méconnues du grand public. D'abord la radicale de gauche Anne-Marie Escoffier : la ministre déléguée chargée de la Décentralisation a distribué près d'un million d'euros, notamment dans son fief de l'Aveyron. Elle est suivie par la députée PS Monique Rabin et le maire de Montbéliard (Doubs), le socialiste Jacques Hélias, avec respectivement et 625 000 et 582 014 euros. Le cabinet de Monique Rabin évoque cependant une erreur dans le fichier du ministère, qui attribue à l'élue de Loire-Atlantique une subvention de 100 000 euros dans l'Ariège : sans ce projet, la députée rétrograde à la troisième place du classement.

Le Doubs de Pierre Moscovici choyé en 2013

Le Doubs est sans conteste le département le plus choyé par la réserve ministérielle en 2013. La terre d'élection de Pierre Moscovici, alors ministre de l'Economie, a bénéficié de plus de 1,2 million d'euros de subventions. Son successeur à la tête de la communauté d'agglomération de Montbéliard, le socialiste Jacques Hélias, à l'époque maire de la ville, a pu distribuer près de 530 000 euros.

Avec autour de 500 000 euros de subventions chacune, la Loire-Atlantique de Jean-Marc Ayrault et la Corrèze de François Hollande ne s'en sortent pas mal non plus, se classant à la 5e et 6e places des départements les plus subventionnés en 2013, derrière l'Aveyron, la Seine-Saint-Denis et le Cantal. Bernard Combes, maire de Tulle et conseiller du président de la République, a notamment transmis plus de 180 000 euros pour subventionner deux projets. 

En 2012, la Seine-et-Marne de Jean-François Copé est la mieux subventionnée, avec près de 1,8 million d'euros. Suivent la Sarthe de François Fillon avec près de 1,7 million d'euros et la Meurthe-et-Moselle avec 1,4 million d'euros, notamment apportés par Nadine Morano.

L'influence de Bernadette Chirac

Elle n'est plus Première dame mais elle a conservé son influence. La conseillère générale de Corrèze Bernadette Chirac a obtenu 200 000 euros pour la construction d'un centre de secours dans son département, l'une des plus grosses subventions accordées en 2012.

L'information avait déjà été révélée à l'époque, comme le montre ce reportage de France 3 Limousin, qui précise que Bernadette Chirac avait obtenu cette aide auprès du ministre de l'Intérieur Claude Guéant avant le changement de majorité. Deux ans plus tard, le centre de secours est sorti de terre, rapporte La Montagne : l'ex-Première dame est venue elle-même l'inaugurer en janvier dernier.

Une réserve toujours très partisane

Pour les membres de l'opposition, pas la peine de trop rêver. Adressées place Beauvau, les demandes de subventions sont validées par la majorité en place, ce qui donne un caractère très partisan à la réserve ministérielle.

En 2011 et 2012, les dossiers transmis par des élus de droite forment donc l'immense majorité des demandes accordées : respectivement 96,5% et 98,5%. La situation s'est inversée avec l'arrivée de François Hollande à l'Elysée, même si les disparités sont légèrement moins importantes : en 2013, plus de 85% des subventions ont été transmises par des élus de gauche.