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Rencontre avec les Indignés de La Défense : "Je n’ai aucun espoir dans le vote..."

Malgré le froid et les interventions de la police, les Indignés entament leur troisième semaine d’occupation du parvis de La Défense. A cinq mois de l’élection présidentielle vont-ils peser sur la campagne électorale ? Rencontre avec des Indignés.
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France Télévisions
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Les Indignés sur le parvis de la Défense en novembre 2011 (DR)

Malgré le froid et les interventions de la police, les Indignés entament leur troisième semaine d'occupation du parvis de La Défense. A cinq mois de l'élection présidentielle vont-ils peser sur la campagne électorale ? Rencontre avec des Indignés.

Sur le parvis de La Défense, les Indignés émergent lentement après une nuit inconfortable passée dans le froid. Fatigués à force de ne dormir que 2 à 5 heures par nuit, ceux-ci n'entendent pas abandonner leur occupation, malgré le harcèlement policier dont ils se disent victimes. Vont-ils peser sur la campagne ? FTV 2012 est allée à leur rencontre.

Sur les cartons posés au sol, les slogans fleurissent : "J'accuse l'Etat de nous avoir mis dans cet état : esclave de la dette". Outre l'annulation de celle-ci, les Indignés appellent à la "démocratie réelle maintenant."

Si tous s'accordent sur l'origine des problèmes qu'ils dénoncent, les avis divergent joyeusement sur le reste. "On a des gens de tous les bords politiques, même de droite", avance Benjamin, étudiant en BTS informatique.

Une diversité que les quelques dizaines d'Indignés présents se targuent d'entretenir, même si dans l'ensemble, aucun d'entre eux ne fait vraiment confiance à la politique. "Ce serait bien de peser sur la campagne présidentielle, mais je doute qu'en changeant de président quelque chose bouge", soupire Louise, 19 ans, étudiante en anglais.

"Je suis contre le fait d'avoir un gouvernement"

Le changement, les Indignés l'appellent de leurs vœux. Mais aucun d'entre eux ne se fait d'illusion. "Ca ne change pas grand-chose l'élection présidentielle, il faut changer tout le système", conclut Benjamin en grelottant.

Sur les quelques palettes que les Indignés ont récupérées, des bâches protègent les couvertures et les vêtements du vent omniprésent.

Plus loin, Eva, 26 ans, sans emploi depuis quelques mois, est encore plus désabusée. "Je n'ai aucun espoir dans le vote, explique-t-elle. D'ailleurs, je ne vote pas : je suis contre le fait d'avoir un gouvernement." Le point de vue est radical, mais il est partagé par beaucoup de jeunes.

"Les politiques ne comprennent rien du tout"

Ce n'est pas le cas de Jérémie, 20 ans. Pour cet électricien en alternance, "tout le monde doit voter" parce que "c'est un droit" comme d'être "ici", à occuper La Défense. "Voter, c'est important, même blanc", ajoute-t-il, alors qu'une Indignée distribue une soupe aux lentilles pour l'ensemble du camp.

Tandis que des passants s'approchent pour discuter avec eux, Nicolas s'échine à manier son mégaphone avec autorité. "Je suis Indigné : de toute façon, je n'ai rien à faire de mieux !", s'exclame le brocanteur, qui vit du RMI depuis 12 ans et cherche un financement pour sa formation en charpenterie-menuiserie.

"J'ai voté Montebourg au premier tour de la primaire socialiste et Hollande au second tour, précise l'apprenti tribun. Il faut voter parce que tout est politique. Mais les politiques ne comprennent rien du tout, ils n'en n'ont rien à foutre !"

Récupération politique ?

"Les politiques suivent leur intérêt, pas l'intérêt public", surenchérie Dieu-Merci - carte d'identité faisant foi -, qui appelle les citoyens au rassemblement avec les Indignés.

Pendant ce temps, deux femmes voilées apportent discrètement quelques victuailles. S'ils ne bénéficient pas de la tolérance de la préfecture de Paris, les Indignés peuvent compter sur l'élan de solidarité qu'ils ont suscité auprès des riverains. Pain, noix, oranges, lait, thé et sucre : ils ont encore de quoi tenir.

"La politique doit se faire dans la rue, avec le peuple, pas par quelques politiques", explique Benjamin. "Trop de pouvoir sur les épaules de quelqu'un, ce n'est pas très démocratique", précise-t-il.

"Notre mouvement est a-partisan, mais politique et civique, souligne Louise qui craint une récupération du mouvement. On accepte tout le monde, mais ceux qui viennent le font en tant que citoyen."

Le mouvement des Indignés est né du best-seller de Stéphane Hessel, "Indignez-vous !". L'auteur a soutenu l'écologiste Nicolas Hulot avant d'apporter sa caution à Martine Aubry durant la primaire socialiste.

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