A quoi ressemblerait la France de Vincent Peillon ?

L'ancien ministre de l'Education, qui veut apparaître au centre du jeu face à ses concurrents de la primaire de la gauche, a présenté son projet à la presse.

Vincent Peillon, candidat à la primaire de la gauche, présente son programme, le 3 juillet 2017, à Paris.
Vincent Peillon, candidat à la primaire de la gauche, présente son programme, le 3 juillet 2017, à Paris. (BERTRAND GUAY / AFP)
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Ilan CaroFrance Télévisions

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Il veut apparaître comme le point d'équilibre de la primaire de la gauche. Mardi 3 janvier, à trois semaines du premier tour, Vincent Peillon a présenté son programme devant la presse. Un document de 62 pages (PDF) qui compte de nombreuses propositions, dont certaines déjà portées par François Hollande en 2012. Fervent européen et souhaitant promouvoir la valeur travail, l'ancien ministre de l'Education est favorable à de "nouveaux droits" sur le plan sociétal et à une réforme profonde des institutions. Voici à quoi ressemblerait la France s'il remportait l'élection présidentielle.

Sur l'économie, une réécriture de la loi Travail et la mise en place d'un "bouclier fiscal"

"Je ne crois pas du tout à la fin du travail !" Vincent Peillon tient à mettre les choses au clair : il ne partage pas l'avis de Benoît Hamon, qui pense que le travail va se raréfier dans les années à venir avec la robotisation. Au contraire, il souhaite le promouvoir, notamment en rendant la fiscalité plus favorable au travail, et moins aux revenus du patrimoine. L'ancien ministre propose ainsi de fusionner l'impôt sur le revenu et la CSG, rendant cette dernière progressive. Il s'agissait déjà d'une promesse (non tenue) de François Hollande en 2012.

Si Vincent Peillon est opposé à l'instauration d'un revenu d'existence pour tous, il souhaite mettre en place un "bouclier fiscal" pour les plus modestes. Le principe : en dessous d'un certain niveau de revenu, la taxe d'habitation ne pourrait pas être supérieure à 20% du salaire mensuel.

Quant à la loi Travail, que Benoît Hamon et Arnaud Montebourg veulent abroger, Vincent Peillon souhaite la réécrire en l'expurgeant de sa mesure la plus controversée (l'inversion de la hiérarchie des normes) mais en conservant des "avancées très importantes" comme la garantie jeunes ou le compte personnel d'activité. Ce dernier pourrait d'ailleurs être transformé en une "banque des temps" permettant à chaque salarié d'individualiser son temps de travail.

Sur les questions de société, de "nouveaux droits" pour les Français

Le maître-mot de Vincent Peillon : la solidarité. Le candidat à la primaire promet un "renforcement des solidarités existantes" (par exemple, en facilitant les démarches administratives pour obtenir des prestations sociales), mais surtout "ouvrir de nouveaux droits". Sa principale proposition est la création d'un service public des maisons de retraite : 10 000 places par an, 50 000 sur le quinquennat, gratuites ou à un coût très bas pour les personnes âgées, sous conditions de ressources. Sur la fin de vie, Vincent Peillon propose d'aller plus loin que la loi votée à la quasi-unanimité lors de cette législature, en légalisant l'aide médicale à mourir.

Parmi les autres mesures préconisées par Vincent Peillon figurent la création d'un service public de l'enfance ou le versement des allocations familiales dès le premier enfant. L'ancien ministre s'engage par ailleurs à "poursuivre le combat pour le droit des femmes", notamment en matière de rémunération, et à légaliser la procréation médicalement assistée pour les couples de femmes.

Plus largement, il dit vouloir lutter contre "toutes les discriminations". "Il n'y a pas de deuxième ou de troisième génération 'd'immigrés' à qui il appartiendrait de 's'intégrer', mais des Français de plein droit et de plein exercice", explique-t-il. Quant à la laïcité, il estime qu'elle "ne peut être à géométrie variable. La neutralité vaut pour tous, et ne doit pas s'exercer seulement contre certains".

Sur l'Europe, un couple franco-allemand à la manœuvre

"On peut être de gauche et européen", martèle Vincent Peillon, réfutant "cette petite musique qui nous fait croire que l'Europe empêche les mesures de gauche". Un tacle adressé à Arnaud Montebourg, qui exprime régulièrement son souhait d'aller "casser de la vaisselle à Bruxelles".

Contrairement à d'autres qui souhaiteraient s'affranchir de la règle européenne des 3% de déficit public, Vincent Peillon milite pour un respect par la France de ses engagements budgétaires, en échange d'un "New Deal européen". Comprendre : une relance économique soutenue par un gouvernement économique de la zone euro et des investissements massifs, faisant passer le plan Juncker de 315 à 1 000 milliards d'euros.

Au cœur de cette nouvelle orientation se trouveraient le couple franco-allemand et les pays de la zone euro. "Si nous ne pouvons pas avancer à 27 pays, nous avancerons avec ceux qui le souhaitent", plaide Vincent Peillon, qui souhaite également "une pause" dans l'élargissement de l'Union européenne.

Enfin, face à la crise migratoire, il milite pour un renforcement des frontières extérieures de l'Europe avec "des contrôles systématiques" et un corps de gardes-frontières européen, mais aussi la mise en place de corridors humanitaires pour les réfugiés depuis les pays voisins de la Syrie.

Sur la vie publique, une réforme en profondeur des institutions

Vincent Peillon estime que "les institutions actuelles excluent une partie considérable des Français". Il propose donc d'élire l'Assemblée nationale "à la proportionnelle intégrale dans les grandes régions", ce qui permettrait au FN, mais aussi aux petits partis, d'obtenir une bien plus grande représentation au Parlement. Une mesure choc qui va beaucoup plus loin que "la dose de proportionnelle" que François Hollande avait promise en 2012 et qui est aujourd'hui prônée par Arnaud Montebourg et par Benoît Hamon.

Sur ce terrain des institutions, l'ancien ministre entend également réduire le nombre de parlementaires (sans donner de chiffres précis), instaurer "le mandat unique" et la limitation du cumul des mandats dans le temps (trois mandats successifs maximum), et exiger un casier judiciaire vierge pour être candidat à un mandat électif.

Il reprend enfin à son compte deux autres promesses non tenues de François Hollande : le droit de vote des étrangers hors UE aux élections locales et la suppression de la Cour de justice de la République, juridiction d'exception pour juger les ministres. Autant de sujets qui nécessiteront une réforme de la Constitution, que Vincent Peillon souhaite soumettre aux Français par référendum dès l'automne 2017.

Sur la sécurité, des moyens accrus pour la défense, la police et la justice

"La République ne peut susciter l’adhésion et la confiance que si nos concitoyens savent qu'elle a les moyens de les protéger", avertit le candidat. Au programme, pas de nouvelle loi, mais des moyens supplémentaires. Concernant la défense, Vincent Peillon propose de porter à 2% du PIB le budget de la Défense, comme l'a récemment demandé le chef d'état-major des armées dans une tribune alarmiste en décembre. Un objectif qui serait atteint progressivement, sur dix ans.

Dans le même esprit, le candidat souhaite poursuivre les créations de postes dans la police et la gendarmerie, avec 5 000 postes supplémentaires sur le quinquennat et le retour de la police de proximité créée sous Lionel Jospin et supprimée par Nicolas Sarkozy. Enfin, pour lutter contre l'asphyxie des tribunaux, Vincent Peillon veut augmenter le budget de la Justice de 5% chaque année.