Le débat du PS a été "assez tonique", mais "on peut se demander si les candidats sont à la hauteur des enjeux"

Rémi Lefebvre, professeur de sciences politiques à Lille 2, a expliqué, mercredi sur franceinfo, que le débat entre les 4 candidats à la tête du Parti socialiste interroge sur leur capacité à être "à la hauteur des enjeux".

Les quatre candidats à la tête du Parti socialiste, le 7 mars 2018, lors du débat.
Les quatre candidats à la tête du Parti socialiste, le 7 mars 2018, lors du débat. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

Le débat entre les quatre candidats à la tête du PS, Stéphane Le Foll, Olivier Faure, Luc Carvounas et Emmanuel Maurel, mercredi 7 mars, a été "assez tonique avec de la répartie" et qu'il "redonne confiance dans la vitalité possible du PS", selon Rémi Lefebvre. Cependant, le professeur de sciences politiques à Lille 2 a estimé que les quatre candidats ont été incisifs lorsqu'ils ont évoqué Emmanuel Macron, mais ont été moins convaincants sur les autres sujets et "on peut se demander s'ils sont à la hauteur des enjeux".

franceinfo : Comment avez-vous trouvé ce débat ?

Rémi Lefebvre : Exercice compliqué. J'ai trouvé ça assez tonique avec de la répartie. Emmanuel Maurel et Stéphane Le Foll étaient très à l'aise. Olivier Faure était plus sur la défensive et l'ambiguïté. Luc Carvounas a été renvoyé à ses contradictions vallsistes passées. C'est globalement plutôt un débat qui redonne confiance dans la vitalité possible du PS. Après, toute l'ambiguïté est de savoir qui a regardé le débat, puisque je rappelle que ce n'est pas une primaire ouverte : ce sont les adhérents du PS qui votent.

Ce débat peut-il prouver que le PS a encore sa place dans le paysage politique français ?

On voit très bien dans ce débat que la force du PS et sa faiblesse d'ailleurs, est son pluralisme. C'est la richesse de sa démocratie interne. Il y a une culture de l'expression, des divergences. Là, on a vu la qualité du débat de gens qui se connaissent, mais qui, en même temps, s'opposent sur des questions de fond. Cela donne plutôt l'image d'un parti un peu tonique. Alors, ils étaient toniques sur Macron. Sur le reste, on peut se demander s'ils sont à la hauteur des enjeux, parce qu'il y a beaucoup de questions qui n'ont pas été traitées : l'Europe, la social-démocratie, le parti...

Olivier Faure est le favori. S'il est élu premier secrétaire du PS, ne risque-t-il pas d'y avoir un problème de positionnement du parti, étant donné qu'il est dans la synthèse ?

Oui, c'est le plus petit dénominateur commun. Il n'était pas très à l'aise dans l'exercice et puis pas très à l'aise parce qu'il n'est pas très lisible. Il a un positionnement qui est ambigu. En même temps, le paradoxe, c'est qu'Olivier Faure représente la survie du PS, parce que si c'est Le Foll ou Maurel, ça va tirer très fort et ça va créer des divergences énormes. Olivier Faure, c'est la reconduction de la culture de la synthèse traditionnelle. Le problème est que cette culture de la synthèse traditionnelle n'est pas forcément adaptée à la période, puisque les électeurs du PS, qui sont globalement très déçus de ce qui s'est passé avec Hollande, attendent du changement. Donc la question est de savoir s'il faut préserver l'appareil à tout prix, et le prix à payer c'est peut-être qu'il n'y ait pas d'impulsion nouvelle donnée à ce parti.