Vols : la part des étrangers mis en cause augmente sur quatre ans

Selon l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales, la part des étrangers dans les personnes étrangères mises en cause pour vol en France est en hausse de 10,3 points. Décryptage.

La police dans la Cour carrée du Louvre à Paris, lors de l\'évacuation du musée après le signalement d\'une bande de pickpockets à l\'intérieur, le 11 avril 2013.
La police dans la Cour carrée du Louvre à Paris, lors de l'évacuation du musée après le signalement d'une bande de pickpockets à l'intérieur, le 11 avril 2013. (MIGUEL MEDINA / AFP)

Après avoir décortiqué les données du système de traitement des infractions constatées (STIC) entre 2008 et 2012, l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) est formel : le profil des personnes mises en cause par la police nationale change de manière conséquente.

Selon son rapport annuel révélé par France 2, lundi 16 décembre, si les trois quarts des mis en cause pour vol sont Français, la part des étrangers est en forte hausse. Décryptage.

De plus en plus de mis en cause de nationalité étrangère

En 2012, la police nationale a mis en cause 151 885 personnes pour vols en France métropolitaine, parmi lesquelles on dénombre 36 210 femmes (23,8%), 49 487 mineurs (32,6%) et 40 670 personnes de nationalité étrangère (26,8%). En quatre ans, la part des étrangers explose de 10,3 points, et celle des femmes augmente de 2,4 points. Du côté des mineurs, leur part dans les mis en cause pour vols baisse globalement de 1,5 point, mais croît de 3 points si l'on ne considère que les mineurs de nationalité étrangère.

Moins de 3% des personnes mises en cause pour vols par la police nationale en 2008 étaient de nationalité roumaine, une proportion qui a plus que doublé en quatre ans pour atteindre 7% en 2012, pointe l'ONDRP. En regroupant les personnes de nationalité roumaine avec celles originaires des pays des Balkans (Albanie, Bulgarie et pays issus de l’ex-Yougoslavie), l'observatoire souligne qu'elles représentent 9,5% des personnes mises en cause pour vols, plus de deux fois plus qu'en 2008 (4,2%).

Pour moitié, la hausse de la part des étrangers parmi les mis en cause s’explique par celle de personnes de nationalité roumaine qui représentent 40% à eux-seuls de cette augmentation, détaille le rapport. Deuxième nationalité en forte progression : les Tunisiens. "La proportion de personnes de nationalité tunisienne a ainsi été multipliée par 3 entre 2008 et 2012", écrit le rapport.  

A ce sujet, l’ONDRP se prémunit des accusations de "délit de faciès" : "On peut considérer que le ciblage d’une catégorie de population par la police et la gendarmerie est déterminé, en premier lieu, par leur connaissance de terrain et du profil des auteurs. Il est donc vraisemblablement proportionnel au degré d’implication de la population ciblée dans les actes commis."

De plus en plus de femmes mineures 

En quatre ans, la part des étrangères parmi les femmes mineures mises en cause pour vol par la police a augmenté de près de 15 points, d’après le STIC, doublant presque. En 2012, la part des étrangers au sein des hommes mineurs mis en cause est de 17% contre 31,1% chez les femmes. 

Cette hausse de 14,7 points de la part des étrangères mineures s'explique uniquement par l'augmentation de la part des jeunes de nationalité roumaine ou d'Europe balkanique, qui croît de 16 points quand celle des autres nationalités est stable voire en baisse.

Nouveau crime organisé et délinquance de subsistance

L'observatoire distingue trois types de vols : les vols sans violence, ceux à l’étalage et les vols avec violences. Pour chacun des types de vols, les nationalités les plus mis en cause divergent. En effet, les mis en cause de nationalité roumaine ou d’Europe balkanique expliquent les deux tiers de la hausse de 11,4 points de la part des étrangers concernés dans les affaires de vols sans violence (hors vols à l’étalage). 

Selon l’ONDRP, ce changement du profil des personnes mises en cause par la police nationale pour vols entre 2008 et 2012 est "en partie la conséquence de phénomènes dits de 'délinquance itinérante' qui concernent la France et aussi les pays voisins". "Les organisations criminelles se disent : 'tiens ce sont des infractions peu graves, (...) on ne va pas nous retrouver tout de suite, on va pouvoir en commettre plein'", analyse son président Christophe Soullez qui souligne "l'effet de volume" intéressant ces réseaux.

 

FRANCE 2

Pour les vols avec violences, près de 10% des mis en cause par la police nationale en 2012 sont d’une nationalité d’Afrique du Nord. Algériens, Marocains et Tunisiens représentent environ 58% de la hausse de la part des étrangers au sein des personnes mises en cause pour ces délits.

Cette évolution dans les affaires de vols relevée par l'ONDRP se justifie, d'après le rapport, par "des populations s’installant en France, sans ressources et dont une partie de la subsistance serait assurée, au moins de façon temporaire, par le vol." Notamment les Tunisiens ayant fuit les violences dans leur pays depuis la chute de Ben Ali.