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Plusieurs personnalités centristes ont marqué leur déception et leur désaccord avec le nouveau gouvernement Fillon

Le ministre sortant de l'Ecologie, Jean-Louis Borloo, a renoncé à rester dans l'équipe gouvernementale après d'ultimes tractations avec l'Elysée. Son entourage évoque un "démantèlement" de ce ministère.Le président du Nouveau centre, Hervé Morin, qui quitte la Défense, a dénoncé la constitution d'un "équipe de campagne électorale proche du RPR".
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Jean-Louis Borloo dit vouloir "retrouver ma liberté (...) au service de mes valeurs, qui ne sont pas de circonstances" (AFP - BERTRAND GUAY)

Le ministre sortant de l'Ecologie, Jean-Louis Borloo, a renoncé à rester dans l'équipe gouvernementale après d'ultimes tractations avec l'Elysée. Son entourage évoque un "démantèlement" de ce ministère.

Le président du Nouveau centre, Hervé Morin, qui quitte la Défense, a dénoncé la constitution d'un "équipe de campagne électorale proche du RPR".

Le RPR est le prédécesseur gaulliste de l'UMP, parti qui a permis à Nicolas Sarkozy de conquérir le pouvoir.

Avec Jean-Louis Borloo, Nicolas Sarkozy se trouve privé d'un de ses ministres les plus populaires et d'un pôle de fixation de l'électorat centriste, à 17 mois de l'élection présidentielle. L'ancien ministre a fait un temps figure de favori pour remplacer François Fillon et donner une coloration plus sociale au gouvernement, après l'épisode de la réforme des retraites qui a mobilisé contre elle des millions de manifestants. Mais nombre de parlementaires UMP se serait dressé contre ce scénario. Dans le même temps, la machine Borloo a connu des ratées pendant la crise des retraites, notamment la gestion de la pénurie d'essence.

Nicolas Sarkozy a donc finalement décidé de reconduire François Fillon. Il n'en souhaitait pas moins garder au gouvernement le président du Parti radical, formation politique associée à l'UMP. Selon des sources gouvernementales, il lui aurait proposé les Affaires étrangères, un grand ministère de l'Economie, un "grand pôle social" ou la Justice.

Peine perdue. Jean-Louis Borloo a publié un communiqué en forme de rupture enrobée dans les amabilités d'usage : "J'ai choisi de ne pas appartenir à la prochaine équipe gouvernementale. Je préfère, en effet, retrouver ma liberté de proposition et de parole au service de mes valeurs, qui ne sont pas de circonstances, au premier rang desquelles je place la cohésion sociale." Une manière d'affirmer à demi-mot qu'il ne peut pas travailler avec un Premier ministre qui disait dimanche se fixer pour objectifs la croissance, l'emploi et la solidarité, mais dont il paraît mettre en doute la sincérité et la sensibilité sociale...

Jean-Louis Borloo avait fait à Nicolas Sarkozy "une offre globale" concernant la ligne politique et les priorités du gouvernement, la place des centristes et sa propre contribution mais n'a pas jugé satisfaisante la réponse du chef de l'Etat, a précisé Marc-Philippe Daubresse, l'un de ses proches, ministre sortant de la Jeunesse.

Pour autant, des responsables et des élus de l'UMP et d'autres sources proches du gouvernement jugeaient inéluctable le départ de l'ex-ministre de l'Ecologie, compte tenu de la dégradation de ses relations avec François Fillon. "L'ambiance entre Jean-Louis Borloo et François Fillon et entre leurs entourages était devenue si délétère qu'il était difficile pour [le ministre de l'Ecologie] de rester au gouvernement", a ainsi affirmé un député UMP sous couvert de l'anonymat.

Le ministre sortant de la Jeunesse, Marc-Philippe Daubresse, s'est déclaré "solidaire" de Jean-Louis Borloo, de même que la secrétaire d'Etat aux Technologies vertes, Valérie Létard, elle aussi absente de la nouvelle équipe gouvernementale.

Selon Marc-Philippe Daubresse, Jean-Louis Borloo réunira lundi soir des dirigeants et élus de tous les courants du centre-droit, du Parti radical à l'Alliance centriste en passant par le Nouveau centre, pour examiner la nouvelle situation. Et, pourquoi pas, ébaucher un scénario de candidature de l'ancien ministre à l'Elysée ? "Son souhait, c'est de pouvoir construire un pôle d'équilibre qui sera nécessaire à la majorité présidentielle", a expliqué Valérie Létard. "Sans ce pôle d'équilibre, il nous semble que l'horizon 2012 ne peut pas s'organiser dans les meilleures conditions possibles", a-t-elle ajouté.

Quoi qu'il en soit, son entourage a déjà fait usage de sa liberté retrouvée. "On est stupéfait de constater le démantèlement" du ministre de l'Ecologie, y affirmait-on dimanche soir. Le portefeuille de l'énergie a été confié à Eric Besson, ministre dépendant de Bercy, où il sera également chargé de l'Industrie et de l'Economie numérique.

Des appels à un regroupement des centristes
Hervé Morin, qui paye sa volonté de se présenter à l'élection présidentielle de 2012, a pour sa part lancé un appel aux centristes pour qu'ils rejoignent son Nouveau centre. "J'attendais une représentation plus équilibrée des sensibilités de la majorité (...) J'attendais de la composition du gouvernement un geste de rassemblement", a-t-il expliqué à des journalistes dans son bureau ministériel. "J'ai vu apparaître une équipe de campagne électorale UMP et je pourrais même dire (...) proche du RPR", a ajouté le président du mouvement regroupant des députés centristes transfuges de feu l'UDF.

Le président UMP de la Commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale, Pierre Méhaignerie (qui fut ministre de Valéry Giscard d'Estaing) a, quant à lui, déclaré que la composition du nouveau gouvernement était "une grande déception pour la famille centriste et libérale".

La rébellion de Jean-Louis Borloo est une aubaine pour les radicaux de gauche, qui ont proposé une réunification de la famille radicale. "En reprenant sa liberté, Jean-Louis Borloo offre l'opportunité aux radicaux et au radicalisme de retrouver toute leur place sur l'équipier politique", déclare dans un communiqué Eddie Ait, secrétaire national du Parti radical de gauche.

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