Nicolas Sarkozy s'explique : "Il y a eu une volonté de m'humilier"

Nicolas Sarkozy a accordé mercredi soir une interview à TF1. L'ancien chef de l'État réagissait à sa mise en examen, notamment pour corruption active, survenue la nuit précédente. Il a dénoncé une "instrumentalisation politique de la justice" mais a tenu à montrer sa ténacité face aux épreuves qu'il estime subir. Résumé de ses principales déclarations.

(Nicolas Sarkozy à son arrivée dans ses bureaux de la rue Miromesnil © Reuters/Gonzalo Fuentes)

Sur sa garde à vue

Nicolas Sarkozy a attaqué son interview sur le choc qu'aurait constitué pour lui sa convocation au pôle financier, son audition et enfin sa mise en examen dans la nuit de mardi à mercredi. "Il y a eu une volonté de m'humilier " assure-t-il. Et pour bien enfoncer le clou, il précise : "M. Cahuzac n'a pas passé une seconde en garde à vue ", alors que l'ancien ministre du Budget a avoué avoir détenu un compte en Suisse. "Tout est fait pour donner de moi une image qui n'est pas conforme à la vérité ", conclut l'ancien président de la République.

"Ne pouvait-on pas me convoquer pour que je réponde aux questions des juges ?"
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Sur le rôle supposé de l'État

Nicolas Sarkozy s'est montré très volubile sur ce sujet. Pour lui, pas de doute, ses ennuis judiciaires portent la marque des socialistes au pouvoir. Manuel Valls, Christiane Taubira et Michel Sapin ont tour à tour subi les critiques de l'ancien chef de l'État. Il reprend donc à son compte les arguments de ses défenseurs au sein de l'UMP, et il l'a dit lors de son interview : il y a "une instrumentalisation politique de la justice ". "Il y a des choses qui sont en train d'être organisées ", a-t-il asséné d'un air entendu. Dans une tribune publiée par Le Figaro en mars dernier, après la révélation des écoutes téléphoniques menées contre son avocat Thierry Herzog et lui-même, il avait même évoqué la Stasi...

Sur l'appartenance d'une des juges au Syndicat de la Magistrature

La polémique bat son plein depuis la mise en examen de Nicolas Sarkozy. Claire Thépaut, l'une des deux juges d'instruction l'ayant prononcée, est accusée de partialité. En effet, la magistrate est syndiquée au Syndicat de la Magistrature, une organisation classée à gauche. Alors, Nicolas Sarkozy n'a pas manqué de s'en offusquer : "Est-il normal qu'on choisisse un magistrat qui appartient au SM ", demande-t-il, qui plus est une magistrate "dont l'obsession politique est de détruire la personne contre qui il doit instruire à charge et à décharge ". Pure question rhétorique, et d'ailleurs Nicolas Sarkozy aura réussi à ne pas prononcer une seule fois le nom des magistrates visées. Pour lui, ce sont simplement "les deux dames ", et les chefs d'accusation contre lui sont tout simplement "grotesques ". Il faut dire que l'ancien chef de l'État ne porte pas vraiment les magistrats dans son coeur, lui qui les a par le passé qualifiés de "petits pois ".

"Tout justiciable a le droit à un juge impartial"
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Sur les écoutes téléphoniques

Nicolas Sarkozy a très peu, en comparaison du reste, évoqué le fond des dossiers judiciaires qui pèsent sur lui. "Est-ce parce que c'est moi que tout doit être permis, autorisé ? ", demande-t-il. Pour lui, les écoutes menées contre son avocat Thierry Herzog et lui-même sont "scandaleuses " puisqu'elles portent atteinte à sa vie privée. Quant à ce que les juges lui reprochent, à savoir la corruption active et le trafic d'influence - il aurait cherché à obtenir des informations sur un dossier le concernant contre une promesse d'embauche faite à Gilbert Azibert, magistrat à la Cour de cassation -, cela ne tient pas puisque le fameux magistrat n'a finalement pas eu le poste qu'il convoitait à Monaco.

"Si on avait trouvé un virement de M. Kadhafi, vous en auriez été informé avant moi..."
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Sur l'affaire Bygmalion

C'est la dernière affaire en date qui pèse comme une épée de Damoclès au-dessus de Nicolas Sarkozy. Mais il élargit le sujet et parle plus globalement du financement de sa campagne présidentielle de 2012, retoquée par le Conseil constitutionnel pour un dépassement de 400.000 euros. Du coup, explique-t-il, "pensez-vous que sur une campagne de 21 millions, les Sages du Conseil constitutionnel auraient laissé passer 17 millions ? " Soit le dépassement révélé par la presse ces dernières semaines, grâce à un système de double facturation opéré par la société événementielle Bygmalion pendant la campagne. Un système qui n'existe pas selon Nicolas Sarkozy. Ainsi, Jérôme Lavrilleux, qui est passé aux aveux en affirmant que le candidat n'était pas au courant de ce système, "aura à rendre compte devant la justice ".

"Cette campagne a été vérifiée dans tous les sens !"
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Sur son retour en politique

Nicolas Sarkozy était également très attendu sur ses intentions politiques. D'emblée, il a averti : "La question de savoir si on renonce ne se pose pas pour moi ". "Je n'ai jamais trahi la confiance des Français " a-t-il assuré, ouvrant la voie à un retour car la situation l'exigerait. "J'aurai à décider au mois d'août, début septembre " a-t-il conclu, avec dans le viseur l'élection à la tête de l'UMP.

"Vis à vis de son pays, on a des devoirs, pas des droits"
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