Ni l’extrême gauche ni le centre ne veulent de l’accord de désistement proposé par Eva Joly

Jean-Luc Mélenchon et François Bayrou ont tous deux renvoyé dans les cordes jeudi 5 janvier la proposition d’Eva Joly de créer un accord de désistement pour le second tour.

L\'Assemblée nationale à Paris avant la séance de questions au gouvernement (photo d\'illustration)
L'Assemblée nationale à Paris avant la séance de questions au gouvernement (photo d'illustration) (AFP PHOTO JOEL SAGET)

Jean-Luc Mélenchon et François Bayrou ont tous deux renvoyé dans les cordes jeudi 5 janvier la proposition d'Eva Joly de créer un accord de désistement pour le second tour.

La logique de l'ouverture et du rassemblement de François Mitterrand en 1988 pourrait-elle être remise au goût du jour en 2012 ? Pas sûr, à en croire les réactions à la proposition de désistement réciproque formulée par Eva Joly lors de ses voeux jeudi à Paris.

Jean-Luc Mélenchon a accusé l'écologiste de s'égarer. De son côté, le candidat du Modem a souligné que la présidentielle n'était "pas une élection de coalition".

Une question de logique

Lors de ses voeux jeudi matin à Paris, la candidate d'Europe Ecologie-Les Verts avait appelé "François Hollande, François Bayrou et Jean-Luc Mélenchon à préparer dès à présent une dynamique de second tour et à s'engager à un désistement réciproque" pour le qualifié du premier tour. Une première dans cette campagne présidentielle.

M. Mélenchon a répondu qu'Eva Joly "s'égare" en proposant un accord au candidat MoDem. Pour le candidat du Front de gauche à l'Elysée, "la logique politicienne du ‘tout sauf Sarkozy' condamne la gauche à l'échec".

M. Bayrou a déclaré quant à lui qu'"entrer dans une logique de désistement annoncé, cela voudrait dire que l'on constitue un camp". "Or tout mon combat, c'est de sortir de la logique des camps, qui est moins adaptée à la situation aujourd'hui qu'elle ne l'a jamais été", a-t-il précisé.

Tous contre Sarkozy ?

Pour le candidat du Front de gauche, le programme de François Bayrou est "incompatible avec la gauche". Jean-Luc Mélenchon a rappelé que le centriste propose une "hausse de la TVA" et un plan de rigueur de "100 milliards d'euros". "La gauche n'a rien à voir avec de telles orientations", a souligné Jean-Luc Mélenchon.

Le député européen a par ailleurs estimé que la logique du ‘tout sauf Sarkozy' ne "constituait pas une politique cohérente capable de mobiliser notre peuple et de battre durablement la droite et l'extrême droite". "Elle condamne la gauche à l'échec", selon le candidat FG.

François Bayrou a estimé dans une déclaration qu'une telle logique de désistement "reviendrait à faire de Nicolas Sarkozy le sujet de l'élection présidentielle". Or, "ce n'est pas lui qui est le sujet de cette élection, mais la situation de la France et les moyens de s'en sortir", a affirmé le député des Pyrénées-Atlantiques.

Pour le centriste, "en faire une élection du tous contre un, ça serait se tromper de démarche, de question de fond pour cette élection et en plus et ce serait rendre un sacré service au président sortant en le mettant sous la lumière de tous les projecteurs".

Accord PS-EELV

Interrogé sur le sujet en marge d'un déplacement à Caen, François Hollande a jugé en fin d'après-midi que la question d'un tel désistement ne se posait que pour François Bayrou.

"Je me rappelle -ce n'est pas si ancien- qu'il y a un accord entre le Parti socialiste et Europe Ecologie-les Verts, a-t-il indiqué, en allusion à l'accord de mandature signé entre son parti et EELV à la mi-novembre. Donc le désistement, il est automatique entre nous pour l'élection présidentielle comme pour les législatives".

"Après, si d'autres veulent s'associer à ce désistement... D'abord, je n'ai pas de doute sur ce que feront les partis de gauche. La question, elle doit être posée à François Bayrou, qu'Eva Joly fasse la démarche", a poursuivi M. Hollande.

Chez les écologistes, la proposition de la candidate EELV n'est pas non plus passée inaperçue. "Il commence à y avoir polémique" sur les listings internes du parti, a indiqué un responsable : l'aile gauche du parti est hostile à tout rapprochement avec le centre, quand d'autres se plaignent de n'avoir pas débattu de sa proposition.