Mais qu'est-ce qui incite les électeurs à voter ? La télévision !

"Les médias font-ils l'élection?" se demandait l'EHESS (École des hautes études en sciences sociales) mardi 13 décembre. L'intervention la plus intéressante pouvait se résumer ainsi : non, mais ils peuvent accroître la participation. Surtout la télé.

Céline Braconnier, maître de conférences de sciences politiques à Cergy-Pontoise
Céline Braconnier, maître de conférences de sciences politiques à Cergy-Pontoise (DR)
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Anne BrigaudeauFrance Télévisions

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"Les médias font-ils l'élection?" se demandait l'EHESS (École des hautes études en sciences sociales) mardi 13 décembre. L'intervention la plus intéressante pouvait se résumer ainsi : non, mais ils peuvent accroître la participation. Surtout la télé.

Quelle est l'influence des médias sur le public en temps de campagne électorale ? A l'EHESS (Ecole des hautes études en sciences sociales), Céline Braconnier, maître de conférence en sciences politiques à Cergy-Pontoise et auteur de "La démocratie de l'abstention", a rendu compte, mardi, de ses travaux sur un quartier populaire de Saint-Denis.

Elle conclut à l'influence déterminante de la couverture télévisée de la campagne pour mobiliser l'électorat le plus abstentionniste. Parce qu'il suffit, dans un entourage familial, que le plus politisé ou le plus intéressé suive la campagne à la télévision pour inciter les autres à voter.

De plus en plus d'"intermittents" du vote

Sa réflexion a été nourrie par les chiffres des deux précédentes élections présidentielles.

Après la forte abstention de 2002 (28,4% au 1er tour, score jamais atteint pour ce type d'élection), celle de 2007, a-t-elle rappelé, a été marquée par un record historique de participation (83,77%).

Ce dernier scrutin a été aussi marqué par une réduction des inégalités face au vote : "on a pratiquement autant voté dans les quartiers populaires qu'ailleurs".

Un mois après la présidentielle, les législatives enregistraient à nouveau 40% d'abstention, dont 60% dans les quartiers populaires.

Le rôle des campagnes "de haute intensité"

Comment donner sens à ces informations contradictoires ? Les données de l'Insee montrent une croissance de "l'intermittence électorale". De plus en plus de gens votent "de temps à autre".

Si le vote "constant" s'explique par des facteurs structurels (niveau social plus élevé...), les électeurs occasionnels, moins diplômés, moins culpabilisés par le fait de s'abstenir, sont plus sensibles aux facteurs conjonturels. Notamment les jeunes.

En 2007, le match Royal-Sarkozy les a mobilisés grâce à une campagne "de haute intensité", très présente dans les médias, des mois à l'avance. Contrairement à ce qui s'est passé en 2002 où la campagne en tant que telle a été quasiment absente de la télé jusqu'en mars.

La participation se joue à la télé

Pour vérifier ses hypothèses, Céline Braconnier a comparé les comportement des inscrits dans deux bureaux de vote : l'un dans le Marais, au coeur de Paris. L'autre dans le quartier des Cosmonautes, à Saint-Denis (93).

Les trois quarts des inscrits des Cosmonautes sont "des intermittents" du vote, contre la moitié de ceux du Marais. Ils se sont pourtant mobilisés presque autant pour l'élection de 2007.

Quels facteurs ont le plus influencé les deux populations concernées ?

  • La télévision : à 78,9% pour le quartier des Cosmonautes, à 77,3% ceux du Marais
  • Les journaux : à 44, 2% pour la cité de Saint-Denis, 68% pour le quartier central de Paris,
  • La radio : à 18,3% pour les Cosmonautes, 44,1% pour le Marais
  • Internet : à 15,6% pour les Cosmonautes et à 32% pour le Marais.

"On arrive à être touché par les clivages que quand ils sont mis en scène par les médias", estime Céline Braconnier.

Les quatriers populaires, des déserts militants

"D'où l'importance de la télé. Seules les campagnes relayées de façon importante par le petit écran incitent les gens à participer de façon égalitaire. Parce que c'est leur seul rapport à l'information. C'est aussi dans les quartiers populaires que les appels à s'inscrire sur les listes électorales via la télévision sont les plus importants. Et ils ont plus d'impact encore dans les émissions qui ont peu à voir avec la politique : variétés, divertissement..."

Jusque dans les années 1980, les quartiers populaires, encore encadrés de façon pérenne par des partis, votaient de façon conséquente. Depuis, ils sont devenus des déserts militants, où le faible porte-à-porte des partis politiques marche moins que le pouvoir audiovisuel.

Dernier point, une campagne électorale qui commence tôt dans les médias à plus de chances d'être mobilisatrice. Car le calendrier d'inscription électorale est très discriminant socialement : personne dans les cités ne sait qu'après le 31 décembre, il est trop tard pour s'inscrire.

Inscriptions sur les listes électorales : des clips "incompréhensibles"

Que pronostique Céline Braconnier pour 2012 ? "Dans les quartiers populaires", dit-elle, "mon intuition, c'est qu'on se mobilisera moins qu'en 2007. Notamment parce qu'on a peu relayé à la télévision les campagnes associatives pour l'inscription sur les listes électorales".

Quant aux clips du PS ou d'EELV sur la Toile - "L'abstention fait peur aux chatons" - incitant les électeurs à s'inscrire sur les listes électorales, elle les juge "incompréhensible pour la cible visée".

A se demander s'ils sont fait pour convaincre les électeurs diplômés ou CSP + qui, eux, votent de toute façon ?