Primaire à droite : quatre questions pour comprendre l'influence des électeurs de gauche

Maintenant qu'ils ont contribué à l'élimination de Nicolas Sarkozy, franceinfo cherche à savoir si les sympathisants de gauche vont continuer à aller voter en faveur d'Alain Juppé.

Des électeurs attendent de pouvoir voter lors de la primaire à droite, à Paris, le 20 novembre 2016. 
Des électeurs attendent de pouvoir voter lors de la primaire à droite, à Paris, le 20 novembre 2016.  (JULIEN MATTIA / AFP)

Entre 500 000 et 600 000. C'est le nombre de sympathisants de gauche à avoir voté au premier tour de la primaire à droite, dimanche 20 novembre, selon les premiers sondages à la sortie des urnes. D'après une enquête Elabe pour BFMTV, ils représentent 15% des votants. Harris Interactive les estime à 14% de l'électorat, OpinionWay, à 12%.

Majoritairement acquis à Alain Juppé, les sympathisants de gauche sont devenus un enjeu essentiel pour le maire de Bordeaux, qui est à seulement 28,1% au premier tour, loin derrière François Fillon (44%). Franceinfo résume l'impact de ces électeurs sur le scrutin en quatre questions.

Qu'est-ce qui a motivé les sympathisants de gauche à aller voter ?

Faire barrage à Nicolas Sarkozy : c'est la principale raison qui explique la mobilisation des sympathisants de gauche. Selon une enquête Harris interactive pour LCP et Public Sénat, publiée au lendemain du premier tour, 73% d'entre eux se sont déplacés pour empêcher une victoire de l'ancien président.

Parmi les électeurs de Nicolas Sarkozy, seul 1% se déclare sympathisant de gauche, contre 22% chez les électeurs d'Alain Juppé... et 78% dans les rangs de Nathalie Kosciusko-Morizet, indique un sondage OpinionWay

Peut-on dire qu'ils ont éliminé Nicolas Sarkozy ?

C'était la grande crainte de l'ancien président lors de la campagne. "Je ne suis pas candidat à la primaire de la droite, du centre et de la gauche. (...) Quand on appelle à voter des électeurs de gauche, on se prépare à des arrangements", avait lancé Nicolas Sarkozy au début du mois, en fustigeant Alain Juppé et sa campagne ouverte vers le centre.

Nul doute qu'au sein des 322 000 voix qui ont donné l'avantage à Alain Juppé sur Nicolas Sarkozy, le poids des électeurs de gauche a été important. Mais ils ne sont pas les seuls à l'avoir éliminé. "C'est plus complexe que cela. C'est ce double mouvement des électeurs de gauche qui ont voulu se débarrasser de Nicolas Sarkozy et des électeurs de droite qui ont trouvé que leur projet était mieux incarné par François Fillon. Les rangs de Sarkozy se sont vidés pour rejoindre Fillon", explique à franceinfo Jean-Daniel Lévy, directeur du département politique et opinion d'Harris Interactive.

Même son de cloche du côté de Bruno Jeanbart, directeur général adjoint d'OpinionWay. "Les électeurs de gauche ont peut-être apporté la deuxième place à Alain Juppé, mais cela ne change pas grand-chose en réalité. Même si Nicolas Sarkozy avait réussi à se qualifier pour le second tour, la situation aurait été quasi désespérée face à François Fillon."

La première raison de la défaite de Nicolas Sarkozy, c'est tout simplement son effondrement. A tous les niveaux.Bruno Jeanbart, directeur adjoint d'OpinionWayà franceinfo

Les électeurs de gauche vont-ils à nouveau se mobiliser dimanche prochain ?

Pour le camp Juppé, c'est la question à un million d'euros. Lors de ce premier tour, Alain Juppé doit la moitié de ses voix aux sympathisants de la gauche et du centre.

"Leur principale motivation, c'était de faire barrage à Nicolas Sarkozy. Maintenant qu'il est écarté, vont-ils tout de même se mobiliser ? On n'en sait rien", explique Jean-Daniel Lévy. L'hostilité des électeurs de gauche vis-à-vis de François Fillon est loin d'être comparable à celle qu'ils avaient à l'égard de Nicolas Sarkozy.

Comment les électeurs de gauche conçoivent-ils la probable candidature de François Fillon à l'élection présidentielle ? "Est-ce qu'ils vont l'interpréter selon le discours de la gauche politique, qui le présente comme un homme de droite à la ligne dure et conservatrice, presque pire que Nicolas Sarkozy ? Dans ce cas-là, ils peuvent tout à fait se remobiliser en faveur d'Alain Juppé, analyse Bruno Jeanbart. Cela va dépendre des thématiques qui vont se dégager de la campagne cette semaine et lors du débat de jeudi soir. C'est l'un des principaux enjeux de la campagne de l'entre-deux-tours pour Alain Juppé."

Peuvent-ils créer la surprise et faire gagner Alain Juppé ?

Ce n'est pas gagné. Avec ses 44% au premier tour, François Fillon devance Alain Juppé de plus de 15 points. De plus, après le ralliement de Nicolas Sarkozy, le grand champion du premier tour devrait bénéficier d'un report de voix favorable pour remporter le scrutin.

Tout n'est pas joué pour autant. "Parmi les électeurs de Nicolas Sarkozy, il y a des 'fans de'. Ceux-là n'iront pas glisser un bulletin en faveur de François Fillon, qui s'est montré très dur envers leur champion pendant la campagne", tempère cependant Jean-Daniel Lévy.

François Fillon ne devrait pas non plus parvenir à mobiliser les électeurs frontistes pour faire contrebalancer une éventuelle participation de gauche. Parmi les 4 millions de votants de dimanche, seuls 6% sont des frontistes, selon OpinionWay (9%, d'après Harris Interactive) "Aucun candidat n'a un discours sur le plan économique et social qui pourrait plaire au FN. Sur la question identitaire, il est vrai qu'ils peuvent y trouver leur compte, mais je doute qu'ils se mobilisent, explique Bruno Jeanbart. Nicolas Sarkozy avait fait ce pari au premier tour et n'a pas réussi. Il semble difficile d'imaginer que François Fillon y parvienne." 

Alain Juppé est le seul à pouvoir mobiliser un électorat plus large que celui attendu, selon les sondeurs. Pour devancer la F1 Fillon, grand favori des électeurs de droite, le maire de Bordeaux devra capitaliser sur son discours de rassemblement et réussir à faire sortir de chez eux les sympathisants de gauche et du centre. "Pour lui, c'est le seul moyen de gagner", résume Jean-Daniel Lévy.