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Primaire à droite : François Fillon peut-il se qualifier pour le second tour ?

Plusieurs sondages l'affirment : à une semaine du vote, François Fillon remonte fortement dans les intentions de vote pour la primaire à droite. Jusqu'où peut-il aller ? Les réponses de Brice Teinturier, directeur délégué de l'institut Ipsos.

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France Télévisions
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François Fillon lors d'un meeting, le 9 novembre 2016 à Lille. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

François Fillon a la cote : après une première enquête Odoxa-Dentsu Consulting pour franceinfo le créditant de 20% d'intentions de vote (+9 points) vendredi 11 novembre, deux nouveaux sondages confirment ce lundi 14 novembre la progression de l'ancien Premier ministre : +7 points pour Kantar Sofres One point et +3 points pour Harris Interactive.

Une remontée dans la dernière ligne droite qui semble lui donner des ailes : le candidat assure qu'il sera au second tour de la primaire. Est-ce possible ? Eléments de réponse avec Brice Teinturier, directeur délégué de l'institut Ipsos.

Franceinfo : Comment s'explique la percée de François Fillon dans les sondages ?

Brice Teinturier : On peut identifier trois facteurs. D'abord, Bruno Le Maire baisse et ce de manière importante. Il a perdu en crédibilité pendant les débats et, à force de souligner ostensiblement qu'il incarne le renouveau, il finit par agacer des électeurs qui n'aiment pas qu'on critique les autres leaders de la droite et sont hantés par la guerre des chefs.

Ensuite, il est probable qu'en affaiblissant Alain Juppé, Nicolas Sarkozy aide beaucoup plus François Fillon qu'il ne s'aide lui-même. En effet, une partie de l'électorat d'Alain Juppé peut être sensible aux arguments de Nicolas Sarkozy sur François Bayrou et le risque "d'alternance molle" qu'Alain Juppé représenterait. Mais ces électeurs ne vont pas pour autant se reporter sur Nicolas Sarkozy ! Au contraire, François Fillon, bien positionné à droite, constant, cohérent et déterminé tout en évitant les excès supposés de Nicolas Sarkozy, est pour eux une excellente structure d’accueil, une option qui résout leurs problèmes : le souhait de ne pas voter pour Nicolas Sarkozy et un doute naissant sur Juppé.

Enfin et surtout, François Fillon fait tout simplement une bonne campagne. Il s'est particulièrement fait remarquer dans les deux premiers débats et parle aux Français de la France plus que des enjeux de personnes. Dans le dernier débat, quand tous les autres candidats ont critiqué Nicolas Sarkozy, il a revendiqué sa fierté d'avoir été son Premier ministre et d'avoir servi son pays. C’est une attitude qui, à droite, plaît tout particulièrement. A contrario, quand il avait attaqué Nicolas Sarkozy fin août sur les affaires, la sanction avait été immédiate dans les enquêtes.

Jusqu'où François Fillon peut-il grimper ? 

Il y a plusieurs scénarios possibles. Si on schématise, François Fillon est aujourd’hui dans la zone des 20%. C’est encore loin du niveau de Nicolas Sarkozy et d’Alain Juppé, mais sa progression est forte et très rapide. S’il s’agit d’une dynamique, c’est-à-dire d’un mouvement continu, de forte ampleur et qui s’accélère, on ne peut exclure qu’il se qualifie pour le second tour. Il reste encore un débat et plusieurs jours de campagne et cela compte, bien évidemment. Dans cette hypothèse, il peut se qualifier en coiffant Nicolas Sarkozy, qui a un socle solide, mais qui est plus bas qu’Alain Juppé, ou en dépassant Alain Juppé si celui-ci s’effondrait – ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, même si la baisse est évidente.

L’autre hypothèse, c’est que cette poussée soit "seulement" une belle remontée. Dans ce cas, François Fillon fait une très belle fin de campagne, obtient une très belle troisième place, mais échoue à se qualifier. En 2007, lors de l'élection présidentielle, François Bayrou était monté jusqu'à 18-19% mais il s’était ensuite tassé et avait échoué à se qualifier pour le second tour.

Si François Fillon se qualifie, est-ce forcément aux dépens de Nicolas Sarkozy ?

Alain Juppé est aujourd'hui à un niveau plus élevé que Nicolas Sarkozy. Cela lui donne encore de l’avance. En revanche, Nicolas Sarkozy a un socle réel et solide. Entre Juppé, Sarkozy et Fillon, cela peut donc se jouer dans un mouchoir de poche. Tout dépend de la dynamique en cours.

Il ne faut surtout jamais oublier que, pour des élections au sein d’une même famille politique, les évolutions peuvent être très rapides et fortes. Je ne cesse de le rappeler. Un électeur de droite n’a pas le sentiment de trahir quand il passe de Juppé à Fillon ou Sarkozy ou Le Maire. Et c’est bien ce que l’on observe déjà dans cette campagne. Les écarts entre Juppé et Sarkozy ont considérablement évolué, passant de 4 à 10 points en quelques jours parfois. Pourquoi ? Parce qu’il y a une campagne, des débats, une actualité, que les électeurs suivent tout cela, en tiennent compte et que la fluidité au sein d’un même camp est très forte. C’est donc bien la campagne qui fait bouger les lignes. Or, celle-ci n’est pas terminée. Il reste encore huit jours et un débat avant l'élection. Il faut donc suivre le film jusqu’au bout.

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