Le procureur général de Cour de cassation signe une tribune sévère dans le Monde de samedi

"L'exploitation du thème de l'insécurité - la dénonciation du prétendu laxisme des juges, les contradictions dans lesquelles on poussait la population en la prenant à témoin du malheur des prisons tout en reprochant aux juges de ne pas assez les remplir - a été dévastatrice", écrit Jean-Louis Nadal.

Jean-Louis Nadal assiste au cinquantième anniversaire de l\'école Nationale de la Magistrature de Bordeaux, le 29/4/2009.
Jean-Louis Nadal assiste au cinquantième anniversaire de l'école Nationale de la Magistrature de Bordeaux, le 29/4/2009. (AFP - Jean-Pierre Muller)

"L'exploitation du thème de l'insécurité - la dénonciation du prétendu laxisme des juges, les contradictions dans lesquelles on poussait la population en la prenant à témoin du malheur des prisons tout en reprochant aux juges de ne pas assez les remplir - a été dévastatrice", écrit Jean-Louis Nadal.

Le haut magistrat, qui part en retraite le 30 juin après plusieurs décisions ayant mécontenté le pouvoir, s'en prend dans les colonnes du Monde aux orientations de la politique judiciaire actuelle, jugées ravageuses dans l'opinion.

Estimant que la question de la responsabilité des juges a été dévoyée, M. Nadal estime par ailleurs qu'on a cherché à assurer une direction de la justice par le biais des procureurs, nommés par le pouvoir exécutif et soumis à ses instructions. Mais il pense que cette époque est révolue, de part les récusations de la Cour européenne des droits de l'homme et de l'instauration de la "question prioritaire de constitutionnalité".

Il plaide également pour la création d'un poste de procureur général de la Nation, "qui aurait autorité sur les parquets, mais qui serait déconnecté de l'échelon politique".

"Ainsi émergera ce véritable pouvoir judiciaire, dont certains diront qu'il est la version juridique de l'enfer et que d'autres considèrent comme une évolution normale dans une démocratie avancée, c'est-à-dire un Etat de droit", écrit-il