Gabriel Attal, l'ascension de l'élève modèle du gouvernement

Article rédigé par Laure Cometti - avec Clément Parrot
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Gabriel Attal a été nommé ministre de l'Education nationale lors du remaniement, fin juillet 2023. (PASCAL BONNIERE / VOIX DU NORD / MAXPPP / JEREMIE LUCIANI POUR FRANCEINFO)
A 34 ans, ce proche d'Emmanuel Macron a récupéré le portefeuille de l'Education nationale lors du dernier remaniement, un tremplin pour ses ambitions politiques. Pour la rentrée, il tente d'occuper un terrain sur lequel le chef de l'Etat est décidé à laisser son empreinte.

"Bonjour les enfants, vous savez qui je suis ?" Une main se lève au fond de la salle de classe aux murs défraîchis. "Le ministre de l'Education infantile". Presque. A moins de deux semaines de la rentrée des classes, Gabriel Attal ne ménage pas ses efforts pour endosser son nouveau costume de ministre de l'Education nationale. Vendredi 25 août au matin, il est venu observer une quinzaine d'élèves en difficulté qui suivent un "stage de réussite" dans une école de Torcy (Seine-et-Marne). Après quelques mots avec les enfants, les enseignantes et des parents, un point-presse se conclut par une rime préparée : "Les vacances ne doivent pas rimer avec perte de chances." 

Une communication parfaitement maîtrisée et des rencontres efficaces : la recette Attal a fait ses preuves. Sa nomination rue de Grenelle fin juillet vient récompenser le travail appliqué de l'élève modèle de la macronie. Entré au gouvernement en octobre 2018, l'ancien socialiste n'a cessé de monter en grade à la faveur des remaniements : d'abord secrétaire d'Etat à la Jeunesse, il devient porte-parole du gouvernement à l'été 2020, puis ministre des Comptes publics deux ans plus tard.

Propulsé à l'Education, premier budget de l'Etat, à 34 ans, le ministre a-t-il déjà montré un signe de fébrilité ? En déplacement à La Réunion pour la rentrée scolaire, il a évoqué le 17 août "une immigration importante des personnes qui sont d'origine mahoraise" (pour parler de Français originaires de Mayotte) et déclenché une polémique pour laquelle il a dû présenter ses excuses le lendemain. Une erreur de communication inhabituelle pour cet habitué des cabinets ministériels.

Entré dans un ministère à 23 ans

Gabriel Attal a intégré l'équipe de la ministre de la Santé de François Hollande, Marisol Touraine, en 2012. A l'époque, il n'a que 23 ans, n'est pas encore diplômé de Sciences Po Paris et adhère au Parti socialiste. Ses anciens collègues se souviennent d'un jeune homme "brillant" et "très bosseur". "C'est quelqu'un qui a une très grosse capacité de travail et une intuition politique", loue Mayada Boulos, ex-conseillère du Premier ministre Jean Castex. "Il avait la confiance absolue de la ministre, il était extrêmement habile et reconnu comme tel", complète Jean Massiet, plume de la socialiste devenu streamer politique sur la plateforme Twitch.

Des qualités confirmées après son entrée au gouvernement de Jean Castex. "Il est très efficace, anticipe les sujets. Rien ne lui échappe", note une ancienne collaboratrice. Comme tout bon élève, Gabriel Attal a aussi des facilités. "C'est une éponge, il retient tout, comme un hypermnésique", poursuit cette ancienne conseillère. "'Soyez précis', c'est sa grande phrase. Il a une obsession de la précision, de l'exactitude, et du caractère compréhensible de ses propos", abonde son chef de cabinet et ami, Maxime Cordier.

Chez ceux qui le côtoient, les compliments pleuvent. "J'ai fait une réunion avec lui et quelques acteurs du secteur, on a l'impression qu'il est là depuis six mois, alors qu'il est arrivé il y a trois jours", observe une ministre quelques jours après le remaniement. "Il sait faire preuve d'humilité, et dire 'j'ai besoin de vos conseils' ou 'nous allons faire ensemble', comme il l'a dit aux recteurs lors de la première réunion", souligne Prisca Thévenot, fraîchement nommée secrétaire d'Etat à la Jeunesse sous sa tutelle. 

Un élu local à la présence "symbolique"

Le syndicat Solidaires finances publiques, peu enclin à encenser des macronistes, lui reconnaît de n'avoir pas "ménagé sa peine". Même l'opposant LFI Eric Coquerel se montre clément, après l'avoir côtoyé en tant que président de la commission des finances de l'Assemblée : "Il est assez brillant et connaît bien ses dossiers. Il a une façon de faire républicaine, il ne fait pas de coups tordus." 

"Cette façon de pas embrayer comme un Darmanin, c'est peut-être ce qui reste de progressiste chez lui."

Eric Coquerel, député LFI

à franceinfo

Le jeune ministre a laissé un souvenir moins mémorable sur son territoire d'élection, dans le département des Hauts-de-Seine. "Sa présence à Vanves a plutôt été symbolique", raille le maire UDI Bernard Gauducheau à propos du conseiller municipal élu en 2014. Un manque d'assiduité aussi épinglé par André Santini, le maire UDI d'Issy-les-Moulineaux. "Il n'était pas toujours présent dans la circonscription, si ce n'est pour les grands événements", raconte l'édile, qui a fait la guerre au jeune ambitieux venu braconner sur ses terres lors des élections législatives de 2017, avant de se rabibocher. "On ne le voyait pas beaucoup, sauf quand il y avait des débats sur les élections dans la fédération", grince également un ancien militant socialiste du département.

"En 2017, il n'a pas obtenu l'investiture socialiste pour les législatives, alors il est allé chez Macron où on la lui a donnée, par opportunisme."

Un ancien militant socialiste des Hauts-de-Seine

à franceinfo

"Il n'a jamais travaillé, comment voulez-vous qu'il connaisse la réalité de la vie des Français ?", cingle Cécile Soubelet, investie par le PS face à Gabriel Attal lors des législatives de 2022. Sa carrière politique précoce ne lui a en effet pas laissé le temps de passer dans le monde de l'entreprise ou la fonction publique. Tout au plus mentionne-t-il sur son profil LinkedIn une expérience de consultant, en auto-entrepreneur, qui a duré quatre mois.

Pour poursuivre son ascension, Gabriel Attal doit désormais faire ses preuves à l'Education nationale , où il devra convaincre les syndicats d'enseignants, défiants à l'annonce de sa nomination. Ses détracteurs ont vite pointé son parcours scolaire en établissement privé, dans la très élitiste Ecole alsacienne du 6e arrondissement de la capitale. Déjà, porte-parole du gouvernement, il multipliait les déplacements pour se défaire de son image très parisienne. Une habitude conservée à Bercy, et amplifiée rue de Grenelle. En cette prérentrée scolaire, il enchaîne les visites et s'apprête à délocaliser son ministère durant trois jours dans une école, un nouveau rituel mensuel. Une opération de communication utile pour voir du pays, mais anecdotique face aux défis de son ministère ?

Composer avec l'Elysée

Car le portefeuille a pris une tournure encore plus politique. Le chef de l'Etat a fait de l'école un chantier prioritaire, après les émeutes qui ont suivi la mort de Nahel, tué par un policier à Nanterre. Quitte à accentuer la pression sur son poulain, et à lui damer le pion. Mercredi, Emmanuel Macron a ainsi annoncé dans Le Point l'idée d'avancer la prochaine rentrée scolaire au 20 août pour les élèves en difficulté. Une annonce surprise, quelques jours avant la conférence de presse de rentrée de son ministre de l'Education, prévue lundi.

A Torcy, un père de famille interpelle le ministre à ce sujet : "Vous ne trouvez pas que c'est un peu discriminant pour les élèves en difficulté ?" Gabriel Attal esquive, les contours de cette mesure n'étant pas encore clairs. De quoi bousculer ses plans ? "Le président a toujours été sensible à ces questions éducatives, mais ça se voit peut-être plus en ce moment", balaie son cabinet. "Ils échangent beaucoup, mais le ministre n'a pas avec lui une relation d'élève, il a une marge de manœuvre et de liberté", assure son entourage. Gabriel Attal s'est d'ailleurs réservé la primeur de l'annonce de l'interdiction de l'abaya à l'école, ce vêtement qu'il qualifie lui-même de "geste religieux".

Après avoir été sous la tutelle de Jean-Michel Blanquer puis de Bruno Le Maire, le jeune ambitieux devra désormais composer directement avec l'Elysée. Cela ne devrait pas poser trop de problème à ce fidèle d'Emmanuel Macron. "Je suis un soldat, je vais là où on me dit que je suis utile", assurait-il à franceinfo en 2021, après avoir accepté d'être candidat aux élections régionales, en plus de ses fonctions de porte-parole du gouvernement.

"Il ira partout où il peut gagner en crédit politique"

"La seule question que je me pose, c'est 'où suis-je le plus utile pour le président ?'" Pour ses propres ambitions, aussi. "Il fera toujours en sorte que toutes les portes lui soient ouvertes, il ira partout où il peut gagner en crédit politique", décrypte une source proche. L'intéressé a par exemple refusé le secrétariat d'Etat aux Relations avec le Parlement en 2022, trop peu médiatique, et le ministère de la Santé en 2023. Il avait en revanche demandé les Comptes publics, un portefeuille idéal pour "gagner en densité en dirigeant une grande administration et en rendant des arbitrages difficiles", résume son chef de cabinet.

Une stratégie qui lui permet de nourrir de plus hautes ambitions. Certains le voient déjà candidat à la mairie de Paris en 2026, voire à l'Elysée dès 2027. "On va compter avec lui à l'avenir et il me paraît plus dans la continuité d'Emmanuel Macron que d'autres prétendants", note une ministre. "Mais quelles sont ses idées ? Sur un certain nombre de sujets, je l'ignore", s'interroge-t-elle toutefois. "Attal, c'est un joli fruit en devenir, mais il n'est pas mûr", sourit une cadre de la majorité.

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