La campagne reprend avec une polémique sur l'efficacité des services de renseignement

Après l'émotion, la campagne reprend ses droits. Du FN au PS, l'opposition s'interroge : pourquoi Mohamed Merah n'a-t-il pu être mis plus tôt hors d'état de nuire ? Les services de renseignement ont-ils correctement rempli leur mission ?

Mohamed Merah, capture d\'écran du 20h de France 2
Mohamed Merah, capture d'écran du 20h de France 2 (AFP)

Après l'émotion, la campagne reprend ses droits. Du FN au PS, l'opposition s'interroge : pourquoi Mohamed Merah n'a-t-il pu être mis plus tôt hors d'état de nuire ? Les services de renseignement ont-ils correctement rempli leur mission ?

Après l'émotion suscitée par l'assassinat de trois parachutistes, trois enfants et un enseignant d'une école juive, la campagne présidentielle reprend et un début de polémique se fait jour.

Pourquoi Mohamed Merah a-t-il pu tuer sept personnes en agissant à trois reprises les 11, 15 et 19 mars ? Pourquoi n'a-t-il pas été mis hors d'état de nuire alors qu'il était fiché pour ses voyages au Pakistan et en Afghanistan ?

Marine Le Pen réclame un débat sur l'action des services de renseignement

Marine Le Pen a été la plus prompte à réagir, mettant en cause jeudi sur France Info le renseignement français. "On devrait tout savoir sur cet homme déjà. Très honnêtement, il faudra qu'on ait aussi ce débat pour savoir si les services de renseignement ont mis toutes les précautions de leur côté", a déclaré la candidate du Front national à l'Elysée.

Elle a rappelé que Mohamed Merah, condamné 15 fois pendant sa minorité, avait déjà fait preuve de violence, notamment lorsqu il s'était montré en treillis militaires armé d'un sabre en se réclamant d'Al Qaïda.

Remarquant que des journalistes avaient été, eux, surveillés par la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), ce qui a valu une mise en examen à son patron Bernard Squarcini, elle a estimé que d'autres mesures auraient pu être prises, comme un placement sur écoute administrative, possible légalement.

"Je pense que quand quelqu'un est condamné 15 fois, qu'il fait l'objet de plaintes, il y a largement de quoi faire des perquisitions, savoir si cet homme est armé", a-t-elle dit.

La candidate du FN met en cause le Qatar

La candidate du FN a ajouté que l'islamisme était sous-estimé et a mis en cause le Qatar. "On négocie la paix civile et sociale dans un certain nombre de quartiers, et pour cela on laisse se développer des réseaux, des influences".

Mercredi, elle avait déclaré à la radio privée 90 FM de Tel Aviv avoir "mis en cause le comportement du Qatar dont nous savons qu'il a aidé les jihadistes en Libye et qu'il investit massivement dans les banlieues françaises avec des arrières-pensées" qui l''inquiètent énormément".

Et d'ajouter : "je m'étonne très fortement des liens d'amitié entre Nicolas Sarkozy (le président français) et l'émir du Qatar que l'on a laissé investir 50 millions d'euros dans les banlieues françaises".

Bayrou estime qu'il faut "corriger" les failles dans le renseignement

Sur RMC et BFMTV, le candidat du Modem François Bayrou s'est dit surpris que Mohamed Merah ait pu s'acheter des armes et mener un certain train de vie financier sans attirer l'attention.

"Si comme l'a dit Alain Juppé (...) il y a des failles sur le renseignement, il est du devoir des responsables de l'Etat de les repérer, de nous le dire et de les corriger. S'il y a des filières qui développent pour la France un risque, alors en effet il est du devoir de l'Etat de corriger ces risques-là".

Fabius se demande "si on aurait pu intervenir plus vite"

Au Parti socialiste, l'ancien premier ministre Laurent Fabius a affirmé jeudi sur France 2 que le parcours de Mohamed Merah suscitait plusieurs "questionnements".

"Comment, s'est-il interrogé, ce petit voyou est passé au terrorisme? Est-ce qu'il y a de l'Al-Qaida là-dedans ou pas? Est-ce qu'on aurait pu intervenir plus vite,compte tenu du fait qu'il avait déjà un pedigree redoutable ?"

Guéant nie toute erreur de la DCRI

La Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) avait interrogé Mohamed Merah en novembre 2011 ,au retour d'un voyage au Pakistan. Elle savait qu'il s'était déjà rendu une première fois en 2010 en Afghanistan avant d'être renvoyé vers la France après un contrôle routier.

Le ministre de l'Intérieur Claude Guéant a déclaré jeudi matin sur France Info que la DCRI n'avait pas de raison d'aller plus loin, dans la mesure où le jeune Toulousain de 23 ans n'avait commis aucune infraction et qu'il n'existait aucun indice concret le rattachant à un projet ou un groupe terroriste.

Malgré les meurtres de trois militaires, les enquêteurs ne sont remontés à Mohamed Merah que mardi dernier, au lendemain de la tuerie perpetrée dans l'école juive (4 morts dont 3 enfants).

Ils l'ont trouvé après examen d'une liste de 576 personnes ayant consulté la petite annonce de vente d'une moto passée sur internet par le premier militaire tué, attiré dans un piège.