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Hommage à Jaurès : "Vive le socialisme... le vrai !"

Réunis à la mémoire d'un même homme à Paris, à la Taverne du Croissant, sympathisants socialistes et communistes n'ont pas caché leurs divergences...

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France Télévisions
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Un homme devant la Taverne du Croissant, le 31 juillet 2014, le café où a été assassiné Jean Jaurès il y a 100 ans. (GERARD VALCK)

La circulation est interrompue, les curieux venus assister aux commémorations sont priés par les policiers de se poster sur le trottoir qui fait face à la Taverne du Croissant, derrière les barrières de sécurité. C'est dans ce café, situé dans la rue Montmartre à Paris, que Jean Jaurès est mort il y a exactement 100 ans, le 31 juillet 1914. L'illustre politique est assassiné par Raoul Villain, étudiant nationaliste d'extrême droite, trois jours avant le début de la Première guerre mondiale.

Lorsque François Hollande arrive, l'ambiance est plutôt cordiale. Les personnes réunies discutent des grands événements qui ont marqué la vie de Jaurès. La séparation de l'Eglise et de l'Etat, la grève des mineurs de Carmaux, la sécurité sociale, l'affaire Dreyfus, la création du quotidien L'Humanité en 1904... Pour l'ambiance, deux personnes se sont vêtus en habits d'époque.

Parmi les curieux venus assister aux cérémonies, deux hommes amateurs de reconstitutions historiques ont revêtu des habits d'époque.

François Hollande est rapidement rejoint par Sigmar Gabriel, le vice-chancelier allemand. Les hommes déposent chacun un énorme bouquet de fleurs sous le portrait de Jean Jaurès accroché à la vitrine du restaurant. François Hollande ne fera pas de discours préférant s'atabler quelques minutes au café. Puis, c'est le bain de foule. Derrière la barrière, la cohue pour la poignée de main.

"Je suis arrivée tôt ce matin. Du coup, j'étais tout devant, il m'a serré la main, je n'ai pas osé lui parler, rougit Jacqueline, une octogénaire. Il est quand même gentil, il est venu trois fois saluer la foule !"

Les politiques se succèdent, encadrés par des gardes républicains en uniforme. Dans la foule, on ne sait plus très bien qui est qui. On aperçoit le député UMP Pierre Lellouche et l'ancien maire de Paris, Bertrand Delanoë. A côté des gerbes de fleurs, un homme porte un panneau où l'on peut lire "Remember Jean Jaurès". Poète et activiste habitué des cortèges, Jean-Baptiste Redde se décrit comme un "électron libre". "Jean Jaurès se battait contre l'injustice sociale et contre la guerre, déclare-t-il. Il aurait eu son mot à dire aujourd'hui. Aucun homme politique n'est aussi éthique et intègre qu'il ne l'était." 

Hommes politiques et admirateurs de Jean Jaurès vantent un humaniste, qui affirmait ses prises de positions, n'hésitait pas à mouiller sa chemise pour venir en aide aux plus démunis. Un orateur hors-pair aussi. "Aucun homme politique ne lui arrive aujourd'hui à la cheville", lance un homme. Un autre se questionne : "Jaurès a dit : 'le courage c'est d'aller chercher la vérité et de la dire'. Combien de politiques agissent de cette façon aujourd'hui ? Je me demande."

Après un moment de recueillement avec les représentants de la Mairie de Paris et de la Mairie du 2e arrondissement, les journalistes se font moins nombreux, des drapeaux du Parti communiste se dressent parmi la foule qui gonfle. "Vive le socialisme... le vrai !", lance une militante. Un murmure d'approbation lui fait écho. "Quelle chanson on pourrait chanter ?", s'interroge une autre. Elle entame d'une voix forte les premiers mots de l'Internationale. Très vite, c'est la foule entière qui reprend le chant, solennellement.

C'est le président de L'Humanité, Patrick Le Hyaric, qui poursuit sur la lancée avec un long discours. Il met dès le début les pieds dans le plat.

Il rappelle les valeurs de Jean Jaurès, son héritage de lutte contre la guerre et établit des parallèles avec l'actualité du moment : Gaza, la situation en Syrie, l'intervention française en Afrique. Le discours est à peine terminé, que l'on entend des sifflets s'élever et un mot scandé de plus en plus fort : "Trahison !"

Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du Parti socialiste, essaie de se frayer un chemin entre l'assistance, accompagné du ministre de l'Education Benoît Hamon et le secrétaire d'Etat chargé des Anciens combattants, Kader Arif. En venant en premier, François Hollande, lui, a mieux calculé son coup.

Les sympatisants socialistes et communistes réunis ne cachent plus leurs divergences. Les discussions deviennent politiques, le ton monte au sein de la foule qui commence un peu à se bousculer. "Vous êtes là pour Jaurès ou non ?", questionne avec virulence une militante socialiste à un des siffleurs. "Vous manquez de respect !", lance un autre. "Les gens sont déçus et il faut que le gouvernement entende les mécontentements, reconnaît une troisième. Mais le contexte d'aujourd'hui est très différent de celui de 1914, on vit dans la mondialisation et il faut l'accepter."

Jean-Christophe Cambadélis et les deux ministres disparaissent très vite au fond de la Taverne du Croissant. Impossible de les rejoindre, le restaurant est bondé, les entrées sont filtrées et une fois à l'intérieur, une seconde ligne d'hommes fait front devant la salle où ils déjeunent. Malgré leur sourire compréhensif, on voit bien qu'il ne faut pas insister. 

Dehors, la foule commence à se disperser. Ceux qui ont réservé leur table entament leur déjeuner. Dans sa formule spéciale, le restaurant propose en dessert une tarte aux fraises. Ce que mangeait Jaurès au moment de son assassinat.

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