Info franceinfo Près de 1 300 agressions, menaces ou insultes recensées en 2020 contre des élus, soit trois fois plus qu'en 2019

Pour endiguer ce phénomène, les gendarmes ont lancé depuis février une formation destinée aux élus. L'objectif est de leur apprendre à mieux gérer les situations de tension avec leurs administrés.

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Une des formations organisées par les négociateurs de la gendarmerie à Vire-Normandie (Calvados) pour aider les élus à gérer les tensions avec leurs administrés. (DAVID DI GIACOMO / RADIO FRANCE)

Tags insultants devant leurs domiciles, menaces de mort, agressions physiques… En 2020, les élus ont été visés à 1 276 reprises. Il s'agit d'une hausse de 200 % par rapport à 2019. Certes, les élections municipales sont passées par là, une période où les maires se retrouvent en première ligne, mais ce n'est pas la seule explication.

L'Association des maires de France (AMF) constate que le phénomène augmente depuis plusieurs années déjà. Plus de 500 maires ou adjoints et 60 parlementaires ont été agressés physiquement en 2020. Dans ce contexte particulier, les actions se "personnalisent", avec notamment 68 domiciles d'élus et 63 véhicules privés visés, ce qui inquiète le ministère de l'Intérieur.

Une formation de la gendarmerie pour les élus

Henri Delatour est le maire du petit village de Lasalle, dans les Cévennes. Une commune très paisible, assure-t-il. Pourtant, au mois de janvier, des tensions éclatent sur le marché avec des militants anti-masques. L'élu de 71 ans tente alors d'intervenir. "À peine arrivé sur la place, il y a un des gars qui ne porte pas le masque, qui se dirige droit sur moi et m'insulte, raconte l'édile. J'essaye de résister à sa pression et là, boum, le coup dans la gueule. Je suis tombé raide complètement."

"Franchement, ça fait peur. Depuis que je suis tout petit dans le village, je n'ai jamais su qu'un maire s'était fait agresser."

Henri Delatour, maire de Lasalle

à franceinfo

Ces dernières semaines, en raison de menaces jugées d'une particulière gravité, deux maires ont été placés sous protection policière. Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, et le président de l'AMF, François Baroin, ont écrit aux 35 000 maires pour les inciter à suivre une formation. Près de 350 négociateurs de la gendarmerie ont été formés par la cellule négociation du GIGN pour donner des modules de formations aux élus et apprendre aux maires à faire retomber la pression quand ils sont pris à partie.

Dans le Calvados, déjà 200 élus ont été formés, avec des cas concrets qui ont tous déjà existé. "Il est où le maire ? Vous savez ce qu'il y a là-dedans ? C'est mon troisième chat qui s'est fait écraser. On a fait une pétition, et on a dit que ça roulait beaucoup trop vite dans la rue. Beaucoup trop vite ! Résultat, j'ai un chat qui est mort et mes gamins sont en train de chialer à la maison. Je fais comment ?" Jérôme joue le rôle de cet administré très en colère. Il est l'un des négociateurs de la gendarmerie en Normandie. "Il n'y a rien de mieux qu'un cas concret, qu'une mise en situation pour pouvoir rebondir sur certaines thématiques, explique-t-il. Plus on va porter d'intérêt à l'autre, plus il va se sentir important et écouté. À partir du moment où il peut s'exprimer et qu'il est écouté, quel est l'intérêt de s'énerver ? Il n'y en a plus aucun."

Une des formations organisées par les négociateurs de la gendarmerie à Vire-Normandie (Calvados) pour aider les élus à gérer les tensions avec leurs administrés. (DAVID DI GIACOMO / RADIO FRANCE)

"Notre statut de maire n'est plus respecté"

Parmi les élus qui assistent à la formation, Marc Andreu Sabater, le maire de Vire Normandie, a été agressé il y a deux ans alors que deux jeunes de sa commune dégradaient du mobilier urbain."J'ai ouvert la fenêtre pour leur dire d'arrêter, et là, ils sont venus vers moi et ont balancé une grenade lacrymogène, raconte-t-il. J'ai été confronté à une violence totalement imprévisible de la part de ces deux personnes. Le président du Sénat parle souvent des maires comme des élus à portée d'engueulade. C'est vrai qu'on a de plus en plus de situations où notre rôle de maire, notre statut, n'est pas connu du tout ou n'est plus respecté. Malheureusement, je pense que c'est une tendance assez nette dans notre société aujourd'hui."

La méthode d’analyse M.A.I.R.E.S. pour aider les élus face aux tensions avec leurs administrès. (ASSOCIATION DES MAIRES DE FRANCE)

Les gendarmes insistent aussi sur l'importance de déposer plainte. D'après l'AMF, encore beaucoup trop d'élus préfèrent ne rien dire. Pour les inciter à témoigner, il existe désormais un observatoire des agressions envers les élus.

Les élus pris pour cibles de plus en plus souvent : reportage de David Di Giacomo
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