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Hollande et Ayrault, un peu trop jumeaux

L'impopularité croissante du couple exécutif met en exergue le manque de complémentarité des personnalités du chef de l'Etat et du Premier ministre. 

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Le chef de l'Etat, François Hollande, et le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, assistent au défilé du 14-Juillet, à Paris. (BERTRAND GUAY / AFP)

POLITIQUE - Le Point : "Quand Hollande prend peur." Le Figaro : "Ayrault peine à s'imposer." Le Nouvel Obs : "Les dessous d'une rentrée ratée." Marianne : "Hollande, secoue-toi : il y a le feu !" Le Parisien : "Y a-t-il un problème Ayrault ?" L'Express : "Et si Sarkozy avait eu raison ?" Dire que, ces derniers jours, les journaux ne sont pas tendres avec le duo Hollande-Ayrault relève de l'euphémisme. 

Les principaux indicateurs économiques sont dans le rouge, les bisbilles entre ministres se répètent, les missions et les consultations se multiplient mais tardent à accoucher de propositions concrètes, les réformes sont annoncées pour 2013 ou 2014… Largement de quoi pousser les observateurs à taxer le couple exécutif d'"immobilisme".

Un président normal nécessite un hyper-Premier ministre 

Ce sentiment est indéniablement renforcé par la personnalité du nouveau chef de l'Etat et de son Premier ministre. La Constitution prévoit que le président de la République "assure le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l'État" (article 5), quand le Premier ministre, avec son gouvernement, "détermine et conduit la politique de la nation" (article 20). Le chef du gouvernement fait donc théoriquement figure de "fusible", derrière lequel le chef de l'Etat peut se protéger. Ce qui explique que la "durée de vie" d'un Premier ministre est généralement faible (trois ans pour Pierre Mauroy et Michel Rocard, deux ans pour Alain Juppé, un an et huit mois pour Laurent Fabius, dix mois pour Edith Cresson…).

Mais l'adoption du quinquennat, par la réforme constitutionnelle de 2000, a progressivement changé la donne. Surtout à partir de 2007, lorsque Nicolas Sarkozy a officiellement décrété qu'il romprait avec le style de ses prédécesseurs : fini "les rois fainéants", avait-il dit, place à "l'omniprésident". A ses côtés, le Premier ministre ne serait alors qu'"un collaborateur", avait-il ajouté en parlant de François Fillon. Cinq ans plus tard, François Hollande, lui, a voulu rompre avec la rupture. Retour à "une présidence normale".

Problème, là où François Fillon, homme calme et réservé, était parfaitement complémentaire avec le style de Nicolas Sarkozy, Jean-Marc Ayrault, que les proches décrivent comme un homme "discret" et "pudique", ressemble trop à François Hollande. Ministre de la Santé et des Affaires sociales, Marisol Touraine l'a bien compris : "Le problème central, c'est qu'à un moment, nous n'avions plus un omniprésident, mais toujours un Premier ministre qui s'était calé sur un modèle Fillon, qui justement supposait un hyperprésident. Il fallait changer de style. Cela suppose un Premier ministre qui retrouve son rôle de Premier ministre", explique-t-elle dans Le Monde.

"Un nouveau style qui déstabilise les médias"

"Tout ça est une question de posture médiatique, nuance le député de Loire-Atlantique Dominique Raimbourg, contacté par FTVi. François Hollande et Jean-Marc Ayrault essayent de redonner du temps au temps. Pour avoir été son adjoint à la mairie de Nantes pendant dix-neuf ans, je sais que Jean-Marc est un homme qui sait s'inscrire dans le long terme. Mais le problème, c'est qu'après un quinquennat fait d'effets d'annonce, ce nouveau style déstabilise les médias. Ce qu'il faut, c'est maintenir la lame de fond, et ajouter un peu d'écume sur la vague."

François Hollande en est conscient. Même s'il faut selon lui "désintoxiquer" les journalistes, qui s'étaient habitués à une annonce par jour, il faut malgré tout "accélérer". C'est en substance le message qu'il a martelé ces derniers jours à Jean-Marc Ayrault et à l'ensemble des ministres. En réponse, la rentrée parlementaire, initialement prévue le 24 septembre, a été avancée de deux semaines. Et alors que la barre des 3 millions de chômeurs a été franchie, le ministre du Travail, Michel Sapin, a aussitôt été invité à détailler les contrats de génération et les emplois d'avenir, censés faciliter l'insertion des jeunes sur le marché du travail. 

Le couple exécutif multiplie lui aussi les interventions dans les médias. Jean-Marc Ayrault a tenté de faire de la pédagogie sur l'action du gouvernement pendant une vingtaine de minutes dans le journal télévisé de France 2, le 27 août, puis pendant près d'une heure sur France Inter, le 2 septembre. Quant à François Hollande, il montera lui-même au front pendant une demi-heure dans le journal de TF1, dimanche 9 septembre. Avec un espoir : enrayer la première véritable vague de défiance à laquelle lui et son Premier ministre sont aujourd'hui confrontés. Et avec un risque : continuer à donner à l'opinion l'impression qu'ils sont des frères jumeaux.

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