Syndicats reçus à Matignon : "La concertation n'est pas une bonne méthode, il faut faire des négociations"

"L'État veut faire les choses à notre place, qu'il le fasse" lance François Hommeril, président de la CFE-CGC, qui doit être reçu à Matignon jeudi 30 août.

Les partenaires sociaux sont reçus à Matignon.
Les partenaires sociaux sont reçus à Matignon. (ALEXIS SCIARD / MAXPPP)

"Je ne sais pas exactement ce que le Premier ministre va nous proposer en termes de relation, mais je suis un peu inquiet que le gouvernement n'ait pas compris que la méthode qu'il avait employée lors de sa première année n'était pas la bonne vis-à-vis de nous", déplore mercredi 29 août sur franceinfo François Hommeril, président de la CFE-CGC. Ces jours-ci, les partenaires sociaux se retrouvent à Matignon pour lancer les discussions qui accompagnent le début de la deuxième année du quinquennat d'Emmanuel Macron. Après la CGT, mercredi, c'est au tour de FO mais aussi des cadres de la CFE-CGC d'être reçus jeudi pour poursuivre les discussions.

Pour François Hommeril, ces concertations "ne sont pas une bonne méthode". Il privilégie "les négociations". "Nous, nous sommes partenaires sociaux, nous agissons avec l'État, avec le pouvoir mais aujourd'hui, l'État veut faire les choses à notre place, qu'il le fasse", a-t-il lancé.

franceinfo : Vous étiez très fâché l'an dernier sur la méthode de la réforme du droit du travail notamment, est-ce que ça s'annonce mieux pour vous aujourd'hui ?

François Hommeril : La concertation n'est pas une bonne méthode. C'est une méthode qui ne débouche sur rien de bon, parce que la concertation se fait dans les alcôves. Il faut faire des négociations. Nous, syndicats, nous sommes habitués et formés pour faire des négociations, elles se font au grand jour et il y a la traçabilité des échanges, là où dans la concertation il n'y a aucune traçabilité. À travers la concertation, on ne génère rien de favorable. On ne génère pas d'accord d'équilibre. Je ne sais pas exactement ce que le Premier ministre va nous proposer en termes de relation, mais je suis un peu inquiet que le gouvernement n'ait pas compris que la méthode qu'il avait employée lors de sa première année n'était pas la bonne vis-à-vis de nous, qui ne nous respectait pas suffisamment ni ce que nous représentons de la société civile.

Pour vous, actuellement on n'est pas dans la négociation ?

Il faudra que les choses soient claires. Je vais le redemander au Premier ministre jeudi. Nous sommes partenaires sociaux, nous agissons avec l'État, avec le pouvoir, avec le législateur dans le cadre d'une délégation de mandats. C'est le cœur même de la loi Larcher qui propose au législateur, donc au gouvernement, de donner mandat aux partenaires sociaux, de négocier entre eux, au préalable, les éléments d'un accord national de façon à préparer les éléments d'une concorde sociale, sur un sujet voulu ou non par l'exécutif. Aujourd'hui, l'État veut faire les choses à notre place, qu'il le fasse.

Concernant l'assurance chômage dégressive - une idée mise sur le tapis par le député de La République en marche, Aurélien Taché, qui stipule moins d'assurance chômage pour les cadres - est-ce une ligne rouge pour vous ?

C'est une ligne rouge bien sûr, mais il faut expliquer pourquoi. Il a été montré scientifiquement, il y a des études de l'OFCE (l'Observatoire français des conjonctures économiques), qui ont été faites par des experts et qui démontrent que la dégressivité des allocations chômage n'est pas productive en matière de retour à l'emploi. C'est même l'inverse. Il faut savoir qu'aujourd'hui, dans l'assurance chômage, c'est grâce aux cotisations qui sont prélevées sur les salaires des cadres et les salariés de l'encadrement en général, qu'on peut verser des allocations à l'ensemble des publics. Ça nuirait à tout le monde et en plus, c'est pointer du doigt une catégorie.