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Présidentielle : tract people, acteur, tensions avec les journalistes... Six choses vues aux "Assises" du FN à Lyon

Marine Le Pen s'est lancée dans la dernière ligne droite de sa campagne, dimanche, en dévoilant son programme à Lyon, dans un duel à distance avec Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon.

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Marine Le Pen consulte un tract de campagne, le 4 février 2017, lors des "Assises présidentielles" du Front national, à Lyon (Rhône). (KRISTINA AFANASYEVA / SPUTNIK / AFP)

Pour lancer sa campagne présidentielle, Marine Le Pen a posé ses valises au bord du Rhône, à Lyon, les samedi 4 et dimanche 5 février. L'occasion pour la présidente du Front national de dévoiler ses "144 engagements présidentiels" et de batailler à distance avec Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon, également présents dans la capitale des Gaules. Franceinfo a retenu six éléments de ce grand rassemblement du Front national.

1La mise en scène de l'intime

A côté du programme des "Assises" et des "144 engagements présidentiels", un tract d'un genre nouveau a fait son apparition à Lyon. Un petit fascicule de quatre pages tendance presse people tentait de dévoiler un peu de l'intimité de Marine Le Pen. Il est ainsi question de la carrière d'avocate de la présidente du Front national, de sa famille et de son parcours politique. Sur un bateau, sur un cheval ou tenant un bébé dans ses bras, elle est ainsi présentée sous toutes les coutures.

"On s'est rendu compte que les Français la connaissaient moins comme femme, avocate et mère de famille, explique le vice-président du FN Florian Philippot. Lors d'une élection présidentielle, les Français élisent un projet politique, mais aussi une personne." Une mise en avant qui va de pair avec la proximité affichée des cadres frontistes, qui se prêtent volontiers au jeu des selfies. 

2Un programme de continuité

Marine Le Pen a dévoilé, à Lyon, un programme composé de "144 engagements". Ce dernier reste dans la droite ligne de l'identité frontiste entre maîtrise de l'immigration et lutte contre l'islamisme radical. Devant 5 000 personnes environ, la candidate a détaillé ses propositions, dimanche, lors de la clôture des "Assises", avec un premier discours de campagne qui a vite tourné au catalogue de mesures, ponctué par les habituels "On est chez nous" scandés par des militants frontistes.

Je demanderai [aux Français] de vérifier un par un mes engagements.

Marine Le Pen

Plusieurs évolutions sont à noter dans les propositions de la responsable frontiste. La "priorité nationale" se retrouve noyée dans un grand référendum constitutionnel. Le rétablissement de la peine de mort n'est plus dans le programme. Enfin, le FN ne propose plus une augmentation du smic, mais une "prime de pouvoir d'achat" financée par une taxe sur les importations. Reste que le chiffrage des nombreuses mesures sociales du programme demeure assez vague.

3L'affichage de l'unité

"Il n'y a qu'une seule ligne au Front national." La phrase est répétée en boucle, quel que soit le cadre du parti. Il s'agit de mettre un point final à la séquence des bisbilles entre Marion Maréchal-Le Pen et Florian Philippot. Le FN avait donc à cœur de mettre en scène son unité à Lyon. Dès le lancement du week-end, la jeune députée frontiste a posté sur Twitter une image d'elle à côté du vice-président du FN. "Nos relations sont très bonnes, très constructives", a insisté Florian Philippot lors d'une conférence de presse improvisée avec les journalistes. 

4Des hésitations sur la stratégie

Les difficultés traversées par François Fillon ont créé un peu de confusion du côté FN quant à la stratégie à adopter. Beaucoup de cadres frontistes estiment désormais que le candidat de la droite sera contraint de se retirer, mais ils hésitent à lâcher les coups. L'affaire qui touche l'ancien Premier ministre, soupçonné d'avoir fourni à son épouse un emploi fictif d'assistante parlementaire, leur rappelle sans doute un peu trop les accusations d'emplois fictifs qui visent des assistants parlementaires de députés européens du FN.

Par ailleurs, François Fillon était, jusque-là, la cible favorite du FN et les communicants frontistes n'ont pas eu le temps de réorienter les flèches. Résultat, les tracts dénonçant "le démantèlement de la Sécurité sociale" restent sur la table et la campagne numérique intitulée "#LeVraiFillon" est toujours d'actualité. Mais les cadres du parti commencent à aiguiser leurs armes contre les autres candidats. "Macron, c'est un fou du mondialisme, du CAC 40 et de l'immigration", lance, par exemple, Florian Philippot.

Dans son discours, Marine Le Pen n'a, pour sa part, ciblé aucun candidat, tentant de se placer au-dessus de la mêlée. Elle a estimé que "l'ancien débat droite/gauche" avait "vécu" et ouvert les bras à tous ceux qui souhaitaient la rejoindre, "de droite comme de gauche". La présidente du Front national a également indiqué vouloir former un gouvernement d'union nationale et construire une majorité présidentielle à l'Assemblée.

5Le soutien de l'acteur Franck de Lapersonne

L'acteur Franck de Lapersonne est venu apporter son soutien à la candidature de Marine Le Pen. Il est notamment connu pour ses rôles dans les films Palais Royal ! de Valérie Lemercier ou Case départ, de Lionel Steketee, Fabrice Eboué et Thomas N'gijol. Brandi comme un symbole du soutien du monde de la culture, le comédien a témoigné à la tribune le samedi. "Victor Hugo n’a pas appris l’arabe, et ça me fait plaisir de le savoir", a-t-il lancé. 

De retour le dimanche, il a expliqué à franceinfo qu'il préparait son coup depuis six mois en parlant de sa décision à son entourage. Avec la médiatisation de son ralliement, son portable a beaucoup vibré au cours du week-end. "J'ai notamment reçu un message d'un ami et je sais que je ne serai sans doute pas dans son prochain film", regrette l'acteur.

6Des médias tenus à l'écart

La chose est devenue habituelle, mais le Front national a une nouvelle fois fermé ses portes à deux médias. Mediapart et l'émission "Quotidien" ont été privés d'accréditation. Les journalistes de Yann Barthès se sont quand même rendus devant le centre des Congrès, mais n'ont pas pu franchir les grilles. Quant à Mediapart (lien abonné), ils ont embauché un pigiste pour contourner l'interdiction.

"Ils se comportent davantage comme des militants, des adversaires politiques, donc on les traite comme tel, justifie à franceinfo le député européen Nicolas Bay. Ce sont des militants avec une carte de presse." Mais cette affaire révèle que le parti de Marine Le Pen a encore du mal à normaliser ses relations avec les journalistes. Plusieurs d'entre eux, qui suivent le FN au quotidien, racontent en coulisses les fortes pressions exercées par les dirigeants frontistes à l'occasion d'un tweet ou d'un papier qui n'était pas du goût de Marine Le Pen.

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