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Jean-Marie Le Pen, un "pygmalion" toujours plébiscité par les militants FN

Le président d'honneur du Front national reste une pièce maîtresse dans le dispositif du Front national. Les militants présents au Congrès du FN ont réaffirmé leur soutien au fondateur du parti, samedi, à Lyon.

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Jean-Marie Le Pen sur scène à Lyon pour le congrès du Front National, le 29 novemvre 2014. (JEFF PACHOUD / AFP)

"J'ai lancé la standing ovation pour Jean-Marie ! Tu as vu, c'était dingue !" Dans les couloirs du Centre des congrès de Lyon, samedi 29 novembre, les militants frontistes exultent. Le président d'honneur, acclamé comme une rock star, vient de clore son discours à la tribune du Congrès du Front national. Applaudissements, rires, huées adressées aux adversaires, la salle lui réserve un triomphe. "C'est toujours aussi bien, Jean-Marie", se réjouit une autre participante. Bras en l'air, Jean-Marie Le Pen arbore un sourire conquérant.

Jean-Marie Le Pen sur scène à Lyon pour le congrès du Front National, le 29 novemvre 2014. (JEFF PACHOUD / AFP)

Pourtant, en coulisses, le président d'honneur est contesté. Dans un parti en pleine tentative de "dédiabolisation", ses dérapages passent mal auprès de certains cadres. C'est le cas chez Florian Philippot, qui s'est récemment empressé de dire qu'il n'y avait "rien à sauver" dans le régime de Vichy, contrairement à ce qu'arguait Jean-Marie Le Pen. Ou encore chez Louis Aliot, qui regrette "une mauvaise phrase de plus" au sujet de "la fournée d'artistes" hostiles au FN. Qu'en pensent les militants ?

Une figure tutélaire qui plaît aussi aux jeunes

Au Congrès du FN, les militants qui critiquent aussi ouvertement le président d'honneur sont pour ainsi dire introuvables. Le député européen compte encore de nombreux fans, comme ce conseiller municipal du Nord, croisé près des stands. "J'ai bu les paroles du grand président, pour qui je garde des sentiments très affectueux, confie Didier Lejeune, élu à Nieppe. Jean-Marie Le Pen, ce n'est pas mon père, qui est décédé... Mais presque." Pin's bleu-blanc-rouge sur une veste bleu marine, il reconnaît que son mentor ne fait plus l'unanimité dans l'équipe dirigeante, mais ne s'inquiète pas plus que cela. "Qu'ils essaient de le malmener, je leur souhaite bien du plaisir !" L'homme qui l'accompagne, un ancien cégétiste devenu conseiller municipal à Hellemmes (Nord), acquiesce en silence. 

La vieille garde salue le dirigeant historique, la jeune "la mémoire du parti". Ils sont nombreux, les jeunes membres du Front national, à déambuler au Congrès du FN. Une nouvelle génération de militants toute à la cause de Marine Le Pen, qui n'entend pas pour autant solder l'héritage du père. "Tout adhérent se doit d'apprécier ce qu'il dit. C'est le plus grand patriote de France", clame Pierre-Henri, responsable départemental FN d'un canton du Bas-Rhin, en costume sombre et chemise blanche. Du haut de ses 21 ans, le militant évoque son admiration pour "ce parlementaire qui a été l'un des seuls à aller combattre pour la France, en Algérie". Et tant pis si cette référence est un peu anachronique. "Marine a su rassembler les jeunes. Jean-Marie assure les arrières", résume-t-il. 

"Ses dérapages, on les assume"

A la tribune, samedi, Jean-Marie Le Pen a presque exclusivement parlé d'immigration, loin des thèmes chéris par le vice-président Philippot que sont l'emploi et la sortie de l'euro. Il a mis en garde l'audience contre "le tsunami islamiste" qui menace l'Europe et asséné, comme il y a vingt-cinq ans, "qu'un million d'immigrés" équivalait à "un million de chômeurs"

Jean-Marie Le Pen sur scène à Lyon pour le congrès du Front National, le 29 novemvre 2014. (JEFF PACHOUD / AFP)

Loin de s'en offusquer, Josiane et Christel, deux militantes d'une soixantaine d'années occupées à bavarder sur les larges fauteuils rouges du hall, saluent "la lucidité" de leur "pygmalion". "Les Français en ont marre qu'on n'ait plus le droit de rien dire. Jean-Marie, c'est le poil à gratter de la France. C'est vrai qu'il met parfois de l'huile sur le feu. Mais ses dérapages, on les assume."

Ses dérapages, et même ses coups de sang. Un clip vidéo diffusé avant l'intervention du président d'honneur est venu rappeler qu'il a pu, par le passé, s'accrocher physiquement avec des opposants, face aux caméras. Des séquences qui lui ont valu de chaleureux applaudissements dans la salle. "S'il se bat, c'est qu'on l'a provoqué !, évacue Christel, un peu agacée. Le FN n'empêche pas les autres partis de se rassembler. Nous, on vient toujours nous mettre des bâtons dans les roues. Après, il ne faut pas s'étonner..."

Amaury Navarranne, conseiller municipal FN de Toulon (Var), tient un stand dédié à Bruno Gollnisch, au Congrès du FN de Lyon (Rhône), le 29 novembre 2014.

Le "Menhir", comme certains l'appellent, peut également compter sur les partisans de Bruno Gollnisch, restés fidèles au grand chef malgré la victoire de Marine Le Pen sur leur champion, en 2011. "Jean-Marie Le Pen n'a pas une ligne si différente de celle de Florian Philippot, dit Amaury Navarranne, le chef de cabinet de Bruno Gollnisch. Je me souviens, quand je collais mes premiers autocollants pour le FN, le slogan était alors : 'Le social, c'est le Front national."  Il poursuit : "Le discours n'est pas brouillé au sein du FN. Le Pen père a toujours défendu les PME, par exemple. Seulement, Marine Le Pen fait une synthèse d'idées plus large car elle vise 2017 avant tout."

Une influence politique qui s'estompe

Malgré le concert de louanges, personne n'est dupe. L'influence politique de Jean-Marie Le Pen s'estompe depuis que sa fille tient les rênes du parti. Comme un symbole, au stand de "goodies", le visage de Marine a remplacé celui de son père sur les tasses de thé et les nounours. Les organisateurs se contentent de vendre une seule photo souvenir en noir et blanc ("On n'a pas eu le temps d'en prendre d'autres", nous dit-on). 

Photos de Marine et Jean-Marie Le Pen vendues au Congrès du FN à Lyon (Rhône), le 29 novembre 2014. (ARIANE NICOLAS / FRANCETV INFO)

Jean-Marie Le Pen inspire "la déférence", "l'admiration" et "le respect", selon les militants, mais est de moins en moins écouté. David Rachline, sénateur-maire de Fréjus, juge lui-même que le président d'honneur n'est plus "indispensable", mais qu'il "sera plus qu'utile au sein du parti, tant qu'il en aura la force et l'énergie." 

Louis Aliot, cité par L'Express.fr, se montrait plus sec, il y a quelques semaines. "Lors des bureaux politiques, il donne son opinion sur tous les sujets, mais c'est Marine qui décide (...) Il n'impacte pas la ligne politique, il pèse peu." 

Néanmoins, pas question de brider le vieil homme, toujours friand des rapprochements douteux qui sauront faire réagir dans les médias. Floriant Philippot, stratège en chef du FN, a fait le deuil de ces coups d'éclat. Samedi, il n'a pas demandé à relire le discours du président d'honneur ("Oulah, pensez donc !") et glisse, avant de s'engouffrer dans un ascenseur : "Jean-Marie Le Pen est le fondateur du parti. Il reste libre de ses propos."

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