VIDEO. "Il n'y a pas eu de main qui nous guidait" : une journaliste du "Canard enchaîné" revient sur l'affaire Fillon

Alors que le documentaire "C'était écrit : François Fillon, l'homme qui ne pouvait pas être président" est diffusé dimanche sur France 5, franceinfo a interrogé Isabelle Barré.

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Benoît JourdainFrance Télévisions

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Un an après, l'affaire Fillon revient sur le devant de la scène. Les coulisses de ce séisme politique, qui a rythmé la campagne présidentielle de fin janvier à mai 2017, sont mises à nu dans le documentaire C'était écrit : François Fillon, l'homme qui ne pouvait pas être président, diffusé dimanche 4 février sur France 5. Le film de Bruce Toussaint et Félix Seger rappelle que tout est parti d'une enquête du Canard enchaîné sur l'emploi qu'occupait Penelope Fillon, l'épouse du vainqueur de la primaire à droite. Pour mieux comprendre comment est née l'affaire, franceinfo a interrogé Isabelle Barré, journaliste au Canard enchaîné.

Elle explique que l'enquête de l'hebdomadaire a démarré dès le lendemain de la victoire de François Fillon à la primaire. "Dans ces cas-là, on fait ce qu’on fait avec tous les candidats à la présidentielle, on commence à enquêter, à reprendre de zéro tout ce qu’on sait de ce personnage, détaille Isabelle Barré. Ce qui a attiré notre attention très vite, c’est l’emploi de Madame Fillon à La Revue des deux mondes." Derrière, le journal s'intéresse aussi au poste d'assistante parlementaire qu'aurait occupé l'épouse de François Fillon.

"On ne pouvait pas prévoir qu’il allait perdre"

Les soupçons de détournements de fonds publics et d'abus de biens sociaux pesant sur le couple sont révélés dans l'édition du 25 janvier 2017 du Canard enchaîné. La justice se saisit du dossier au même moment. François Fillon, lui, se justifie sans ciller, en direct sur TF1. Mais une semaine plus tard, le montant des sommes perçues barre la une de l'hebdomadaire satirique et vient mettre à mal la crédibilité du candidat. Moins de trois mois plus tard, après un enchaînement de révélations et de règlements de comptes politiques, il est sèchement éliminé dès le premier tour de l'élection présidentielle.

"On ne pouvait pas prévoir qu’il allait perdre l’élection, assure aujourd'hui Isabelle Barré. On est content de notre travail, on sait qu’on l’a bien fait, on sait qu’il n’y a pas eu de main qui nous guidait, de forces obscures." La journaliste insiste sur le caractère fortuit de cette enquête retentissante, qui aurait très bien pu ne jamais voir le jour. "S’il n’y avait pas eu la création de la Haute Autorité pour la transparence à la suite de l’affaire Cahuzac, ces déclarations n’auraient pas existé et, sans ces déclarations, on n’aurait jamais eu le premier indice. On aurait très bien pu passer aussi à côté de ce scoop."

François Fillon et son épouse Pénélope Fillon, le 9 avril 2017 lors d\'un meeting à Paris.
François Fillon et son épouse Pénélope Fillon, le 9 avril 2017 lors d'un meeting à Paris. (ERIC FEFERBERG / AFP)