Cinq fois où les relations entre François Fillon et son ami Marc Ladreit de Lacharrière ont posé question

Le nom de l'homme d'affaires, propriétaire de "La Revue des deux mondes", apparaît à de nombreuses reprises dans l'enquête sur les affaires visant François Fillon.

François Fillon tient un meeting de campagne à Orléans (Loiret), le 7 mars 2017.
François Fillon tient un meeting de campagne à Orléans (Loiret), le 7 mars 2017. (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)
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Julie RasplusFrance Télévisions

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Si François Fillon a fait la une de la presse ces dernières semaines, un autre nom que Penelope est également revenu, régulièrement, dans les colonnes des journaux : celui de Marc Ladreit de Lacharrière, un homme d'affaires classé 32e fortune de France et ami du candidat de la droite et du centre. Les relations entre les deux hommes sont au cœur de nombreuses interrogations de la part des enquêteurs. Franceinfo revient sur cinq exemples embarrassants pour François Fillon. 

1Quand Ladreit de Lacharrière a employé Penelope Fillon

Le nom de Marc Ladreit de Lacharrière est d'abord apparu dans le cadre de l'affaire sur les soupçons d'emploi fictif concernant Penelope Fillon, révélée par Le Canard enchaîné. La Revue des deux mondes, propriété du milliardaire, a en effet employé l'épouse de son ami François Fillon de mai 2012 à décembre 2013. Elle y touchait 5 000 euros brut par mois, notamment pour des "notes et des fiches de lecture", mais des doutes subsistent sur la véracité de son travail. Le parquet national financier enquête sur la question.

Ce que dit le camp Fillon. Dans le Journal du dimanche, Penelope Fillon a affirmé avoir remis "dix notes aux enquêteurs et la preuve du travail d'analyse de ses ouvrages". Pourtant, seules deux recensions ont été publiées dans ladite revue. Selon le camp du candidat, Penelope Fillon aurait aussi eu un rôle de conseil auprès de Marc Ladreit de Lacharrière, pour relancer la revue. Interrogé par l'AFP, l'homme d'affaires a lui affirmé que "l'emploi de Penelope Fillon n'avait rien de fictif".

2Quand la société de Fillon a conseillé celle de Ladreit de Lacharrière

La relation entre François Fillon et Marc Ladreit de Lacharrière n'est pas seulement amicale. Lors de sa conférence de presse du 6 février, le candidat des Républicains l'a lui-même reconnu en s'expliquant sur sa société de conseil personnelle, créée le 7 juin 2012 et baptisée 2F Conseil. A l'occasion de cette opération de "transparence", François Fillon a ainsi confié avoir travaillé "en toute légalité" pour plusieurs entreprises, dont la société Fimalac.

Cette dernière n'est autre que la holding personnelle de son ami, ce qui attire à l'ancien Premier ministre des soupçons de conflit d'intérêts de la part de ses opposants. Lors de sa conférence de presse, François Fillon n'a pas précisé la nature de ce travail ni le montant de sa rétribution. Mais selon Le Monde, le chiffre d'affaires cumulé de la société 2F Conseil s'élèverait à plus d'un million d'euros. 

Ce que dit le camp Fillon. Interrogée par Libération, Anne Méaux, la conseillère en communication de François Fillon, avait affirmé que Marc Ladreit de Lacharrière devait s'exprimer sur le sujet. Le quotidien n'a finalement eu aucune réponse à ses questions.

3Quand Ladreit de Lacharrière a prêté 50 000 euros à Fillon

Les liens entre François Fillon et l'homme d'affaires Marc Ladreit de Lacharrière ont de nouveau été évoqués par Le Canard enchaîné dans son édition datée du 8 mars. Selon l'hebdomadaire, le candidat de la droite et du centre a en effet obtenu du milliardaire un prêt de 50 000 euros, sans intérêts et sans date limite de remboursement.

Surtout, l'emprunt n'a pas été mentionné dans la déclaration de patrimoine de François Fillon à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). Selon le Code général des impôts, tout prêt supérieur à 760 euros doit être déclaré par l'emprunteur. Aucune information n'a été fournie quant aux raisons et à la date de ce prêt, qui aurait eu lieu en 2013 selon Le Canard enchaîné. En raison de ce prêt non déclaré, l'information judiciaire ouverte par les enquêteurs du parquet national financier vise aussi François Fillon pour "manquement aux obligations déclaratives".

Ce que dit le camp Fillon. Interrogé par franceinfo, l'avocat de François Fillon, Antonin Lévy, a balayé les accusations, expliquant que "c'est François Fillon qui l'a déclaré spontanément aux enquêteurs en mentionnant que c'était un oubli dans sa déclaration". "Ce prêt a été intégralement remboursé", a-t-il également assuré.

4Quand Fillon a proposé la Légion d'honneur à Ladreit de Lacharrière

Dans son édition datée du 7 février, Le Monde (article payant) révèle que les enquêteurs s'interrogent aussi sur l'élévation de Marc Ladreit de Lacharrière au grade de grand'croix de la Légion d'honneur, en décembre 2010. Le décret indique que cette rare promotion, effectuée par Nicolas Sarkozy, a été prise "sur le rapport du Premier ministre" de l'époque, à savoir François Fillon. D'après Le Monde, les enquêteurs ont adressé une réquisition judiciaire à la grande chancellerie de la Légion d'honneur afin de se faire communiquer le dossier du financier.

Ce que dit le camp Fillon. Selon Antonin Lévy, interrogé par Le Monde, la décoration de Marc Ladreit de Lacharrière "était pleinement justifiée et n'a aucun lien avec l'embauche de Madame Fillon intervenue bien plus tard". De son côté, l'homme d'affaires a lui aussi réfuté tout lien entre l'emploi de Penelope Fillon et cette distinction. Il s'est dit "très choqué" par les soupçons du Monde : "Je rappelle que seul le président de la République peut élever à cette distinction dont je m'honore", a-t-il répondu à l'AFP.

5Quand Fillon a été accusé de vouloir faire classer une propriété de Ladreit de Lacharrière

Lundi 13 mars, Buzzfeed a évoqué un autre dossier concernant Marc Ladreit de Lacharrière. S'appuyant sur un article de l'hebdomadaire satirique lyonnais Les Potins d'Angèle, publié dans une première version en 2012, le site évoque le cas de l'église Saint-Pierre de Lubilhac, située à Coux (Ardèche), que le milliardaire souhaitait voir inscrire au titre des monuments historiques. Un tel classement permet notamment de déduire les charges liées au bien en question, précise Buzzfeed.

Or, selon Les Potins d'Angèle, les services de la direction des affaires culturelles ont tous donné un avis défavorable à ce classement. Un premier dossier a d'ailleurs été refusé en 2011, avant un heureux retournement de situation en février 2012, validé par arrêté le 15 mai 2012, jour de la passation de pouvoir entre Nicolas Sarkozy et François Hollande, affirme Buzzfeed. D'après Les Potins d'Angèle, François Fillon aurait "donné des ordres" pour que l'avis initial ne soit pas respecté.

Ce que dit le camp Fillon. Contacté par Buzzfeed, l'équipe de François Fillon reconnaît "qu'une première demande [d'inscription au titre des monuments historiques] avait été rejetée et qu’une seconde avait été acceptée". "Mais il n’y a aucune preuve d’une quelconque intervention de François Fillon, affirme l'entourage du candidat. Nous démentons catégoriquement toute intervention du cabinet du Premier ministre de l’époque. C’est une décision qui dépend du préfet de région. D’ailleurs, le président du conseil général de l’Ardèche et socialiste Pascal Terrasse avait aussi appuyé le dossier."