Faut-il se réjouir du départ de Silvio Berlusconi? Pas sûr, répond Julien Dray

Dans un billet intitulé "les Européens sous la dictature soft des marchés", Julien Dray revient sur la chute de Silvio Berlusconi. Réclamée par la gauche, elle a été obtenue "sous la pression des marchés" et non par un vote, note-t-il.

Julien Dray (9 septembre 2009)
Julien Dray (9 septembre 2009) (AFP/Lionel Bonaventure)

Dans un billet intitulé "les Européens sous la dictature soft des marchés", Julien Dray revient sur la chute de Silvio Berlusconi. Réclamée par la gauche, elle a été obtenue "sous la pression des marchés" et non par un vote, note-t-il.

"Silvio Berlusconi a donc fini par quitter le pouvoir, comme beaucoup d'entre nous le souhaitaient, à gauche et au-delà. Il faudrait s'en réjouir", écrit le député socialiste de l'Essonne sur son blog.

Mais ce départ a un goût amer : "Car il y a la façon dont il a été obligé de quitter le pouvoir. Comme Papandréou : sous la pression pas tant de l'opinion publique directement, que des marchés et plus précisément des agences de notation". Or "il y a un détail, qui s'appelle la démocratie, et qui veut que dans nos pays, ce soit le peuple souverain et non quelques intérêts privés qui décident pour la collectivité", continue le conseiller régional d'Ile-de-France.

Dray dénonce une "dictature soft, rampante, de la finance"

Il ajoute : " deux pays voisins, amis, sont tombés sous une sorte de dictature soft, rampante, de la finance. Le profil des remplaçants pressentis pour l'un et l'autre chefs de gouvernement est d'ailleurs remarquablement similaire : technocratique et non politique. Comme si le rôle dévolu aux dirigeants de pays étaient d'être les gestionnaires appliqués, et dociles, d'intérêts économiques privés supérieurs et transnationaux."

En Grèce, le nouveau chef de gouvernement, Lucas Papademos, a été vice-président de la Banque centrale européenne. En Italie, Mario Monti, ancien commisssaire européen au Marché intérieur, puis à la Concurrence est pressenti pour succéder à Silvio Berlusconi.

Une crise économique ou une crise politique ?

D'où, conclusion logique, "on en viendrait presque à se demander si, plutôt que de crise économique et financière, il ne faudrait pas parler de crise politique, tant il est manifeste que c'est la souveraineté démocratique et la ligne politique et idéologique des pays européens qui est actuellement en jeu."

Dans son communiqué officiel pour déplorer l'entrée de l'extrême-droite au gouvernement grec, le PS a également déploré qu''"à la crise économique et sociale s'ajoute une crise politique et démocratique."

Protectionnisme, constituante européenne...des accents très Front de gauche

Les élections qui s'annoncent en France et en Allemagne doivent permettre, estime Julien Dray, "un front du changement" et "une "refondation démocratique de l'Europe" avec "une constituante pour mettre un terme au divorce entre les populations et les institutions européennes".

"Une telle refondation ouvrirait la voie à une coordination" qui "régulerait la finance et instaurerait aux frontières européennes des taxes éthiques, sociales et environnementales, pour inciter nos partenaires extérieurs à progresser dans ce domaine – et faire obstacle à leur dumping".

Protectionnisme, constituante européenne ... Voilà qui a des accents très Montebourg ou très Mélenchon (avec qui Julien Dray anima autrefois le courant Gauche socialiste), de la part d'un proche de François Hollande.

Faut-il y voir l'amorce d'un début de programme du candidat PS à 2012, qui doit être si l'on en croit Stéphane Le Foll, autre fidèle de François Hollande ? Ou juste des déclarations à l'intention de la gauche de la gauche, qui n'engagent pas le député socialiste de Corrèze candidat pour 2012?