"Que nous propose-t-il ?" : les oppositions jugent l'allocution d'Emmanuel Macron

Emmanuel Macron s'est adressé aux Français mercredi pour évoquer la recomposition de l'Assemblée nationale et appeler les oppositions au compromis.

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Radio France
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Emmanuel Macron assiste à une cérémonie marquant le 82e anniversaire de l'appel à la résistance de feu le général français Charles de Gaulle le 18 juin 1940, au mémorial du Mont Valérien à Suresnes près de Paris, en France, le 18 juin 2022. (GONZALO FUENTES / POOL)

Emmanuel Macron s'est exprimé à 20 heures depuis l'Elysée. Dans une brève allocution, il a écarté l'idée d'un gouvernement d'union nationale et a appelé les autres partis à dire "jusqu'où ils sont prêts à aller" pour coopérer. Les réactions politiques n'ont pas manqué.

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Emmanuel Macron "aggrave la confusion de la situation" pour La France insoumise

"Il est inutile de contourner la réalité", a réagi Jean-Luc Mélenchon à l'allocution d'Emmanuel Macron qui, selon lui, "aggrave la confusion de la situation". "La Première ministre doit se présenter devant l'Assemblée nationale et solliciter la confiance des députés. Si elle ne l'a pas, elle doit démissionner." 

Pour le leader de La France insoumise, "le président réinterprète le paysage politique en partant de l'idée qu'il aurait reçu un mandat clair du pays". "Ce n'est pas le cas, il a été élu parce qu'une majorité de Français ne voulait pas de l'extrême droite. Depuis, les électeurs ont rejeté en majorité ses propositions. Dorénavant, l'exécutif est faible et l'Assemblée nationale est forte."

Pour Adrien Quatennens, "le Parlement, c'est le coeur battant de la démocratie de ce pays."

"Le chef de l'Etat est dans l'impasse et veut maintenir coûte que coûte un projet qui est minoritaire", a réagi sur franceinfo Eric Coquerel, député de La France insoumise de la 1re circonscription de Seine-Saint-Denis. "Bâtir des compromis pour détruire le pays, ce n'est pas des compromis, souligne le député. Je ne vois pas très bien où le chef de l'Etat veut arriver, sauf peut-être, essayer en sept jours de réussir à attirer vers lui des forces qui lui ont dit pour l'instant qu'elles n'accepteraient pas l'union nationale, je pense notamment aux Républicains."

Le Parti socialiste estime que "le président de la République n'a pas compris les Français"

"Il n'y aura aucun chèque en blanc donné au chef de l'Etat", a assuré sur franceinfo Olivier Faure, premier secrétaire du PS et député de Seine-et-Marne. "S'il veut transformer la vie des Français, c'est possible" d'être à ses côtés, explique-t-il. "S'il veut leur donner le Smic à 1 500 euros, je le voterai. S'il veut augmenter les pensions de retraite et faire en sorte que les pensions de retraite pour des gens qui ont cotisé toute leur vie et qui ont leurs années de cotisation soient portées à 1 500 euros, je le voterai. S'il veut bloquer les prix des produits de première nécessité, je le voterai aussi." Ce sont "des projets sur lesquels on peut s'engager", affirme le patron du PS. "Mais nous expliquer qu'il voudrait que l'on ne se prononce sur rien, c'est non."

"À quels compromis le président de la République est-il enfin prêt sur son "projet clair" (sic) ?, s'interroge le député PS Boris Vallaud. Il n'en propose aucun. Aujourd'hui, le pouvoir est parlementaire : nous sommes prêts à faire des propositions utiles aux Françaises et aux Français."

Si Emmanuel Macron "reste sur son projet, il n'a pas de majorité absolue et c'est lui qui va bloquer la France, ce n'est pas nous", réfute jeudi 23 juin sur France Inter Valérie Rabault, présidente sortante du groupe PS à l'Assemblée. "Le président de la République a inversé les rôles", estime-t-elle. "Il connaît parfaitement nos engagements. Il est au pied du mur, pas nous".

Pour le Parti communiste, "Macron découvre les vertus du débat parlementaire"

"Après la découverte des services publics en 2020, Macron découvre les vertus du débat parlementaire et le vrai rôle de l'Assemblée nationale en 2022 !", a ironisé Fabien Roussel sur Twitter. Pour le député du Nord et secrétaire national du Parti communiste français (PCF), "son discours de la méthode vise à évacuer sa responsabilité et à ne rien changer de son projet."

"On a un président qui découvre, malheureux et groggy, qu'il va devoir désormais composer avec le Parlement et qu'il va devoir arrêter de décider de tout et de rien tout seul", a réagi sur franceinfo Sébastien Jumel, député PCF de Seine-Maritime. 

"Pendant cinq ans, le président de la République a transformé son gouvernement en armée de collaborateurs et le Parlement en Playmobil."

Sébastien Jumel, député PCF de Seine-Maritime

à franceinfo

Pour l'élu communiste, Emmanuel Macron a "une lecture partielle et partiale du résultat du second tour" des élections législatives. Il rappelle que le chef de l'Etat a aujourd'hui "un Parlement où la gauche combative, la gauche qui ne renonce pas, incarnée par la Nupes et ses différentes composantes, est un groupe d'opposition fort". Et selon lui, il a "tellement abîmé la France, tellement fait reculer la République que le Front national rentre massivement dans l'hémicycle, et c'est une préoccupation."

Pour les écologistes, "les Français ne sont pas dupes"

La députée EELV du Bas-Rhin Sandra Regol considère sur franceinfo qu'"on est en plein coeur du 'en même temps'". "En même temps il concède que les Français ont choisi de ne pas lui donner de majorité et en même temps, il demande à tous les parti de se référer à son programme en arguant qu'il aurait été plébiscité aux élections d'avril et de juin. Ce n'est pas très compréhensible et pas très sérieux."

"Il a quasiment dit 'vous m'avez élu sur mon projet et c'est ce projet qui doit continuer' alors qu'il me semble qu'au second tour de l'élection présidentielle les Français ont voté contre l'extrême-droite et pas pour Emmanuel Macron", estime Sandra Regol. "Les Français ne sont pas dupes de cette tentative de retournement."

De son côté, Sandrine Rousseau, députée du groupe écologiste inter-groupe Nupes a réagi sur Twitter, déclarant : "Incroyable de sa part d’avoir si vite oublié qu’il a été élu grâce au barrage républicain et non sur un projet."

Pas de "chèque en blanc" pour Les Républicains

"Il va falloir trouver un ordre nouveau à l'Assemblée nationale pour pouvoir travailler très différemment", a réagi sur franceinfo Ian Boucard, député LR de la 1re circonscription du Territoire de Belfort. "Il n'y a plus de majorité présidentielle, souligne Ian Boucard. Il va falloir que l'on apprenne à travailler différemment, à travailler texte de loi par texte de loi pour aboutir à une majorité sur chaque projet de loi." Pour le député LR, les parlementaires, le gouvernement, "et en premier lieu le chef de l'État, devront travailler différemment". Il appelle à "écouter les idées des uns et des autres" sur chaque projet de loi "si l'exécutif veut les faire passer."

"On n'a pas vocation à bloquer le pays, les Français ne nous le pardonneraient pas, mais des élus qui ne vont pas se compromettre."

Ian Boucard, député LR de la 1re circonscription du Territoire de Belfort

à franceinfo

De son côté, le nouveau président du groupe LR à l'Assemblée Olivier Marleix, a déclaré sur Twitter : "Il n'y a pas d'alternative aux dialogue et respect évoqués par le Président. Mais il ne peut y avoir de chèque en blanc de surcroît sur un projet peu clair". Il a ajouté que les députés LR feraient "la semaine prochaine" des propositions "sur le pouvoir d'achat".

Fabien Di Filippo, député Les Républicains de la 4e circonscription de Moselle, estime de son côté sur franceinfo qu'Emmanuel Macron doit arrêter "de parler de tambouille politicienne, de coalition, de ralliement de principe" et préciser enfin son programme. "Il faut d'abord avancer dans le débat, et des compromis cela ne peut pas être à sens unique, insiste-t-il. C'est à lui de revoir son projet qui a déçu. Et de dire ce qu'il est prêt à accepter de notre part."

Le Rassemblement national fustige "l'arrogance d'Emmanuel Macron"

Jordan Bardella, président par intérim du Rassemblement national, s'est félicité sur Twitter que "l'arrogance d'Emmanuel Macron marque un peu le pas", en précisant que son groupe de 89 députés serait "ferme mais constructif".

"J'ai vu un président qui s'était pris un coup de massue", "un président qui navigue à vue et qui n'a pas encore trouvé la solution", a déclaré sur franceinfo le député RN de la Moselle Laurent Jacobelli en réaction à l'allocution d'Emmanuel Macron. "Je l'ai trouvé très verbeux et je n'ai toujours pas compris ce qu'il allait faire."

"Emmanuel Macron s'est rendu compte que son idée de gouvernement d'union nationale était utopie mais ensuite, que nous propose-t-il ?", se demande Laurent Jacobelli.

"Si j'ai bien compris, il propose de vieilles recettes en allant débaucher un LR en manque de pouvoir ici et un PS là. Il n'a rien compris du message des Français qui veulent une opposition et l'ont mis en minorité."

Laurent Jacobelli, député RN de la Moselle

à franceinfo

Le député RN demande au président de la République "qu'il respecte simplement les institutions en faisant voter projet par projet" ainsi qu'"en écoutant ses oppositions et en amendant ses propositions de lois". "S'il veut continuer de fonctionner comme il l'a toujours fait en imposant ses vues contre le peuple, il n'y arrivera pas", estime Laurent Jacobelli qui prévient : "Le projet de loi sur le pouvoir d'achat sera un crash test."

Louis Aliot, vice-président du Rassemblement national et maire de Perpignan considère, lui, qu'Emmanuel Macron est "en cohabitation". Il juge l'injonction lancée aux oppositions de "clarifier" dans les 48 heures la manière de "bâtir des compromis" un peu "cavalière". "C'est à lui de faire des efforts et de trouver les moyens de cette majorité. On n'est pas obtus, on n'est pas dans l'opposition frontale, caricaturale et démagogique comme celle de Jean-Luc Mélenchon", assure Louis Aliot jeudi 23 juinsur franceinfo. "Mais on ne peut voter des textes qui vont à l'encontre de ce que nous pensons et de ce que nous avons défendu, ce ne serait pas juste par rapport à nos électeurs", résume l'élu RN.

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