Européennes : "La Voix du Nord" refuse de publier une interview d'Emmanuel Macron par souci d'"équilibre"

Le chef de l'État a accordé une interview à la presse quotidienne régionale qui paraîtra mardi, à cinq jours des élections européennes.

Emmanuel Macron le 4 novembre 2018.
Emmanuel Macron le 4 novembre 2018. (ALEXANDRE MARCHI / MAXPPP)

Le quotidien La Voix du Nord a boycotté lundi 20 mai l'interview qu'Emmanuel Macron a accordée à la presse quotidienne régionale et qui doit être publiée mardi, à cinq jours des élections européennes. "Si on faisait cette interview-là du président de la République aujourd'hui, les autres candidats pourraient tout à fait dans les jours à venir nous demander d'avoir le même traitement. On a préféré pour respecter l'équilibre ne pas reprendre cette interview", s'est justifié Gabriel d'Harcourt, directeur général délégué et directeur de la publication de La Voix du Nord.

franceinfo : Pour quelles raisons avez-vous refusé cette interview du président de la République ?

Gabriel d'Harcourt : On a estimé qu'à cinq jours du scrutin [européen], cette interview du président de la République avait valeur d'engagement, pour une liste [Renaissance]. On a estimé qu'il y avait un risque que cela rompe avec l'équilibre de traitement que l'on veille à avoir dans le journal. Si on faisait cette interview-là du président de la République aujourd'hui, les autres candidats pourraient tout à fait dans les jours à venir nous demander d'avoir le même traitement. On a préféré pour respecter l'équilibre ne pas reprendre cette interview.

C'était difficile de refuser une interview du président de la République ?

On a pris la décision assez vite. En plus on a pris connaissance du format de cette interview qui ne correspondait pas à ce que l'on pratique d'habitude. C'est une interview un peu collective qui fait l'objet d'une relecture par l'Elysée. Nous on s'est engagés il y a quelques mois auprès de nos lecteurs à ne plus permettre les relectures par les hommes et femmes politiques. Par souci de cohérence on a préféré ne pas y répondre favorablement. Il n'y a pas de raison qu'on fasse une exception pour le président de la République. On a préféré rester en retrait.

Il faut selon vous revoir les relations entre les hommes politiques, le président de la République et les journalistes ?

Nous, on a à plusieurs reprises identifié des dérives dans ces pratiques-là. On les a vécues à un moment. La relecture va tellement loin qu'on finit par s'éloigner du contenu de l'interview telle qu'elle était au départ. On a pris cette position qui était un peu radicale. Elle a le mérite d'être claire. Les propos des interviews ne sont pas relus chez nous. C'est une décision qu'on a prise simplement par cohérence vis-à-vis de nos lecteurs, on doit s'y tenir.