G7 : le "virage écologiste" d'Emmanuel Macron est une "opération de politique intérieure"

Arnaud Mercier, professeur en communication politique à l’Université Paris 2 - Panthéon-Assas, a décrypté sur franceinfo les annonces d'Emmanuel Macron durant le G7. 

Emmanuel Macron lors du G7 à Biarritz, le 25 août 2019. 
Emmanuel Macron lors du G7 à Biarritz, le 25 août 2019.  (IAN LANGSDON / POOL)
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"Emmanuel Macron a perçu manifestement que la préoccupation écologiste était devenue très forte", a déclaré lundi 26 août sur franceinfo Arnaud Mercier, professeur en communication politique à l’Université Paris 2 - Panthéon-Assas. Selon lui, le chef de l'État "est quelqu'un de très opportuniste". "Il en fait aussi une opération de politique intérieure, il essaie de montrer qu'il n'est pas déconnecté", a-t-il ajouté. Durant le G7 à Biarritz, Emmanuel Macron a notamment critiqué Jair Bolsonaro concernant les incendies en Amazonie et remis en cause l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Mercosur.

franceinfo : Le G7 s'annonçait compliqué mais Emmanuel Macron s'en est-il bien sorti ?

Arnaud Mercier : Il semblerait en effet puisqu'il tente des choses pour essayer de faire avancer la cause de l'écologie par rapport à l'Amazonie, il fait venir de façon surprenante le ministre des Affaires étrangères iranien. Ca peut payer, surtout que ce n'est jamais facile de gérer un Donald Trump, c'est une véritable nitroglycérine, on ne sait jamais trop comment il va réagir. Et pour l'instant Donald Trump, dans ses réactions, donne plutôt des bons points aux initiatives d'Emmanuel Macron. 
Sur le plan international, ce n'est jamais mauvais que des chefs d'État puissent discuter de façon collective et Emmanuel Macron insiste beaucoup là-dessus. La position de la France est depuis toujours celle d'un multilatéralisme donc il s'oppose à Donald Trump qui lui est au contraire pour le bilatéralisme, pour des accords de pays à pays. Mais ce qui me paraît le plus important dans cette affaire, c'est qu'il en fait aussi une opération de politique intérieure, il essaie de montrer qu'il n'est pas déconnecté de la politique intérieure et que les deux se rejoignent. De ce point de vue, je pense qu'il essaie de changer de stratégie.

Emmanuel Macron sera lundi soir sur le plateau de France 2 et il s'est déjà adressé aux Français samedi à l'ouverture de ce G7. Essaie-t-il de montrer qu'il n'oublie pas les Français ?

Je crois qu'on a un très bel exemple de la mise en place d'une nouvelle stratégie de communication au niveau présidentiel avec d'ailleurs une cellule de l'Élysée qui s'est créée spécialement pour ça. Il est en train d'essayer de répondre à une des critiques très forte depuis longtemps, et pas seulement par les "Gilets jaunes", qu'il est un peu hautain, méprisant, qu'en plus il joue la carte internationale, qu'il est déconnecté de la réalité des Français. Il a martelé pendant les dix minutes de samedi, et il va le refaire lundi soir, que les deux s'articulent, que s'il fait tout ça au niveau international c'est pour le bien-être des Français.

Quand le chef de l'État se pose en défenseur de la forêt amazonienne, est-ce un message censé répondre aussi à l'excellent score des écologistes aux élections européennes ?

Oui, très clairement on a bien vu que là aussi il y avait un virage écologiste très fort. Emmanuel Macron est quelqu'un de très opportuniste au sens où il sait apprécier dans quel sens va le vent et s'y adapter. Il a perçu manifestement que la préoccupation écologiste était devenue très forte, il a verdi son discours et du coup il met l'accent sur la forêt amazonienne.