Cet article date de plus de deux ans.

Emmanuel Macron au Sénégal : la France "avec peu de moyens est en train de retrouver un pré carré au Sénégal"

Antoine Glaser, journaliste et écrivain spécialiste de l'Afrique, est revenu, samedi pour franceinfo, sur la visite d'Emmanuel Macron au Sénégal durant deux jours.

Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Emmanuel Macron et le président sénégalais Macky Sall, à leur arrivée à Saint-Louis (Sénégal), le 3 février 2018. (LUDOVIC MARIN / AFP)

Emmanuel Macron a achevé, samedi 3 février, une visite de deux jours au Sénégal en se rendant dans la ville de Saint-Louis. Le président français a notamment annoncé une aide de 15 millions d'euros pour lutter contre l'érosion côtière qui menace la ville. Pour Antoine Glaser, journaliste et écrivain spécialiste de l'Afrique, interrogé sur franceinfo, cette visite avait clairement un parfum de "Françafrique" et démontre que "la France est en train de retrouver un pré carré au Sénégal".

franceinfo : Il semblerait qu'il y ait encore comme un parfum de Françafrique lorsqu'il y a le déplacement d'un président français dans un pays africain ?

Antoine Glaser : Oui, absolument. C'est vrai qu'on a l'impression que la France, dans cette Afrique mondialisée, est un peu en perdition dans un certain nombre de pays, en tout cas, ses entreprises, et on a l'impression qu'il y a une sorte de recentrage sur le Sénégal qui est le pays de l'académicien Léopold Sédar Senghor, c'est vraiment le pays de la francophonie. On a l'impression que c'était la période Chirac, Pompidou, De Gaulle, c'est vrai que ça a un côté très rétro. Parce que c'est vrai que le Sénégal, on a parlé beaucoup de partenariat mondial sur l'éducation, mais en même temps c'est vrai qu'il y a des contrats de business, la bande côtière à Saint-Louis, c'est un groupe français bien-sûr qui va avoir le contrat, en même temps Emmanuel Macron a signé pour deux Airbus, il y a aussi un projet de tramway entre la capitale et l'aéroport, et c'est vrai qu'on a l'impression que le Sénégal est devenu à nouveau le cœur du pré carré de la France. Il y a un certain nombre de casques bleus sénégalais qui vont aussi aider les militaires français au Mali, donc on a l'impression que la France, avec finalement peu de moyen, est en train de retrouver un pré carré au Sénégal.

On peut dire que le président Emmanuel Macron est confronté à la "realpolitik", avec des intérêts économiques et militaires ?

Oui, il y a des intérêts économiques et militaires. Il faut savoir que ce pays vivait uniquement jusqu'à présent de l'aide de la communauté internationale et en particulier de la France. On disait que l'aide au développement était vraiment la rente du Sénégal qui était un des rares pays vraiment démocratiques du continent pendant très longtemps parce qu'il y avait des alternances. Maintenant il y a du gaz, il y a du pétrole à la frontière entre la Mautinanie et le Sénégal. Et c'est vrai que, comme il y a toute cette zone sahélo-saharienne, de la Mauritanie jusqu'au Tchad, qui est soumise à la pression des djihadistes et où il y a plus du tout ni coopérants, ni business, ni rien, on a l'impression qu'il y a un retour sur les côtes, et en particulier sur le Sénégal, sur le pré carré, et on voit bien qu'Emmanuel Macron, sachant très bien que les caisses sont vides en France, mobilise ses partenaires. C'est assez paradoxale que ce fameux partenariat mondial sur l'éducation, ce sont les Anglais qui donnent le plus avec 413 millions d'euros, la France de 2014 à 2017 a à peine donné 17 millions d'euros, mais c'est quand même la France avec le verbe, qui est vraiment présente avec Emmanuel Macron, qui a annoncé 200 millions d'euros pour la période 2018-2020.

Vous parlez d'un pré carré avec le Sénégal. Il faut rappeler que la France n'est plus la première puissance en Afrique, c'est plutôt la Chine maintenant, non ?

On parle toujours de la Chine, mais il y a la Chine, le Brésil, et on oublie les partenaires européens de la France, les allemands, les espagnols, les italiens. Ce qui était tout à fait anormal, que de 1960 à 1990 jusqu'à la chute du mur de Berlin, la France avait des parts de marché de 60%, 70%, c'était le gendarme de l'Afrique et en échange c'était le business pour la France uniquement, mais maintenant, comme disent les anglo-saxons c'est "open bar", mais la France a encore le verbe et est quand même extrêmement présente à travers la francophonie. Mais vraiment, quand on est en Afrique, on voit l'Afrique "monde", on voit la mondialisation. Quand on est en Afrique on a l'impression que la France est en train de se bunkeriser alors que l'Afrique, c'est l'ouverture totale à l'ensemble des pays.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.