Congrès des maires de France : comment les élus sans étiquette justifient leur parrainage ?

Le 94e congrès des maires de France a commencé mardi à Paris. Pourquoi donnent-ils leur signature aux candidats à la présidentielle ? Pour eux, le problème est moins de rendre leur signature anonyme que de la justifier auprès de leurs électeurs.

Des élus au Congrès des maires de France, lors d\'une intervention de François Fillon,  en novembre 2009
Des élus au Congrès des maires de France, lors d'une intervention de François Fillon, en novembre 2009 (AFP PHOTO OLIVIER LABAN-MATTEI)

Le 94e congrès des maires de France a commencé mardi à Paris. Pourquoi donnent-ils leur signature aux candidats à la présidentielle ? Pour eux, le problème est moins de rendre leur signature anonyme que de la justifier auprès de leurs électeurs.

Quoi de mieux qu'un congrès de l'Association des maires de France (AMF) pour recueillir un maximum de parrainages ?

A l'entrée du 94e congrès de l'AMF qui a débuté mardi à Paris, les quelques 7 000 élus attendus pour l'occasion (sur les 36 000 que compte l'AMF) se bousculent légèrement dans la file d'attente. Pour ceux qui sont encartés dans un parti politique, le choix d'un candidat ne pose pas de problème.

Ce sont les autres qui intéressent les "petits candidats". Leur signature a une valeur inestimable. Et tous les moyens sont bons pour les séduire.

Ultime jeu de séduction, la candidate du Front national, Marine le Pen, a appelé mardi à rendre les parrainages anonymes. Mais pour la majorité des élus sans étiquette, le problème est surtout d'expliquer leur choix à leurs administrés.

André Gaymard, maire de Comps-sur-Artuby dans le Var, a été sollicité plusieurs fois par courrier. "Ça viendra le harcèlement : tous les cinq ans c'est la même chose."

Les parrainages étant publics, l'élu estime devoir faire un choix cohérent pour ses administrés. "Dans les petites communes, on est vite repéré, explique-t-il. Ça perturbe le système quand vous soutenez un candidat : les administrés ont du mal à interpréter votre choix."

Un point de vue que ne partage pas Pierre Colas, maire de Civens (Loire), une petite commune rurale de 1 500 habitants. Pour lui, même sans étiquette politique, le choix du parrainage est avant tout idéologique. "Mes idées, mes administrés les connaissent, affirme-t-il. Donc ils savent que mon choix va être cohérent."

"Permettre aux petits candidats de vivre dans la démocratie"

Mais pour Bernard Goalard et Serge Larrey-Lassalle, deux maires de communes limitrophes dans les Pyrénées-Atlantiques, venus ensemble assister au congrès, la problématique est tout autre. Puisque les grands partis n'ont pas de difficulté à obtenir leurs 500 parrainages, ils préfèrent apporter leur signature à des petits candidats.

L'objectif : leur offrir une tribune et "faire vivre la démocratie", soulignent-ils. Quitte à dérouter leurs électeurs.

"C'est quand même un problème quand on est maire d'un petit village, rapporte l'élu de Jasse (Pyrénées-Atlantique), Bernard Goalard. Votre parrainage va être public. Alors les administrés vont penser que c'est vos convictions, ils ne vont pas comprendre. C'est pour cela que je n'ai pas envie d'apporter mon parrainage."

Une approche que son ami, le maire de Prechacq-Navarreux (Pyrénées-Atlantiques), Serge Larrey-Lassalle, n'envisage pas de cette manière.

"Je suis de gauche, mais il y a des clivages politiques très forts dans ma commune. Il faut permettre aux petits candidats de vivre dans la démocratie, sinon ils peuvent devenir violents."

Un choix politique ?

A la caféteria, le maire de Croignon (Gironde), Frédéric Cousso, confie ne pas avoir fait son choix. "Nous sommes dans une situation critique et délicate, précise-t-il. Les enjeux de cette élection sont forts. Il faut faire un choix responsable."

Selon l'élu, le système des parrainages permet de "respecter la démocratie". "J'ai été sollicité par cinq ou six candidats par courrier. Ils vont vous dire que ce n'est pas un choix politique. Mais en même temps, aucun maire ne bat le tambour."

Le maire de Croignon va donc donner son parrainage au candidat dont le programme se rapprochera le plus de ses préoccupations.

"Je suis de sensibilité ‘centre-radical' et je me sens proche des problématiques écologistes : l'environnement, la ruralité, etc. Le reste, ça me dépasse un peu… Ce n'est pas ma tasse de thé, la politique politicienne !"

Frédéric Cousso a l'impression que les maires sont considérés comme "les bonniches de la République". "On vous charge au maximum, soupire-t-il. Mais il n'y a pas de reconnaissance."

"En tant qu'homme libre, vous devez assumer"

Alfred Dona-Erie, maire d'Anse-Bertrand, une commune de 5 000 habitants en Guadeloupe, a traversé l'Atlantique pour venir.

Apparenté PS, il n'exclut pas d'apporter son parrainage à Marine Le Pen, car elle a "des positions", notamment "sur l'immigration et l'insécurité", qu'il "apprécie". "L'essentiel est que vous puissiez expliquer votre choix, même si vos administrés ne veulent pas comprendre, juge-t-il. En tant qu'homme libre, vous devez assumer, envers et contre tout."