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Comment la crise a changé Nicolas Sarkozy

Alors que les dirigeants européens se réunissent mercredi 26 octobre, pour tenter une nouvelle fois de sauver la zone euro, retour sur un quinquennat qui a vu le chef de l'Etat contraint d'abandonner son style, son discours et ses promesses.

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Nicolas Sarkozy à Berlin (Allemagne), à l'issue d'un sommet de la zone euro, le 9 octobre 2011. (ODD ANDERSEN/AFP)
Nicolas Sarkozy trouvera-t-il son salut en s'occupant de la crise de la dette ? Ou bien sonnera-t-elle le glas, en 2012, de son aventure présidentielle ?

Alors que les dirigeants européens se réunissent, mercredi 26 octobre, pour tenter une nouvelle fois de sauver la zone euro, retour sur un quinquennat qui a vu le chef de l'Etat contraint d'abandonner son style, son discours et ses promesses.

• Du bling-bling à la gestion de crise

Qu'elle semble loin, cette soirée du 6 mai 2007 au Fouquet's, où Nicolas Sarkozy fêtait sa victoire à la présidentielle avec les siens. La crise a eu raison du "style Sarkozy" première version : celui du bling-bling, de ses vacances sur le yacht de l'homme d'affaires Vincent Bolloré, de l'étalage de sa vie privée et de son omniprésence médiatique.

Pendant que les Français se plaignent d'un pouvoir d'achat dégradé et que l'opposition dénonce l'injustice du bouclier fiscal, le chef de l'Etat paie son attitude dans les sondages : entre octobre 2007 et mai 2008, sa cote de popularité chute de 32 points.
 
Nicolas Sarkozy quitte le Fouquet's le 7 mai 2007 à Paris, au lendemain de sa victoire à l'élection présidentielle. (THOMAS COEX/AFP)


Interrogé en 2009 par Le Nouvel Observateur sur son début de présidence, Nicolas Sarkozy reconnaît ses torts : "Cela correspondait à une époque de ma vie personnelle qui n’était pas facile et où j’avais à me battre sur plusieurs fronts. Je n’avais pas attaché à cette soirée une importance considérable. J’ai eu tort. En tout état de cause, à partir du moment où quelque chose n’est pas compris et fait polémique, c’est une erreur. Et si erreur il y a, ce n’est pas la peine de la recommencer."

La crise financière de 2008 va lui donner l'occasion de se relancer. Toujours aussi hyperactif mais moins polémique, Nicolas Sarkozy profite de la présidence française de l'Union européenne pour apparaître en sauveur de l'économie mondiale. Discours de Toulon sur "la fin du capitalisme financier", sauvetage des banques, création du G20… Le chef de l'Etat semble enfin réussir à prendre la hauteur qui lui faisait défaut.

Lorsque la crise de la dette grecque éclate, au printemps 2010, Nicolas Sarkozy est à nouveau en première ligne, dans un rôle qu'il affectionne, continuant à multiplier les initiatives auprès des dirigeants de la zone euro.

En 2011, toujours aussi volontariste sur le front de la crise, il se fait de plus en plus rare dans les médias. Une manière de se "représidentialiser", laissant à ses seconds couteaux le soin de polémiquer sur l'actualité. Au creux de l'été, les sondages frémissent et son entourage, qui voit en lui "un Président de crises", commence à reprendre espoir dans la perspective de 2012. Une tendance de courte durée qui ne résiste pas à la gravité de la situation européenne.

• Vers la fin du tabou de la rigueur

Du "Président du pouvoir d'achat" de 2007 à celui de l'austérité économique, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts. Longtemps tabou, le mot "rigueur" est désormais revendiqué comme un synonyme d'une gestion efficace, réaliste et responsable. Alors que la droite refusait d'employer le mot, c'est François Fillon qui a franchi le pas en juillet 2010 à Tokyo, devant un parterre de chefs d'entreprise japonais. Le Premier ministre se voit cependant contredit quelques mois plus tard par Nicolas Sarkozy.

Le printemps 2010 est le théâtre d'un grand débat sémantique autour de cette notion. Chacun se souvient de la "rilance", "subtil dosage entre rigueur et relance" inventé par Christine Lagarde, alors ministre de l'Economie. Un "subtil dosage" qui se solde tout de même par une envolée du déficit budgétaire.

Depuis le plan d'austérité décidé à la fin de l'été 2011 par le gouvernement, difficile de nier que la France mène une politique de rigueur. Les promesses de la campagne présidentielle de 2007 paraissent d'autant plus anachroniques que le chômage a grimpé de façon quasi ininterrompue depuis 2008. Bien loin des espérances suscitées, ce sont maintenant les mesures d'économies budgétaires, créations de taxes et rabotages de niches fiscales qui font office de remède à la crise. 

• Le sarkozysme économique réduit à la portion congrue

Il s'agissait de la mesure phare du début de quinquennat. La loi Tepa, en faveur du travail, de l'emploi et du pouvoir d'achat, appelée aussi "paquet fiscal", représentait l'alpha et l'oméga du sarkozysme économique : bouclier fiscal, heures supplémentaires défiscalisées, etc.
Face à la conjoncture et aux assauts répétés de l'opposition, Nicolas Sarkozy l'a défendue bec et ongles. Mais la crise l'a contraint à reculer.

Nicolas Sarkozy à la sortie d'un conseil des ministres à l'Elysée, le 28 septembre 2011. (WITT/SIPA)


Le bouclier fiscal, qui permettait aux contribuables de ne pas être taxé au-delà de 50 % de revenus, était devenu "le symbole de l'injustice", selon les mots du ministre de l'Economie, François Baroin. Chaque année, l'Etat se privait de 600 millions d'euros, redistribués à 15 000 contribuables parmi les plus riches. Un dispositif moralement intenable en temps de crise, qui a fini par être supprimé en juillet 2011 moyennant un assouplissement de l'impôt de solidarité sur la fortune.

Autre reculade : la défiscalisation des heures supplémentaires. La mesure était la traduction en 2007 du slogan de campagne "Travailler plus pour gagner plus". Très coûteuse (4 milliards d'euros par an) et jugée "peu efficiente" par l'Inspection générale des finances, elle devrait être largement remaniée.

La relance de l'économie par l'investissement décidée fin 2008 semble quant à elle remisée au rang des souvenirs. Selon la Cour des comptes, le plan de relance n'aurait apporté que 0,5 point de croissance à l'économie française en 2009 et 2010, tandis que son coût représentait 1,4 % du PIB. Dans le contexte actuel de la crise de la dette, pas question d'alourdir encore le déficit, fût-ce pour soutenir une hypothétique croissance. Cruel constat pour Nicolas Sarkozy : en un an, c'est un pan entier de sa politique économique qui se retrouve réduit à néant. 
Mercredi à Bruxelles, un rendez-vous crucial attend le chef de l'Etat. Au-delà de l'urgence d'un terrain d'entente franco-allemand pour sauver l'euro, il devra montrer aux Français qu'il est toujours crédible auprès de ses partenaires européens. Nicolas Sarkozy joue gros : selon un sondage Viavoice pour Libération de samedi 22 octobre, les Français ne sont plus que 33 % à lui faire confiance pour "améliorer la situation financière du pays", contre 48 % pour François Hollande.

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