Comment Eva Joly mise sur la personnalisation de sa campagne

Stagnant dans les enquêtes d'opinion, la candidate écologiste multiplie les apparitions dans la presse people.

Eva Joly pose lors d\'un déplacement à Tokyo, le 22 octobre 2011.
Eva Joly pose lors d'un déplacement à Tokyo, le 22 octobre 2011. (ROBERT / APERCU / SIPA)

Dans les rangs écologistes, on commence à s'impatienter. Dans les sondages, Eva Joly ne décolle pas. IpsosBVAIfop… L'ancienne magistrate stagne entre 4 et 6 %. En dépit de quelques sorties (l'université d'été d'Europe Ecologie-Les Verts en août, une sortie en kayak dans les calanques de Marseille début septembre, et un voyage à Fukushima plus récemment), ses apparitions dans les médias restent assez clairsemées.

Alors, pour tenter de (re)lancer la campagne, ses proches misent sur la carte de l'humain.

Elle, Gala, Paris-Match…

Etape 1. Mi-septembre, elle accepte une interview croisée avec la chanteuse islandaise Björk pour le magazine Elle. Eva Joly, qui aura 68 ans le mois prochain, y dévoile quelques-unes de ses passions, comme le camping et le kayak. Elle évoque son manque de confiance et le sexisme de la vie politique. Et conclut l'entretien en parlant de ses petits-enfants, qui l'"aident à rester absolument normale".

Etape 2. Mi-octobre, Eva Joly se dévoile dans l'hebdomadaire people Gala. En vrac, elle parle shopping, gastronomie, adolescence, amours, et livre quelques photos "personnelles" au magazine.

"J'adore faire du lèche-vitrine" ; "La mode m'a toujours fascinée" ; "Un jour, je tombe sur une annonce de secrétaire trilingue pour les disques Barclay. J'y réponds et je suis prise. Il aimait les femmes, et ma blondeur a dû lui plaire !"  ; "J'aime mes enfants, la chaleur familiale. Mon moteur, c'est le bonheur. Je l'avoue, j'ai quelques petits pêchés : le bon vin, la bonne cuisine et la mode !". Une véritable opération sé-du-ction ! Et tant pis si on ne parle pas d'écologie dans cette interview.

Etape 3. Fin octobre, après Elle et GalaParis-Match s'intéresse à son tour à Eva Joly, dans un article intitulé "La grand-mère sympa aime la cuisine". Dans les colonnes de l'hebdomadaire, ses proches expliquent qu'"il y a un contraste entre la Eva Joly que nous connaissons, et l'image que les gens ont d'elle".

"Adoucir son côté nordique"

Si Eva Joly multiplie les passages dans la presse people, c'est parce que ses conseillers veulent "adoucir son côté nordique", comme l'indique Julien Bayou, chargé de la mobilisation autour de la candidate écolo. "Eva est très pudique, alors on la tanne un peu pour qu’elle développe un blog où elle dira sa passion pour la cuisine, ses goûts musicaux", détaille-t-il dans Match.

Eva Joly lors d\'un déplacement dans les calanques de Marseille, le 9 septembre 2011.
Eva Joly lors d'un déplacement dans les calanques de Marseille, le 9 septembre 2011. (Philippe Laurenson / REUTERS)

"Il est normal que l’on s’intéresse à l’être de chair qu’elle est. Elle doit préciser les contours de sa personnalité, trouver les lieux pour montrer qu’elle a une famille, une vie, et qu’elle n’est pas seulement une machine à juger", appuie le candidat écologiste à la présidentielle de 2002, Noël Mamère.

Froide, Eva Joly ?  "Ce qui me plaît, c'est de rencontrer les gens", répète-t-elle devant les journalistes ces derniers jours.

"On s'intéresse plus à ce que les politiques sont qu'à ce qu'ils disent"

"Pour amener le citoyen à vous, les belles promesses ne suffisent pas. Il faut qu'il s'identifie à vous, qu'il se sente proche de vous", confirme l'historien Christian Delporte, auteur d'Une histoire de la séduction politique (Flammarion, 2011). "On s'intéresse assez peu à ce que les hommes politiques disent, et de plus en plus qu'à ce qu’ils sont. On ne demande plus seulement à un homme politique d’être compétent : on lui demande également d’être chaleureux, sympathique, proche…"

Cette stratégie de communication permettra-t-elle à Eva Joly de glaner quelques points dans les sondages ? Ses proches veulent le croire.

Dans le cas contraire, la pertinence de sa candidature risquerait bien d'être à nouveau remise en cause par Daniel Cohn-Bendit et quelques autres. Courant août, le trublion écologiste faisait part de ses doutes quant à la pertinence de maintenir une candidature écolo à la présidentielle, en fonction de la position de Marine Le Pen dans les sondages. Il donnait "rendez-vous en janvier-février pour évaluer la situation politique" et éventuellement suggérer une alliance avec le candidat socialiste dès le premier tour.

Lundi 14 novembre, les négociations en vue d'un accord programmatique et électoral pour 2012 entre le PS et Europe Ecologie-Les Verts (EELV) semblaient toutefois butter sur la question du nucléaire. Les écologistes assuraient qu'il n'y aurait pas d'accord si François Hollande ne s'engageait pas sur une sortie du nucléaire, alors que le candidat socialiste maintenait sa position de réduire la part du nucléaire de 75 % à 50 % d'ici à 2025. Du coup, dans le JDD, un dirigeant écolo estimait à seulement 20 % les chances de trouver un accord avant la date butoir du 19 novembre.