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Chômage : une hausse de 33% depuis l'entrée de Nicolas Sarkozy à l'Elysée

Depuis le début du quinquennat de Nicolas Sarkozy, le chômage a augmenté d'un tiers, passant de 2,11 millions en juin 2007 à plus de 2,814 millions de sans-emploi (catégorie A) en octobre 2011.
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L'usine PSA d'Aulnay est menacée de fermeture d'ici 2014, selon la CGT (AFP/Martin Bureau)

Depuis le début du quinquennat de Nicolas Sarkozy, le chômage a augmenté d'un tiers, passant de 2,11 millions en juin 2007 à plus de 2,814 millions de sans-emploi (catégorie A) en octobre 2011.

En octobre, le nombre de chômeurs a augmenté de 34 400, a annoncé lundi le ministère du Travail, soit une hausse de 1,2% par rapport à septembre.

"La vérité c'est que les chiffres de l'emploi ne seront pas bons", avait prévenu le ministre du Travail Xavier Bertrand dimanche 28 novembre. En septembre, la France comptait déjà plus de 2,7 millions de sans-emploi (demandeurs d'emploi de catégorie A), pire statistique depuis l'an 2000. En octobre, leur nombre atteint 2,814 millions.

Le chômage reculera "dans les mois qui viennent"

L'emploi et son corollaire, le chômage, sont les premières préoccupations des Français, selon les enquêtes d'opinion. Est-il d'ores et déjà possible de dresser un bilan du quinquennat ?

Il tient en quelques chiffres. A l'arrivée de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, en juin 2007, la France comptait 2,1 millions de chômeurs de catégorie A (sans-emploi). Le chômage amorçait une décrue : il atteindra son plus bas du quinquennat en mars 2008 avec 1,984 million de sans-emploi. Brève embellie. En septembre 2011, le nombre de sans-emploi était le plus élevé depuis 12 ans, à plus de 2,7 millions.

Entre temps, martèlent l'UMP et l'Elysée, il y a eu la crise des subprimes de l'automne 2008. Mais une lecture fine des statistiques de la DARES (direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques du ministère de l'emploi) atteste que la remontée avait commencé plus tôt : dès juin 2008, le seuil des 2 millions de chômeurs à temps plein était à nouveau franchi.

En janvier 2010, le président Sarkozy - probable candidat à sa réélection - promettait encore que les Français verraient "reculer le chômage dans les semaines et les mois qui viennent". Engagement démenti, avant même la nouvelle crise de l'automne 2011.

Contre le chômage, qu'a tenté Nicolas Sarkozy ? Des heures défiscalisées à la baisse de la TVA dans la restauration, le quinquennat a été parsemé de mesures emblématiques.

  • Les heures défiscalisées

Les heures supplémentaires défiscalisées ? C'était une des grandes mesures de la loi TEPA (Travail, emploi, pouvoir d'achat) d'août 2007, celle qui devait permettre aux salariés de " travailler plus pour gagner plus". Elle devait remplir la principale promesse du candidat Nicolas Sarkozy à l'adresse de "la France qui se lève tôt ". Un cercle vertueux devait, dès lors, s'enclencher : plus de croissance, plus de consommation...

A l'heure du bilan qu'en reste-t-il ? Pour Valérie Pécresse, ministre du Budget, la défiscalisation des heures supplémentaires "bénéficie à 9 millions de salariés, qui gagnent 1 500 euros en moyenne et perçoivent ainsi en moyenne 450 euros de plus par an".

Mais la mesure a coûté chaque année 4,5 milliards d'euros à l'Etat, pour un bénéfice incertain en terme d'emploi. A gauche, beaucoup pensent comme le sénateur (PS) de la Manche Jean-Pierre Godefroy, que ce dispositif a constitué "un effet d'aubaine massif" et a "découragé l'embauche".

Pour Pierre Larrouturou, conseiller régional EELV-Les Verts et auteur ce printemps d'un livre annonciateur de la crise ("Pour éviter le krach ultime"), l'Allemagne, elle, a opté pour une philosophie radicalement différente : "si une entreprise perd 20% de son activité, au lieu de licencier 20% des salariés, elle baisse le temps de travail de 20%, elle garde tout le monde et c'est l'État qui maintient le revenu". Le taux de chômage est toutefois remonté à 7% en Allemagne en octobre.

  • La TVA sur la restauration a été réduite à 5,5% ... pour quels emplois créés ?

Autre mesure emblématique de la présidence Sarkozy : la TVA sur la restauration, passée le 1er juillet 2009 de 19,6% à 5,5 % en métropole. Les engagements du contrat d'avenir (40 000 emplois nouveaux en deux ans) ont-ils été tenus ?

Malgré un communiqué victorieux de Frédéric Lefebvre en avril 2011 ("l'objectif de 30 000 emplois dans la branche a été dépassé, et les défaillances d'entreprises ont reflué nettement à partir de l'été 2009"), la baisse de la TVA semble surtout avoir servi d'amortisseur pour une restauration traditionnelle qui voits'amenuiser face à la restauration rapide. Et cet automne, dès le taux de TVA relevé à 7%, la profession s'est empressée de faire savoir qu'elle considérait ses engagements sur l'emploi comme "caducs".

  • La désindustrialisation se poursuit

Les multiples aides à la filière automobile (prime à la casse...) de ces dernières années n'ont-elles servi à rien ? Mi-novembre, le groupe PSA Peugeot Citroën a annoncé la suppression de 3 500 emplois directs. Il ne s'agit pas d'un plan social, a proclamé l'Elysée, avant de convoquer le PDG du consructeur automobile.

Malgré les démentis du gouvernement, la désindustrialisation poursuit ses ravages. Le rapport parlementaire Lambert-Myard rendu en juin 2011 le disait sans ambages : "L'emploi industriel décline, la contribution de l'industrie à la valeur ajoutée est passée en France de 22% en 1998 à 16% en 2009, contre 22,4% pour la zone euro et 30% pour l'Allemagne. De 1980 à 2007, l'industrie française est passée de 5,3 à 2 millions d'emplois. Fin 2000, la France comptait encore 4,4 millions d'emplois industriels."

Pas sûr que l'action du Fonds stratégique d'investissement dont on vient de fêter les trois ans), ni les assurances d'un Nicolas Sarkozy inspiré par l'écrivain Michel Houellebecq ("je ne ferai pas de la France une simple réserve pour touristes") parviennent à contrer cette lame de fond.

Restent les pôles de compétitivité, créés en 2005, développés sous le dernier quinquennat et en cours d'évaluation par le ministère de l'Industrie. Suffiront-ils à remplacer par une économie de la connaissance une économie de la production en berne ?

  • Exonération de charges, traitement social du chômage

Faute de trouver la martingale - une croissance qui crée des emplois - le quinquennat Sarkozy a renoué avec les pratiques des gouvernements précédents.

Dans son bilan "Quatre ans d'action", l'Elysée se félicite sur son site de la création d'emplois... via l'exonération de charges : "malgré la crise, 800 000 personnes en 2009, dont la moitié de jeunes de moins de 26 ans, ont bénéficié du dispositif "zéro charges" dans les TPE".

Demeure enfin l'arme du traitement social : le RSA ...et les emplois aidés autrefois tant décriés. "480 000 contrats aidés ont permis de faire revenir sur le marché du travail les personnes les plus éloignées de l'emploi". Leur nombre dépasse désormais les 500 000.

  • Pôle Emploi : de plus en plus de chômeurs, pas plus de conseillers

Né fin 2008 de la fusion ANPE-Assedic, Pôle emploi était censé offrir aux chômeurs un suivi personnalisé pour les aider à retrouver un emploi. Deux ans plus tard, suivant les statistiques officelles, chaque conseiller est en charge de 115 demandeurs d'emploi contre 107 en juin dernier et 101 en juin 2010. Les bataillons de chômeurs augmentent...pas les effectifs de Pôle Emploi.

Pour 2012, l'OCDE annonce un chômage à plus de 10%

Quelle carte reste-t-il à jouer au futur candidat Sarkozy, s'il ne veut pas, à l'instar de François Mitterrand, dire un jour : "contre le chomage, on a tout essayé" ?

Le projet UMP 2012 dessine les contours d'un argumentaire. Côté propositions : une "fiscalité anti-délocalisation" mal définie pour regagner de la compétitivité face à l'Allemagne, et de vagues promesses aux PME.

Côté menaces, l'arrivée du PS brandie comme un épouvantail, entre accord avec les Verts qui ferait perdre, selon la droite, des centaines de milliers d'emplois dans le nucléaire et le spectre de la Grèce ou de l'Espagne accablées par leurs dettes.

Mais c'est bien au terme de ce quinquennat et de dix ans de droite au pouvoir que l'OCDE estime que les perspectives des créations d'emplois en France se sont "dégradées". Et d'annoncer un taux de chômage qui devrait passer la barre des 10% , à 10,4% fin 2012.

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